Électricité, solaire, charbon, nucléaire : la nouvelle stratégie du Niger pour bâtir sa souveraineté énergétique

Face à une demande électrique en forte croissance et à la nécessité de soutenir l'industrialisation du pays, le Niger accélère la transformation de son secteur énergétique. Production nationale, interconnexions régionales, développement du solaire, valorisation du charbon de Salkadamna, programme nucléaire civil, réforme de la NIGELEC et électrification rurale figurent parmi les principaux axes de la stratégie présentée par la ministre de l'Énergie, Pr Amadou Haoua, lors du Grand Entretien accordé à la RTN. Un vaste chantier qui vise à renforcer progressivement l'autonomie énergétique du pays tout en améliorant l'accès des populations à l'électricité.
Un secteur énergétique confronté à des défis structurels
Plus de deux ans après sa prise de fonction à la tête du ministère de l'Énergie, la Pr Amadou Haoua estime que le secteur électrique nigérien se trouve à un tournant important de son évolution. Selon elle, les efforts engagés depuis 2023 ont permis d'améliorer la stabilité du réseau national, notamment durant le mois de Ramadan 2026, période au cours de laquelle les délestages ont été fortement réduits sur une grande partie du territoire.
Cette amélioration ne masque toutefois pas les difficultés persistantes auxquelles le pays reste confronté. La croissance démographique, l'urbanisation, l'augmentation de la consommation électrique et les besoins liés au développement économique exercent une pression constante sur les infrastructures existantes. Certaines régions, notamment Agadez et Diffa, continuent ainsi de subir des insuffisances de couverture électrique liées à des capacités de production limitées ou à la vétusté de certaines installations.
Un système électrique organisé autour de quatre zones
La ministre a rappelé que le système électrique nigérien repose sur quatre grandes zones énergétiques aux caractéristiques différentes.
La zone Fleuve, qui regroupe principalement Niamey, Dosso et Tillabéri, concentre à elle seule près de 70 % de la consommation nationale d'électricité. Alimentée par les centrales de la NIGELEC, les installations de production privées ainsi que l'interconnexion régionale, elle demeure le cœur du système énergétique national.
La zone Centre-Est, composée notamment de Maradi, Zinder et Tahoua, représente environ 20 % de la demande électrique du pays.
La zone Nord, centrée sur Agadez, dépend largement de la production assurée par la SONICHAR, tandis que la zone Est, autour de Diffa, reste principalement alimentée par les centrales de la NIGELEC.
Cette répartition met en évidence les disparités qui existent encore entre les différentes régions du pays en matière d'accès et de disponibilité de l'énergie.
Une augmentation significative des capacités de production
L'un des principaux enseignements de cet entretien réside dans l'évolution des capacités nationales de production électrique.
Selon la ministre, 118 mégawatts supplémentaires ont déjà été installés depuis les événements de juillet 2023. Ces nouvelles capacités proviennent notamment de la centrale solaire de Gorou Banda, de la centrale offerte par le Royaume du Maroc, de la centrale de la Solidarité ainsi que de nouvelles unités mises en service à Dosso.
Parallèlement, 100 mégawatts supplémentaires sont actuellement en cours de finalisation. Ils concernent notamment la centrale solaire de Goudel, la centrale financée par le Qatar ainsi que plusieurs projets solaires prévus à Maradi, Dosso et Diffa dans le cadre du projet RANAA. Pour les autorités, ces investissements constituent une étape importante vers le renforcement progressif de l'autonomie énergétique du Niger.
Réduire la dépendance extérieure sans rompre les interconnexions
Interrogée sur les importations d'électricité en provenance du Nigeria, la ministre a rappelé que les interconnexions régionales demeurent un élément essentiel du fonctionnement des systèmes électriques modernes.
Elle a expliqué que l'électricité importée reste actuellement moins coûteuse que celle produite à partir de certaines centrales thermiques nationales. Toutefois, l'objectif poursuivi par le Niger consiste à disposer de capacités internes suffisantes pour couvrir ses besoins en cas d'interruption des importations. Selon elle, la souveraineté énergétique ne signifie pas l'abandon des interconnexions, mais la capacité du pays à assurer lui-même son approvisionnement lorsque les circonstances l'exigent.
Un vaste programme de modernisation des réseaux
Au-delà de la production, le gouvernement mise fortement sur le développement des infrastructures de transport et de distribution.
La modernisation récente du réseau haute tension de Niamey a permis d'accroître considérablement les capacités de transit énergétique de la capitale tout en réduisant les pertes techniques.
Plusieurs projets d'interconnexion sont également en cours ou à l'étude. Ils concernent notamment les liaisons entre la zone Fleuve et la zone Centre-Est, l'interconnexion Agadez-Zinder ainsi que le projet régional WAPP qui relie le Niger au Nigeria, au Bénin et au Burkina Faso. Ces infrastructures doivent permettre à terme de renforcer la fiabilité du réseau national tout en facilitant les échanges régionaux d'électricité.
L'accès à l'électricité au cœur des priorités gouvernementales
Le gouvernement affiche l'objectif de porter le taux d'accès à l'électricité de 21,9 % actuellement à 60 % à l'horizon 2030.
