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Revue de presse nigérienne du 19 au 25 octobre 2026 : pénurie d’essence, pétrole et dialogue CEDEAO-AES

revue de presse labariPendant que les automobilistes faisaient la queue devant des pompes vides, le pétrole rapportait à l’État 32 milliards de francs CFA de plus que prévu. Entre ces deux réalités, la presse nigérienne de la semaine du 19 au 25 octobre 2026 cherche des coupables, réclame des comptes et découvre les règles strictes qui encadreront désormais l’information en ligne.

Carburant : sabotage pour les uns, spéculation pour les autres

Aucun sujet n’a autant occupé les rédactions que les files interminables devant les stations-service, à Niamey comme dans les régions.
Sur les causes, deux lectures s’affrontent
Le Courrier privilégie la piste politique. L’hebdomadaire soupçonne d’anciens acteurs du régime déchu d’entretenir la pénurie pour retourner l’opinion contre les autorités, après l’échec, selon lui, de leurs autres tentatives. Le journal ne dédouane pas pour autant le pouvoir : des mesures prises à temps, estime-t-il, auraient épargné au pays ces images qui alimentent les railleries sur les réseaux sociaux.

L’Écho du Monde regarde plutôt du côté de ceux qui profitent de la crise. À l’appui, le témoignage d’un revendeur informel : de l’essence en quantité illimitée, mais à 2 000 francs CFA le litre, vendue dès une heure du matin et livrée à domicile. Pour l’hebdomadaire, ce commerce de la pénurie abîme la solidarité nationale et n’enrichit ses auteurs que le temps de la crise, quand leur réputation, elle, reste durablement entachée. La refondation, conclut-il, exige d’abord un changement de comportement, à l’échelle de chacun autant que de la collectivité.

155 milliards de recettes pétrolières en un trimestre, et une question : pour quoi faire ?

Le contraste n’a pas échappé à L’Enquêteur. Dans son édition du 21 octobre, le quotidien privé révèle qu’au deuxième trimestre 2026, l’or noir a rapporté 155,48 milliards de francs CFA au Trésor, soit près de 32 milliards au-dessus des prévisions.

Selon le rapport cité par le journal, ces ressources ont servi à financer les secteurs sociaux de base, la sécurité, les programmes de résilience face aux crises alimentaires, la gratuité des soins de santé et des chantiers d’infrastructures. Une énumération qui ne satisfait pas entièrement L’Enquêteur : le quotidien plaide pour une traçabilité plus fine de l’usage de cette manne, devenue un pilier des finances publiques.

Pages de plus de 10 000 abonnés : les mêmes obligations que les médias

C’est sans doute la décision la plus lourde de conséquences pour l’espace numérique nigérien. Toujours L’Enquêteur, le 22 octobre, décortique l’ordonnance n° 2026-48 du 10 septembre 2026 sur la presse électronique, récemment présentée au public.

Le texte dépasse largement le cercle des journalistes. Toute page ou plateforme de réseau social suivie par au moins 10 000 personnes relève désormais des mêmes exigences qu’un média. Influenceurs, créateurs de contenu et administrateurs de pages sont donc directement concernés. Les sanctions peuvent atteindre 100 millions de francs CFA d’amende, selon le quotidien, qui y voit la fin d’une longue période d’impunité en ligne. Médias et créateurs disposent de quatre mois après la publication du texte pour se mettre en règle auprès de l’Observatoire national de la communication (ONC).

Le même souci de reprise en main traverse la communication de l’État. Le bihebdomadaire Niger Times rapporte que le ministère de la Communication a réuni le 20 octobre les chargés de communication et de relations publiques des ministères et des institutions. Objectif affiché : bâtir une communication publique unifiée, plus réactive et tournée vers ce que les autorités appellent la souveraineté informationnelle.

L’Observatoire des droits de l’homme pourra enquêter de sa propre initiative

Aïr Info détaille les nouveaux pouvoirs de l’Observatoire national des droits de l’homme et des libertés fondamentales (ONDH-LF). L’institution pourra être saisie, par écrit ou oralement, par les victimes, leurs ayants droit ou les organisations nationales de défense des droits humains, mais aussi agir d’office. Chaque requête devra être examinée sous 48 heures au plus, et une réunion sans délai est prévue en cas de violations graves, massives et continues. Un rapport annuel sur la situation des droits et libertés sera remis au chef de l’État.

