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Discours inaugural - Maman S. Sidikou : Repenser la démocratie en période d’instabilité au Sahel et en Afrique de l’Ouest Goree Institute

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Discours inaugural : 

Repenser la démocratie en contexte d’instabilité : 

légitimité, résilience et transformation des États en Afrique de l’Ouest et au Sahel

S.E.M Maman Sambo Sidikou

La démocratie est un horizon d’action, une destination tout autant qu’une méthode. Elle est progressivement devenue le mot d’ordre d’un nombre croissant d’acteurs sociopolitiques au début des années 1990.   

Affaiblissement relatif des Etats qui, pour certains, perdent leurs parrains socialistes. Lassitude d’un nombre croissant de citoyens face aux modalités de la représentation sociale et politique. Aspiration mondiale en faveur d’une libéralisation accrue des sociétés. Progrès de la liberté d’expression, de la presse et de ce qu’on finira par appeler la société civile.

Quelque chose de fabuleux s’est passé voici près de 40 ans, dont nous n’avons peut-être pas saisi le caractère exceptionnel et quasi miraculeux. Avec le recul, rares étaient ceux parmi nous qui avaient pensé la démocratie. Nous avions goûté à son parfum en des terres lointaines, milité pour son avènement dans des mouvements parfois clandestins, et mobilisions des trésors d’inventivité, de courage et d’idéalisme pour qu’advienne notre idée.

Je n’étais plus tout jeune, en 1990, mais n’étais pas assez vieux ou sage pour prendre le temps de penser. Il fallait agir. Prêter main forte. Accompagner le vent du changement. Et, parfois, se venger avec fougue et intrépidité des stigmates laissés par des années de détention éprouvante. Puisqu’on avait voulu nous imposer le silence, le moment était venu de rattraper le temps perdu. Et je crois avoir mon lot de souvenirs, de victoires et de déconvenues.

Mesdames et messieurs, chers organisateurs, je vous suis reconnaissant d’avoir songé à mon humble personne pour mener à son terme, ensemble, un diagnostic et un essai de prospective.  

Repenser la démocratie, soit. Penser la gouvernance de nos sociétés, là est l’enjeu. Par ‘penser’, j’entends le plein recours aux facultés de notre leadership intellectuel pour nous doter d’une vision ambitieuse et partagée. Par ‘penser’, j’envisage le recours à un logiciel combinant leadership politique, recherche de qualité et consultation des parties prenantes de nos sociétés.

A mes yeux, un corps social tient par sa capacité à articuler production de sens, création de valeurs communes, et capacité d’ordonner les interactions de ses membres en vue d’obtenir une prospérité partagée. Cohérence et cohésion sociale sont, certes, des éléments fondamentaux d’une démarche politique exigeante et répondant aux attentes d’une partie de nos concitoyens – et de certains de nos partenaires. Elles ne peuvent cependant ‘faire sens’ si elles ne s’inscrivent pas dans un plus large dessein.

L’une des grandes difficultés de la situation que nous traversons tient à l’effritement progressif des conditions cadre dans lesquelles nous avons opéré. C’est ainsi que je décris, pour l’instant, l’instabilité qui, selon vous, semble définir notre époque. Permettez-moi de prendre un peu de recul pour souligner à quel point la stabilité est, très souvent, une vue de l’esprit.  

Depuis les chancelleries de certains Etats, elle recouvre notamment la reconduction tacite de rapports de forces et la prise en compte de principes ou d’intérêts définis et sanctionnés par les arbitres de l’ordre international.

Dans nos médias ou nos partis, la démocratie est aussi un champ de lice ou ne cessent de s’affronter des individus mobilisant toutes les ressources possibles et imaginables pour sortir vainqueurs d’un combat quasi permanent. La démocratie n’est pas stable, elle bouge sans cesse.

Dans nos familles et nos sociétés, les aspirations des cadets face aux aînés sont un élément incontournable de notre contrat social intergénérationnel. Il nous appartient de perfectionner la remarquable ingénierie sociale qui est la marque de notre région pour une fructueuse cohabitation entre expertise, expérience et dynamisme de la jeunesse.