Pour atteindre cette cible, plusieurs actions sont engagées. Les chiffres présentés par la ministre montrent une accélération notable des branchements. Après environ 26 000 nouveaux raccordements en 2024 et près de 50 000 en 2025, plus de 82 000 branchements avaient déjà été réalisés entre janvier et mai 2026.
Dans les zones rurales non connectées au réseau national, l'État entend poursuivre le déploiement des mini-réseaux et des kits solaires à travers l'Agence nigérienne de promotion de l'électrification rurale. Soixante-seize mini-réseaux sont ainsi programmés pour alimenter plus d'une centaine de localités.
Salkadamna, pierre angulaire de la stratégie énergétique
Le projet charbonnier de Salkadamna demeure l'un des dossiers les plus emblématiques de la politique énergétique actuelle.
La ministre a indiqué que de nouvelles évaluations ont permis de réestimer le potentiel du gisement à environ 150 millions de tonnes de charbon. Selon les études présentées, ces réserves pourraient soutenir l'exploitation d'une centrale de 600 mégawatts pendant plusieurs décennies.
Elle a affirmé que les permis d'exploitation ont été accordés et que le projet se trouve désormais à un stade avancé de négociation avec les partenaires concernés. Pour les autorités, Salkadamna doit contribuer à renforcer la souveraineté énergétique nationale tout en soutenant les ambitions industrielles du pays.
La question sensible de la SONICHAR
La situation de la SONICHAR a également occupé une place importante dans les échanges.
La ministre a reconnu les difficultés auxquelles est confrontée cette société dont les installations dépassent largement leur durée de vie initiale. Certaines unités fonctionnent depuis plus de quarante ans, ce qui complique leur maintenance et l'approvisionnement en pièces de rechange.
Face à cette situation, le gouvernement envisage une modernisation de l'outil de production à travers la réhabilitation de la centrale existante, son renforcement et son hybridation avec des capacités solaires. Compte tenu de son rôle stratégique dans la région d'Agadez et dans l'approvisionnement des activités minières, les autorités considèrent la SONICHAR comme un maillon essentiel du dispositif énergétique national.
La nationalisation de la NIGELEC comme levier de souveraineté
Autre dossier majeur : la nationalisation de la NIGELEC décidée en juin 2025.
La ministre a présenté cette décision comme un choix stratégique visant à renforcer la maîtrise nationale du secteur électrique dans un contexte géopolitique profondément transformé depuis 2023.
Selon elle, cette réforme doit permettre d'améliorer la gouvernance de l'entreprise, de renforcer les mécanismes de contrôle et d'assurer une meilleure cohérence entre les orientations de l'État et les missions de l'opérateur national.
Des travaux sont également en cours concernant l'évaluation des dettes croisées entre l'État, la NIGELEC et la SONIDEP afin de restaurer durablement l'équilibre financier des principales entreprises publiques du secteur énergétique.
Le nucléaire civil reste à l'ordre du jour
La ministre a confirmé que le Niger poursuit les démarches engagées dans le cadre de son programme électronucléaire civil.
Elle a indiqué que la première phase du processus défini par l'Agence internationale de l'énergie atomique a déjà été validée et que les travaux se poursuivent en vue de l'examen de la deuxième phase.
Le projet prévoit à terme la construction d'une centrale nucléaire civile d'une capacité d'environ 1 000 mégawatts. Sans dévoiler les partenaires impliqués, la ministre a affirmé que le programme continue d'avancer conformément aux exigences internationales en matière de sûreté et de sécurité.
Une vision énergétique au service de l'industrialisation
À travers l'ensemble des projets présentés, le gouvernement entend faire de l'énergie l'un des piliers de la transformation économique du Niger.
Le développement du solaire, du gaz, de l'hydraulique, du charbon et du nucléaire s'inscrit dans une logique de diversification du mix énergétique destinée à réduire les coûts de production, renforcer la sécurité d'approvisionnement et soutenir l'industrialisation.
En conclusion de l'entretien, la ministre a lancé un appel à la diaspora nigérienne et aux opérateurs économiques nationaux afin qu'ils s'investissent davantage dans un secteur qu'elle considère comme l'un des principaux leviers de la souveraineté économique du pays.
Pour les autorités nigériennes, la maîtrise de l'énergie apparaît désormais comme une condition essentielle pour accompagner la refondation nationale, accélérer la transformation des ressources du pays et soutenir les ambitions de développement à long terme du Niger.
Pour mieux comprendre la volonté stratégique des autorités nigériennes de renforcer la souveraineté énergétique du pays, les investissements engagés dans le solaire, le charbon, l’hydraulique et le nucléaire, les réformes en cours au sein de la NIGELEC ainsi que les projets destinés à améliorer l’accès à l’électricité et soutenir l’industrialisation nationale, Nigerdiaspora vous invite à découvrir ci-dessous l’intégralité du Grand Entretien accordé à la RTN par la ministre de l’Énergie, Pr Amadou Haoua.
Boubacar Guédé (Nigerdiaspora)