CEDEAO-AES : à Dakar, un premier dialogue sans retour en arrière

Les 17 et 18 octobre, la capitale sénégalaise a accueilli la première session de la réunion ministérielle de dialogue entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel.
La Roue de l’Histoire Info y voit avant tout une prise de contact, destinée à jeter les bases d’une coopération entre les deux blocs depuis le retrait effectif du Burkina Faso, du Mali et du Niger de l’organisation ouest-africaine, le 29 janvier 2025.
Pour les pays sahéliens, insiste l’hebdomadaire, il n’est pas question de réintégrer la CEDEAO, mais d’organiser la coexistence de deux ensembles désormais distincts. Un accord-cadre est attendu avant la prochaine réunion des ministres.

Sécurité : un calme relatif revendiqué sur le terrain

D’après L’Actualité, la première quinzaine d’octobre a été globalement calme sur l’ensemble du territoire. Les Forces de défense et de sécurité ont multiplié patrouilles, contrôles et opérations ciblées, neutralisant plusieurs hommes armés et saisissant un important lot de matériel de guerre.

Souveraineté : les éditorialistes serrent les rangs

Plusieurs hebdomadaires consacrent leurs colonnes à la défense du projet de refondation. Le Nouveau Républicain appelle à faire passer l’intérêt général avant les ambitions personnelles et à assainir les pratiques sans tomber dans l’arbitraire ni la chasse aux sorcières. Le Monde d’aujourd’hui, qui salue le leadership du général Tiani, présente les difficultés actuelles non comme un échec, mais comme le prix à payer pour la naissance d’un État pleinement souverain.

Sur un registre plus philosophique, le satirique Le Canard en Furie rappelle qu’une frontière, une monnaie ou un gouvernement commun ne suffisent pas à faire une nation. Sans destin partagé, prévient-il, un pays n’est qu’une juxtaposition de groupes rivaux, exposés aux tentations du tribalisme comme à celles du mondialisme.

Fonction publique : 12 000 candidats pour 329 places aux Finances

Le concours de recrutement du ministère des Finances illustre l’attrait intact de l’emploi public chez les jeunes : plus de 12 000 candidats pour 329 postes, rapporte Niger Times dans son édition du 19 octobre. Les lauréats renforceront les services du Trésor, des impôts, de la douane et du budget.

Grand marché de Niamey : la SOCOGEM accuse les sous-locations

Face à la contestation de la hausse des loyers, la Société de construction et de gestion des marchés (SOCOGEM) contre-attaque dans un communiqué publié par Le Sahel le 19 octobre. Elle accuse certains commerçants d’accaparer des boutiques qu’ils n’exploitent pas pour les sous-louer entre 100 000 et 200 000 francs CFA par mois, alors qu’ils ne lui versent que 6 320 à 12 640 francs selon la catégorie. Les abords des boutiques se loueraient jusqu’à 40 000 francs par mois, et certaines boutiques se revendraient entre 20 et 80 millions de francs CFA.

La société rappelle que la révision des loyers a été engagée dès 2016 et qu’elle applique aujourd’hui une décision de justice, sous le contrôle des autorités judiciaires.

Tahoua : les lutteurs en lice pour le Sabre national de Zinder

Dans les régions, Le Sahel du 22 octobre rapporte le lancement, le 19 octobre à l’arène de Malbaza, des éliminatoires régionales de Tahoua pour le Sabre national de lutte traditionnelle, prévu à Zinder en décembre. Jusqu’au 24 octobre, quinze lutteurs par entité, dont dix titulaires, représentent Abalak, Bagaroua, Bouza, Illéla, Malbaza, Madaoua, Keita, Birni N’Konni, ainsi que le département et la ville de Tahoua. Les combats se déroulent sous l’égide du nouveau code de la lutte traditionnelle.

Source : revue de presse de RT Labari
Boubacar Guédé (Nigerdiaspora)

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