Les mutations dont nous sommes les témoins reconfigurent la place de nos Etats dans le concert des Nations. Elles remettent en cause des usages, dénoncent des pratiques et instaurent une conversation dont l’ordre du jour n’est plus suggéré ou imposé. Désormais, il faut compter avec des dirigeants qui exposent avec fermeté leurs priorités. Il faut négocier avec des Etats qui décident d’appliquer - sans état d’âme - certaines dispositions des Conventions de Vienne.  

Quoi de plus normal, penseront certains. Le défi vient précisément de la nouveauté de cette posture. Il aura fallu deux générations d’indépendance pour que cesse notre mutisme et notre excessive courtoisie. J’insiste sur cette évolution dont les conséquences sont, chaque jour, de plus en plus tangibles. Je n’y vois pas un facteur d’instabilité pour nos Etats, plutôt une nécessaire mise à jour de leur pratique politique ou diplomatique – qui fait l’objet d’un large consensus.

En dépit des efforts remarquables accomplis depuis les années 1960, nos Etats ont subi un délitement résultant notamment de programmes d’ajustement structurel mal conçus et exécutés. Peu ou mal payés, peu ou mal formés, soumis aux intempéries de l’attention fluctuante de responsables politiques ou de partenaires irresponsables - au point de vue juridique. Les fonctionnaires sont les premiers orphelins d’un Etat ayant cessé d’assumer son rôle de protecteur de la collectivité.  

C’est dans ce domaine que la légitimité de nos Etats fait le plus défaut. Comme l’amour, la confiance ne se décrète pas. On en bénéficie – ou pas. Et son absence fait cruellement défaut car elle est la condition première d’une société saine, ayant confiance en elle et concentrée sur l’atteinte des objectifs permettant son plein épanouissement.

Je ne pense pas qu’il faille à tout prix chercher la légitimité hors du périmètre actuel d’intervention de nos administrations. Ce qui me semble inévitable, en revanche, est d’assumer l’héritage politique de notre région. En tant que collectivités humaines, notre trajectoire historique est plus ancienne et féconde que celle que nous avons connue depuis les années 1960.  

Clore la parenthèse coloniale suppose aussi de nous sevrer d’un prêt-à-penser ignorant superbement nos cultures et leurs chefs d’œuvre. La première légitimité d’un Etat ne tient pas à la supposée perfection formelle de sa constitution. Elle repose, avant tout, sur l’adéquation entre les aspirations d’un peuple et la capacité de ses institutions à répondre à ses besoins.  

Concernant la résilience, j’aurais plutôt tendance à saluer celle des individus. Les Etats demeurent, à moins qu’ils ne soient soumis à des entreprises de destruction massive – y compris par la guerre civile. Le risque étant cependant d’avoir des dispositifs administratifs et financiers dont la première résilience tient à leur grande agilité pour conserver ce que d’aucuns décrivent comme une rente de situation.   

Mais, à mon sens, la résilience n’est pas une fin, c’est peut-être une façon de ruser, de contourner un choc ou de surmonter ses effets négatifs. Il convient plutôt de développer la production et l’analyse de données afin de mieux anticiper les risques majeurs.

Ces éléments d’information fournis, ils doivent nourrir une réflexion et rapprocher l’État des administrés. Les technologies digitales contribuent à la modification de certains services fournis par l’Etat. Dans ce domaine comme dans d’autres, l’urgence est de penser par nous-même, de concevoir les innovations correspondant à nos besoins et d’investir de façon plus cohérente et mieux financée dans la formation de nos talents.

Je vous remercie pour votre attention,
S.E.M Maman Sambo Sidikou


Agenda officiel de la Conférence régionale : Repenser la démocratie en contexte d’instabilité en Afrique de l’Ouest et au Sahel
Dakar, 16–17 février 2026 – Hôtel Ndiambour


Discours inaugural – Maman S. Sidikou : Repenser la démocratie en période d’instabilité au Sahel et en Afrique de l’Ouest  Goree Institute

Discours inaugural – Maman S. Sidikou : Repenser la démocratie en période d’instabilité au Sahel et en Afrique de l’Ouest  Goree Institute

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