Niger : l’incarcération du journaliste Ghazali Abdou, entre liberté de la presse et impératif sécuritaire

L’arrestation et l’incarcération du journaliste Ghazali Abdou Tasawa, correspondant à Niamey de la chaîne internationale Deutsche Welle, le vendredi 23 janvier, relancent le débat sur l’équilibre délicat entre liberté d’informer et exigences de sécurité nationale au Niger. Le reporter a été déféré puis placé à la prison civile de Niamey, dans une affaire liée à un reportage consacré à des réfugiés nigérians installés dans la capitale.
Un dossier sensible dans un contexte sécuritaire exigeant
Selon les informations disponibles, la procédure engagée à l’encontre du journaliste serait en lien direct avec le contenu d’un sujet journalistique portant sur des populations réfugiées venues du Nigeria. Ce thème, à la croisée des enjeux humanitaires, migratoires et sécuritaires, demeure particulièrement sensible pour les autorités nigériennes, dans un environnement régional marqué par l’instabilité et les menaces transfrontalières.
La vigilance des autorités au cœur de l’action publique
Depuis plusieurs années, le Niger a renforcé ses dispositifs de contrôle et de surveillance afin de préserver la sécurité nationale et l’ordre public. Cette vigilance accrue, jugée nécessaire par les autorités face aux risques sécuritaires, se traduit par une attention soutenue portée aux informations diffusées sur des sujets considérés comme stratégiques. Dans ce contexte, certains observateurs estiment que l’équilibre entre les impératifs de sécurité et la liberté de la presse devient de plus en plus fragile.
Liberté d’informer et cadre légal
Si le journalisme d’enquête repose sur le droit d’informer le public sur des réalités parfois complexes, l’État, de son côté, invoque régulièrement la nécessité de prévenir toute diffusion d’informations susceptibles de fragiliser la cohésion nationale ou d’exposer le pays à des risques supplémentaires. L’affaire Ghazali Abdou illustre ainsi les tensions persistantes entre ces deux impératifs, dans un contexte où la sécurité est érigée en priorité absolue.
Une affaire emblématique
Au-delà du cas individuel du correspondant de Deutsche Welle, cette incarcération met en lumière les défis auxquels sont confrontés les médias opérant dans des environnements sécuritaires contraints. Elle pose la question de la proportionnalité des mesures prises et de la capacité du cadre judiciaire à concilier rigueur sécuritaire et respect des principes fondamentaux de l’État de droit.
En attendant une communication officielle plus détaillée sur les fondements juridiques de cette affaire, l’opinion publique reste attentive à l’évolution du dossier, dans l’espoir que la nécessaire protection du pays s’exerce sans entraver durablement l’exercice d’un journalisme responsable et professionnel.
Aïssa Altiné (Nigerdiaspora)