Eaux et souveraineté nationale : Repenser la gestion des eaux du Niger

L’eau, en plus d’être une source nationale que l’on ne peut importer de nulle part, est, par la Loi Fondamentale, un droit humain qui, de ce fait, reste du domaine de la souveraineté d’un Etat qui voudrait assurer la disponibilité et surtout l’accessibilité à une telle denrée, à un tel droit constitutionnel. Car l’eau n’est pas un luxe. C’est un besoin vital. Naturel. Comment peut-on donc comprendre qu’un Etat cède une partie d’une telle ressource vitale à un autre et notamment à un privé étranger pour gérer l’exploitation de nos eaux et nous les vendre à son prix, et souvent sans que nous n’ayons totalement la maîtrise la qualité de l’eau qu’il envoie dans nos robinets. Est-il responsable de continuer à gérer nos eaux de cette manière quand, en ce millénaire, presque partout dans le pays, d’autres Nigériens doivent parcourir de longues distances, dépensant un temps énorme pour trouver de l’eau, et quelle eau ?

C’est d’autant aberrant que c’est l’État qui assure le plus important volet de la chaine de la production du précieux liquide en consentant des investissements colossaux pour mettre en place le réseau d’exploitation, de la source à la distribution. Le seul travail que devra faire la société d’exploitation, la SEEN en l’occurrence, est de savoir mesurer les quantités consommées par les clients et les facturer, plus caricaturalement, son effort se limite à vendre, et à rapatrier les fonds générés par son business, faisant des Nigériens rien que des consommateurs, des clients exploitables et elle en trouve car qui peut vivre sans eau ? Pour une telle denrée incontournable dans la vie des hommes, quel gestionnaire ne peut pas réussir car jamais l’on ne peut bouder son produit pour manquer de demandeurs ?

Rappel…

On peut se souvenir que c’est en 2000 que la société chargée d’exploiter l’eau au Niger a été scindée en deux, la SPEN, Société de Patrimoine des Eaux du Niger et la SEEN, la Société d’Exploitation des Eaux du Niger. La première a en charge la gestion du patrimoine, le développement du sous-secteur, la maîtrise d’ouvrages, la maîtrise d’œuvre des projets et la sensibilisation du public. Et la seconde doit assurer l’exploitation et la maintenance des ouvrages, le renouvellement du matériel d’exploitation, la maîtrise d’œuvre pour les travaux financés sur fonds propres, la facturation et l’encaissement et les relations avec la clientèle. Peut-on croire que le Niger manque de compétences à jouer les rôles confiés à la SEEN pour les confier à un privé étranger et ce alors que le plus difficile du travail, en amant, est assuré par l’Etat et ses fonctionnaires nationaux ? Un tel choix, quand on sait l’importance de l’eau dans la vie des sociétés, est-elle rationnelle ?

Débats…

Depuis que le contrat avec Veolia, la société française qui assure depuis des années la gestion de la SEEN, arrivait à terme, beaucoup de voix s’étaient levées pour dénoncer le contrat, demandant carrément une nationalisation de ce secteur vital, sinon au moins, la rétrocession de sa gestion à des privés nigériens pouvant gérer bien notre eaux et nous rassurer de la qualité de l’eau que les populations consomment.

L’Assemblée Nationale, il y a quelques mois, s’était invitée dans le débat et l’on avait entendu les députés de tous bords, courageusement, dénoncer un contrat qui n’a pas lieu d’être, en tout cas pour gérer une ressource stratégique comme l’eau que l’Etat a le devoir, constitutionnellement, de rendre disponible et accessible. Il suffira de signer avec des privés nationaux des contrats de performance par rapport auxquels ils devront gérer l’exploitation et la vente de l’eau en s’y conformant au risque de se voir dessaisis de la mission à eux confiée. Et parce qu’à l’Assemblée Nationale, l’on a entendu que les Nigériens ne sont pas satisfaits des prestations de Veolia qui n’aura pas respecté la convention d’affermage de la commercialisation de l’eau et de la qualité de l’eau qu’elle commercialise, plus que jamais se pose aujourd’hui l’option de la nationalisation de la société.

L’eau doit donc revenir dans le champ de la souveraineté nationale.

Seyni Wangari

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