Accéder au contenu principal

Kandadji : plus d’un demi-siècle d’attente, quelles leçons pour les grands projets du Niger ?

Kandaji Chantier 1Le barrage de Kandadji est bien davantage qu’un chantier. Pensé depuis plusieurs décennies, ce projet stratégique porte des ambitions majeures pour le Niger : production d’électricité, développement agricole, gestion des ressources en eau et amélioration des conditions de vie des populations. Pourtant, son histoire, marquée par de multiples étapes et retards, invite aujourd’hui à une réflexion plus large sur la manière dont le pays conçoit, conduit et achève ses grands projets.

Les travaux officiellement relancés en mars 2019 devaient inscrire Kandadji dans une nouvelle dynamique. Mais le chantier a de nouveau connu des difficultés. Des documents de suivi de la Banque mondiale faisaient état d’un taux d’avancement physique de 30,5 % pour les travaux du barrage, avec des périodes d’interruption.

Il ne s’agit pas ici de rechercher des responsables ni de refaire indéfiniment le procès du passé. L’enjeu essentiel est d’en tirer les enseignements. Un grand projet national ne devrait pas seulement être porté par une ambition et des financements. Il doit aussi reposer sur une continuité de l’action publique, un calendrier réaliste, des responsabilités clairement définies, un suivi permanent et une obligation de résultat.

Passer de la logique du lancement à celle de l’achèvement
L'annonce ou le lancement d’un grand projet constitue un événement politique majeur. Mais la véritable réussite se mesure à son achèvement, à sa mise en service et à ses effets concrets sur la population. Kandadji rappelle ainsi une exigence fondamentale : un projet commencé doit être suivi jusqu’à son terme.
Cela suppose de préserver la mémoire institutionnelle du projet malgré les changements de responsables, d’identifier rapidement les obstacles techniques ou financiers et de rendre régulièrement compte de l’état réel d’avancement. Le suivi ne doit pas intervenir seulement lorsqu’un chantier rencontre une crise. Il doit faire partie intégrante de sa gestion.
Les États généraux consacrés à la mise en œuvre du Programme Kandadji, organisés du 8 au 10 juillet 2026 à Niamey, peuvent à cet égard constituer une étape importante, à condition que les recommandations formulées soient traduites en décisions, en calendrier et en mécanismes de suivi clairement identifiables.


À lire aussi >>> Barrage de Kandadji : financement, réinstallation et travaux au cœur d’une nouvelle relance


Kandadji comme leçon pour les futurs grands projets
Au-delà du barrage lui-même, le Niger pourrait faire de l’expérience de Kandadji une référence pour améliorer la gouvernance de tous ses projets structurants. Chaque grand chantier devrait disposer d’objectifs mesurables, d’échéances publiques, d’évaluations régulières et d’un dispositif permettant de suivre les engagements pris jusqu’à leur réalisation.
Dans le cas particulier de Kandadji, l’enjeu est désormais de maintenir une dynamique de suivi rigoureuse et continue afin de surmonter les obstacles accumulés au fil des décennies et de conduire ce projet stratégique jusqu’à son achèvement.

Kandadji peut encore devenir le grand projet de développement qu’attendent les Nigériens. Mais son histoire porte déjà une leçon essentielle pour l’avenir : la politique du travail bien fait doit aussi être une politique du travail suivi, évalué et terminé. Oumarou Dan Birni 

powered by social2s