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Foncier au Niger : l’État lance une contre-offensive pour reprendre le contrôle du territoire

Cite dla refondation
Pendant des décennies, la question foncière a constitué l’un des principaux défis de gouvernance au Niger. Multiplication des lotissements irréguliers, spéculation sur les terrains, conflits de propriété, urbanisation désordonnée et recul progressif de l’autorité publique ont contribué à fragiliser l’aménagement des villes et à compliquer l’accès des populations à un habitat sécurisé.

Aujourd’hui, les autorités nigériennes semblent déterminées à inverser cette tendance. À travers une série de réformes engagées depuis 2025, le ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat mène ce qui apparaît comme une véritable contre-offensive destinée à restaurer l’autorité de l’État sur le foncier national.

Au cœur de cette stratégie figure un constat sans concession : l’État a progressivement perdu son rôle central dans la gestion du foncier, laissant se développer des mécanismes de spéculation et des occupations parfois incompatibles avec les règles d’urbanisme. Cette situation a favorisé l’étalement incontrôlé des villes, l’augmentation des litiges fonciers et l’occupation de zones exposées aux inondations ou destinées à des infrastructures publiques.

Pour répondre à ces dérives, le gouvernement a entrepris de remettre la planification au centre de la gestion urbaine. L’actualisation des Plans Urbains de Référence et la relance des Schémas Directeurs d’Aménagement et d’Urbanisme dans plusieurs villes traduisent cette volonté de redonner une direction claire à l’expansion urbaine du pays.

Parallèlement, une vaste opération de récupération des réserves foncières publiques a été engagée. Selon les données communiquées par le ministère, plus de 140 terrains appartenant à l’État ont déjà été récupérés à Niamey. Ces espaces, parfois occupés ou attribués de manière irrégulière, représentent plus d’une centaine d’hectares désormais réintégrés dans le patrimoine public. L’objectif est de préserver des emprises stratégiques destinées aux équipements collectifs, aux infrastructures et aux futurs projets de développement.

Cette reprise en main passe également par la modernisation des outils de gestion. Le projet « I-Cadastre », actuellement en préparation, constitue l’une des réformes les plus structurantes annoncées par le ministère. En numérisant progressivement les données foncières, les autorités souhaitent disposer d’un système unique permettant d’identifier chaque parcelle, son statut juridique et son propriétaire. Une évolution qui pourrait considérablement réduire les risques de doubles attributions et les nombreux contentieux qui encombrent les juridictions.

Au-delà de la sécurisation du foncier public, cette réforme traduit une vision plus large de l’aménagement du territoire. Le gouvernement entend constituer de nouvelles réserves foncières dans les régions, développer des programmes de logements sociaux et anticiper la croissance démographique des principales villes du pays.

Cette nouvelle orientation s’accompagne enfin d’une réflexion sur l’avenir du modèle urbain nigérien. Face à l’étalement continu des villes et à la raréfaction progressive des terrains disponibles, les autorités envisagent désormais de promouvoir davantage la construction en hauteur et les copropriétés afin d’optimiser l’utilisation de l’espace urbain.

À travers ces différentes mesures, l’État nigérien cherche moins à gérer les conséquences du désordre foncier qu’à en traiter les causes profondes. La récupération des réserves publiques, la numérisation du cadastre, la relance de la planification urbaine et la production de nouveaux espaces aménagés constituent autant de leviers destinés à redonner à la puissance publique un rôle moteur dans l’organisation du territoire national.

Plus qu’une simple réforme administrative, cette démarche pourrait marquer le début d’une nouvelle gouvernance foncière au Niger, où la maîtrise du territoire devient un enjeu central de développement, de souveraineté et de stabilité.
Boubacar Guédé (Nigerdiaspora)