Niger : Pourquoi la transition doit s’ouvrir aux civils pour réussir la refondation

Au fil des semaines, un constat s’impose dans les analyses les plus crédibles : la refondation engagée au Niger ne pourra s’enraciner durablement tant qu’elle s’appuiera essentiellement sur les appareils militaires.
Les journaux du pays, de L’Enquêteur à Opinion, convergent désormais vers un même diagnostic : pour être efficace, légitime et tournée vers l’avenir, la transition doit accorder une place beaucoup plus forte aux compétences civiles.
Un enjeu institutionnel, mais aussi un impératif politique.
La centralisation du pouvoir, un risque majeur de blocage
Dans un éditorial largement commenté, Opinion met en garde contre les dangers d’un pouvoir trop concentré entre les mains d’un cercle restreint. Une telle configuration, explique le journal, ralentit la prise de décision, fragilise les institutions et installe une forme de « gouvernance carrée », rigide, peu adaptée aux urgences d’un pays confronté à des défis multiples. Sécurité, vie chère, irrigation, éducation, infrastructures, réforme administrative : autant de chantiers qui nécessitent des compétences diverses, une organisation souple et des équipes capables de travailler dans la durée. Or, rappelle l’éditorialiste, aucune transition militaire ne peut assumer à elle seule cette amplitude d’exigences. Pour éviter l’essoufflement et l’enlisement, il devient indispensable d’élargir la gouvernance et de dépasser les réflexes de centralisation.
La refondation doit devenir un véritable projet d’État, et non un régime d’exception
L’enjeu central de la période actuelle réside dans cette distinction fondamentale : une transition agit dans l’urgence, tandis qu’une refondation s’inscrit dans une construction profonde, destinée à transformer durablement le modèle institutionnel, économique et social du Niger. Pour que ce chantier prenne racine, il ne peut plus reposer exclusivement sur les structures militaires. Il doit s’appuyer sur des politiques publiques robustes, des administrations modernisées, des experts capables d’orienter le changement, une pensée civile stratégique et un débat public structuré. Sans cette ouverture, avertissent plusieurs observateurs, le pays risque de s’enfermer dans un cycle où les réformes demeurent théoriques, faute d’être institutionnalisées. La refondation ne pourra devenir une réalité que lorsqu’elle sera portée par l’État dans toutes ses composantes, et non par un régime d’exception.
Un message clair : la transition doit s’appuyer sur les Nigériens, pas seulement sur l’État
Cette exigence d’ouverture civile n’est pas un caprice académique : elle émane du terrain.
Les populations qui ont accueilli massivement le Président de la République, Chef de l’État, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani durant sa tournée nationale ont applaudi pour demander des résultats concrets.
Le peuple a joué sa partition.
Il attend désormais de l’État qu’il se dote d’une gouvernance plus large, plus agile, et plus en phase avec la diversité des réalités nigériennes.
Justice, économie, gouvernance : là où les civils sont indispensables
Les journaux du pays l’ont souligné avec insistance cette semaine : certaines fonctions essentielles de l’État ne peuvent être assumées durablement sans une participation nettement plus affirmée des compétences civiles. La justice, d’abord, reste le cœur de la rupture attendue. Comme le rappelle L’Enquêteur, aucune refondation crédible ne peut s’opérer tant que les affaires de détournements majeurs restent en suspens. Seule une justice forte, véritablement indépendante et portée par des juristes expérimentés peut affronter les « gros poissons » et restaurer la confiance du public.
L’économie, ensuite, exige une expertise technique que seule une administration civile structurée peut fournir. La gestion des finances publiques, l’exploitation des ressources minières, l’irrigation ou encore l’orientation des investissements sont des domaines complexes, qui nécessitent des spécialistes, des planificateurs, des ingénieurs et des économistes capables de décider et d’agir avec méthode.
La modernisation administrative, enfin, illustre plus que tout la nécessité d’un pilotage civil. La digitalisation des services, l’assainissement urbain ou la réhabilitation des infrastructures ne peuvent avancer que si les ministères civils retrouvent leur rôle central et redeviennent le moteur opérationnel de l’action publique.
À ce prix seulement, justice indépendante, gestion économique professionnelle et administration modernisée , la refondation pourra s’installer dans la durée et dépasser le stade des intentions pour devenir une transformation réelle de l’État.
Un tournant pour la transition
La situation se résume avec une netteté implacable : tant que les compétences civiles ne seront pas pleinement mobilisées, la transition risque de s’enfermer dans une centralisation stérilisante. Pour gagner en crédibilité, la refondation doit désormais dépasser le cadre d’une gestion exceptionnelle et se transformer en un véritable projet d’État, structuré, durable et inclusif. Certes, le Niger a déjà franchi des étapes importantes, mais la phase qui s’ouvre sera décisive : il s’agit d’élargir la gouvernance, d’intégrer les forces vives du pays et de convertir les discours en résultats concrets et mesurables. La refondation n’est plus un slogan répété dans les tribunes ; elle est devenue une exigence nationale, portée par une population qui attend des actes et des réponses à la hauteur de ses sacrifices.
Aïssa Altiné (Nigerdiaspora)