SIM Aminchi 0range

Niger : Quel bilan peut-on établir des Accords de paix de 1995 ?Dans un contexte où le pays donne le sentiment d’entrer une fois de plus dans une période de crispation, le sens de cette célébration devrait, au profit de tous les citoyens nigériens, et particulièrement pour les jeunes, être clairement analysé. Rappelons-nous que le 24 avril 1995 précisément ont été signés des Accords de paix censés mettre un terme à un conflit né d’une gouvernance catastrophique qui avait gravement mis à mal à la fois la cohésion nationale et l’unité du pays.
Aujourd’hui, par conséquent, il y a lieu de saluer la pérennisation de cette journée de commémoration. Le pays peut ainsi s’approprier désormais cet élément de son Histoire et rendre un hommage, entre autres, aux martyrs qui ont contribué à éveiller la conscience citoyenne de chaque Nigérien et à lui ouvrir le chemin de la liberté. 
En effet, les martyrs de la rébellion de cette époque sont morts pour qu’advienne une république démocratique assumant sans ambiguïté la diversité de sa population et se donnant les moyens politiques indispensables à la pérennité de son unité. Il s’agit bien, par conséquent, de combattants morts afin que l’idéal d’unité auquel ils aspiraient pour leur pays puisse advenir au plus vite.
Le monument érigé l’année dernière à la mémoire des Martyrs « Populations F.D.S Resistance » a provoqué cependant une source de confusions très préjudiciables à la compréhension des événements en question. Le monument qui a été ainsi érigé était censé rendre hommage à la fois aux combattants de la Rébellion, aux éléments des F.D.S et aux civils innocents victimes d’exactions inadmissibles. Peut-on admettre sans frémir que se retrouvent donc sur un même plan des criminels et leurs victimes ? A-t-on réellement remarqué cette étrange particularité, qui aurait pu être simplement ridicule s’il n’était pas question ici d’actes extrêmement graves et pour les victimes et pour le pays ?
En imposant ce mélange assez détonant, les autorités ont-elles voulu créer un compromis qui aurait dû satisfaire les uns et les autres en les exposant publiquement sur le même plan ? Quel que soit leur dessein, ces autorités ont surtout démissionné devant leur responsabilité à l’égard de la population et des F.D.S. Il s’agit avant tout de populations victimes d’injustices. Cependant, leurs ayants droit attendent toujours que l’Etat reconnaisse sa responsabilité dans les atrocités commises à l’époque en son nom.  L’ambiguïté symbolisée par ce monument dressé au côté de l’épée enterrée à Tchintabaraden illustre parfaitement le malaise qui subsiste encore dans certains cercles du pouvoir, voire du pays, sur le sens à donner à cet épisode de l’Histoire récente du pays.

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