Gaz domestique au Niger : l’État reprend la main sur un produit stratégique au cœur de la politique sociale
Dans un contexte marqué par la refondation de l’action publique et le renforcement de la justice sociale, l’État nigérien a engagé une réforme d’envergure du secteur du gaz domestique. Longtemps fragilisée par des pratiques spéculatives, une application défaillante des prix homologués et une distribution insuffisamment régulée, la filière du gaz fait désormais l’objet d’un encadrement strict porté par le ministère du Commerce et de l’Industrie, en étroite coordination avec les acteurs institutionnels et professionnels du secteur.
Un produit stratégique placé au cœur de la politique sociale de l’État
Le gaz domestique n’est pas un produit ordinaire. Subventionné par l’État pour soulager les ménages et limiter le recours au bois de chauffe, il répond à des impératifs économiques, sociaux et environnementaux. Pourtant, malgré l’existence depuis plusieurs années d’une structure officielle des prix, de nombreux dysfonctionnements persistaient sur le terrain : surenchères injustifiées, ruptures artificielles, circuits informels et pratiques frauduleuses pénalisaient directement les consommateurs.
Face à cette situation jugée inacceptable, les autorités ont fait du respect des prix de vente du gaz une priorité gouvernementale, inscrite dans la politique sociale globale de l’État.
Des contrôles permanents pour mettre fin à la spéculation
Après une série de concertations avec les acteurs étatiques et non étatiques de la filière, le ministère du Commerce et de l’Industrie a engagé des missions de terrain ciblées. Celles-ci ont concerné les principaux centres empulseurs de Niamey ainsi que les localités environnantes approvisionnant les régions de Tillabéri et de Dosso, sans oublier les points de vente de détail, communément appelés dépositaires.
À l’issue de ces inspections, une décision forte a été prise : l’instauration d’opérations de contrôle permanentes, menées à toute heure, afin de combattre la fraude, d’assainir la chaîne de distribution et de garantir l’application rigoureuse des prix réglementés. L’objectif est clair : empêcher toute exploitation abusive d’un produit subventionné au détriment des citoyens.
La SONIDEP au cœur du dispositif de transparence et de traçabilité
Acteur central du secteur énergétique, la SONIDEP s’est pleinement associée à cette dynamique. Selon son directeur général, Ali Seibou Hassane, l’implication directe du ministère du Commerce constitue une avancée décisive : elle a permis la mise en place d’une plateforme d’information partagée, grâce à laquelle la répartition du gaz est désormais communiquée en temps réel.
Concrètement, dès que la SONIDEP procède à la distribution des stocks, les données sont transmises au ministère, traitées puis diffusées sur la plateforme. Les acteurs comme les usagers peuvent ainsi savoir précisément où se trouve le gaz, améliorant la transparence et réduisant les marges de manœuvre pour les pratiques illicites.
Un nouvel arrêté pour encadrer toute la chaîne de commercialisation
Au-delà des contrôles, l’État a renforcé l’arsenal réglementaire par l’adoption d’un nouvel arrêté relatif à la commercialisation du gaz domestique. Ce texte impose des obligations claires aux centres empulseurs, mais aussi aux revendeurs, désormais officiellement reconnus comme des acteurs à part entière de la filière.
Autre innovation majeure : la mise en place d’un mécanisme national d’information des populations. Dans chaque région, des fiches officielles indiquent les niveaux d’approvisionnement et la disponibilité du gaz, contribuant à une meilleure information des consommateurs et à la lutte contre les rumeurs de pénurie.
Des effets concrets et mesurables pour les ménages
Sur le terrain, les résultats sont déjà perceptibles. Les prix homologués sont désormais plus largement respectés : la bouteille de 6 kg est vendue à 1 800 FCFA, tandis que celle de 12 kg est fixée à 3 750 FCFA, contre des tarifs bien plus élevés auparavant. Pour de nombreux ménages, cette baisse représente un soulagement réel dans un contexte économique contraint.
Les témoignages recueillis confirment une amélioration notable de l’accessibilité du gaz, saluant l’action de l’État et le retour à une plus grande équité dans la distribution.
Assainir la filière et protéger les professionnels
La réforme vise également à mettre fin à la concurrence déloyale qui pénalisait les opérateurs respectueux des règles : remplissage nocturne illégal de bouteilles, détournements et absence de traçabilité fragilisaient l’ensemble du secteur. Désormais, les professionnels bénéficient d’une protection accrue de leurs équipements et de leurs investissements.
Dans cette dynamique, plusieurs opérateurs annoncent l’ouverture de points de vente de proximité, garantissant à la fois la disponibilité du gaz, le respect des prix fixés par l’État et la conformité du poids des bouteilles commercialisées.
Une réforme inscrite dans la refondation nationale
Pour le ministre du Commerce et de l’Industrie, Abdoulaye Seydou, l’État est résolument engagé à faire respecter cette réglementation, non pour entraver l’activité économique, mais au contraire pour la structurer, la sécuriser et la rendre plus inclusive. L’intégration officielle des revendeurs dans le dispositif réglementaire illustre cette volonté de soutenir l’économie tout en protégeant les consommateurs.
Au-delà du gaz, cette réforme s’inscrit dans une vision plus large : faire de l’action publique un levier de justice sociale, de création d’emplois, notamment pour les jeunes et de préservation de l’environnement. Dans cette perspective, le gaz domestique est appelé à devenir un produit de consommation courante, et non un luxe, pleinement aligné avec les objectifs de la refondation nationale.
Boubacar Guédé (Nigerdiaspora)