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Justice, paix et développement sous la refondation : La justice attendue des Nigériens est-elle possible sans le jugement des dossiers cités lors des Assises nationales ?

Justice niger 02Le 26 mars 2025, face au peuple nigérien réuni à nouveau Mahatma Ghandi pour l’entame de la mise en oeuvre des résolutions des Assises nationales, le Général de brigade Abdourahamane Tiani qui vient de porter ses nouveaux galons de Général d’armée, dissout les partis politiques et instruit le ministre de la Justice, garde des Sceaux à prendre les dispositions pour mettre en oeuvre la recommandation des Assises nationales relative à la libération des prisonniers politiques, civils et militaires prévenues ou condamnées. Moins de 10 jours après, le chef de l’Etat a tenu sa parole, mais en divisant la poire en deux, la vague de libérations ayant concerné aussi les dignitaires du régime déchu arrêtés. Une mesure en demi-teinte mais globalement saluée au sein de l’opinion nationale au nom de la présomption d’innocence à laquelle chaque personne a droit. La libération des dignitaires du régime déchu ne peut donc gâcher le sentiment général d’aise consécutif au décret de mise en liberté de tant de personnes. Les familles concernées, en tout cas, sont dans l’allégresse de retrouvailles et de regroupements familiaux souhaités nuit et jour.Ce cap franchi avec plus ou moins de bonheur par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (Cnsp), il reste à s’interroger sur le sort qui sera réservé aux dossiers de scandales que le peuple nigérien, à travers les Assises nationales, souhaite voir jugés. C’est l’épreuve de la plus difficile, celle de vérité à laquelle est confronté le Cnsp, soupçonné peu ou prou par une certaine opinion de protection à l’endroit des dignitaires déchus dont le chef de file, Issoufou Mahamadou, bénéficie de privilèges indus. La justice réclamée à cor et à cri par les Nigériens va-t-elle s’imposer au Cnsp dans la même logique que les premières résolutions mises en oeuvre avec rigueur et célérité ? Les Nigériens sont dans l’expectative, les moins enthousiastes ne cachant pas leur pessimisme. Pourtant, des raisons valables existent pour croire en cette volonté du chef de l’Etat de « jouer sa partition sans aucune faiblesse ». Outre le fait qu’il a jusqu’ici exécuter à la lettre les premières résolutions des Assises nationales, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, selon des sources fiables, compte même aller plus vite que ne l’attendent ses compatriotes. Il sait qu’il est attendu au tournant sur la question des dossiers judiciaires et n’aurait aucune intention de trahir les engagements pris.En vérité, le doute et le pessimisme qui irriguent certains milieux nigériens n’ont pas émergé ex-nihilo. Ils viennent d’une succession d’actes et de faits qui les intriguent au plus haut point. La création de la Coldeff et son fameux article 22, entrevu comme une protection pour des individus passibles de passer en assises devant la Cour pénale, est une raison, entre autres, qui a émoussé l’ardeur des Nigériens profondément résolus à voir le Cnsp faire juger les scandales qui ont jalonné la 7e République. Formellement adoptée par les participants aux Assises nationales, la résolution de jugement d’affaires tels que l’uraniumgate, l’achat de l’avion présidentiel, les 1000 milliards d’Eximbank de Chine, etc., ne peut s’accommoder de procédures en dehors de la procédure judiciaire, codifiée et harmonisée par le Code de procédure pénale. Le chef de l’Etat doit par conséquent commencer par dissoudre purement et simplement la Coldeff pour laisser la latitude à la justice de jouer son rôle conformément aux textes et lois en vigueur.La Coldeff (Commission de lutte contre la délinquance économique, financière et fiscale), c’est de notoriété publique, ne permet ni de situer les responsabilités des mis en cause dans les dossiers incriminés, ni d’apprécier leur niveau de responsabilité. Pire, la présomption d’innocence, principe cardinal en matière de justice, n’est pas dans le vocabulaire de cette institution qui n’a travaillé qui a véritablement montré ses limites objectives dans le recouvrement des deniers et biens publics. D’ailleurs, les dossiers qui intéressent les Nigériens échappent complètement à cette institution dont les membres sont des fonctionnaires compétents et expérimentés. Comment faire aboutir des dossiers comme l’uraniumgate, l’achat de l’avion présidentiel, les 1000 milliards d’Eximbank de Chine en dehors des arcanes de la justice ? La Coldeff est un boulet qui empêche à la justice de jouer pleinement son rôle et les fonctionnaires commis à la tâche savent en toute objectivité que les gros délinquants, notamment ceux qui doivent nécessairement passer en assises, sont hors de portée.Par-delà l’incongruité que constitue la Coldef dans une architecture institutionnelle judiciaire nigérienne complète pour prendre en charge tous les cas de faits judiciaires, il faut dire que le pardon et l’oubli auxquels le chef de l’État a invité ses compatriotes sont de nature à semer davantage la perplexité au sein de l’opinion nationale. Même s’il a déclaré que « notre intime conviction est qu’il ne saurait y avoir véritablement pardon et réconciliation sans justice », rassurant sur le fait que la justice aurait cours à propos des affaires qui ont porté un grave préjudice à l’État sous la 7e République, le Général d’armée a aussi laissé entendre qu’il oeuvrera toujours « pour le pardon et la réconciliation entre Nigériens, pour l’unité nationale, pour la justice et la reddition des comptes dans la gestion des affaires publiques ». C’est non sans avoir souligné « qu’il n’y aura, sous le régime du CNSP ni chasse aux sorcières, ni impunité ni protection politique offerte à un quelconque Nigérien face à la justice ou à la Coldeff que nous nous devons tous de soutenir en lieu et place des critiques stériles dont elles font souvent l’objet ». Dans les faits, des autorités régionales, des leaders religieux et communautaires sont en train de sensibiliser les Nigériens sur la question du pardon et de l’oubli, passage nécessaire selon le chef de l’État de « se débarrasser des boulets de la haine et de la rancoeur qui tirent le pays vers le bas et lui empêchent de prendre son envol vers le progrès ».Face à cet état de faits où il est difficile de se faire une religion sur les perspectives prochaines, les Nigériens croisent les doigts, attendant de voir pour juger.

Laboukoye (Le Courrier)