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École nigérienne : infrastructures, recrutement et réforme des programmes, ce que révèle le bilan de la ministre Élisabeth Shérif


La ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues, Dr Élisabeth Shérif, a livré une longue intervention dans l’émission Le Grand Entretien de la Radio Télévision du Niger (RTN), consacrée au bilan de son action gouvernementale. Au cours de cet échange, elle a dressé un état des lieux de l’école nigérienne et présenté les principales réformes engagées depuis son arrivée à la tête du ministère en août 2023. Entre l’héritage de plusieurs décennies de difficultés structurelles et la volonté affichée des autorités de refonder le système éducatif, la ministre a défendu une série de mesures destinées à redonner à l’école nigérienne son rôle central dans la formation des citoyens et la construction du Niger de demain.

Une école confrontée à des défis structurels majeurs
Avec plus de trois millions d’élèves répartis dans près de 24 500 établissements et encadrés par plus de 105 000 enseignants, le système éducatif nigérien demeure l’un des plus vastes services publics du pays.
Pour la ministre, les difficultés sont connues : insuffisance des infrastructures, classes surchargées, manque d’enseignants qualifiés, faibles performances scolaires, pesanteurs socioculturelles, faible taux d’alphabétisation et conséquences de l’insécurité dans certaines régions.

À cela s’ajoute un autre défi de taille : près de cinq millions d’enfants restent encore en dehors des dispositifs d’éducation formelle ou non formelle, tandis que le taux d’alphabétisation nationale peine à dépasser les 40 %.
Malgré ce constat, Élisabeth Shérif estime que « l’école nigérienne est debout » et dispose encore d’atouts importants, notamment l’engagement des enseignants, la mobilisation des partenaires et la volonté politique affichée par les autorités de la transition.

Plus de 3 300 nouvelles salles de classe pour réduire les paillotes
Parmi les priorités affichées figure la lutte contre les classes en paillote, symbole des difficultés structurelles de l’école nigérienne.
La ministre a indiqué que plus de 3 338 salles de classe ont été construites ou réceptionnées entre 2023 et 2025 grâce à une nouvelle stratégie nationale de construction scolaire.
Cette stratégie repose sur une approche globale consistant à équiper entièrement les établissements concernés : salles de classe, bureaux administratifs, latrines, laboratoires et équipements pédagogiques.
L’objectif affiché est double : améliorer les conditions d’apprentissage et mettre fin progressivement aux constructions précaires qui exposent élèves et enseignants aux intempéries et aux risques d’accidents.

Le retour du CFEPD présenté comme un tournant pour la qualité
Autre réforme emblématique de la période : la restauration du Certificat de Fin d’Études du Premier Degré (CFEPD).
Selon le ministère, cette décision répond à une préoccupation croissante concernant la baisse du niveau scolaire et l’arrivée au collège d’élèves présentant d’importantes lacunes en lecture, écriture et calcul.
Pour Élisabeth Shérif, le retour de cet examen a permis de réintroduire une culture de l’effort et de l’évaluation rigoureuse.
Le ministère affirme déjà observer des effets positifs, notamment une amélioration du taux de promotion au collège et une diminution des redoublements et exclusions. La ministre reconnaît toutefois que les résultats les plus significatifs ne pourront être mesurés qu’à moyen terme.

Une réforme des programmes pour les adapter aux réalités nationales
L’un des chantiers les plus attendus concerne la refonte des curricula scolaires.
Depuis 2024, un vaste travail d’évaluation des programmes est en cours afin d’adapter davantage les contenus éducatifs aux réalités culturelles, sociales et historiques du Niger.
Plusieurs contenus jugés inadaptés ont déjà été suspendus, notamment dans certains domaines liés à la sexualité et à l’éducation familiale.
Un comité national réunissant experts, enseignants, universitaires et représentants de différentes sensibilités travaille actuellement à l’élaboration de nouveaux programmes. Ces travaux devraient également s’inscrire dans la dynamique de coopération éducative engagée au sein de la Confédération des États du Sahel (AES).
Numérisation : le ministère mise sur le numérique pour moderniser l’enseignement
La digitalisation du système éducatif figure également parmi les axes majeurs de la réforme.

Le ministère a engagé plusieurs actions :
•    Dotation des inspections en matériel informatique ;
•    Acquisition de dizaines de tonnes d’équipements numériques ;
•    Déploiement de tablettes destinées à l’encadrement pédagogique à distance ;
•    Mise en place de bibliothèques numériques dans certains établissements ;
•    Connexion des écoles normales à Internet.
Selon la ministre, ces outils doivent permettre de compenser certaines insuffisances structurelles, notamment le déficit d’encadreurs pédagogiques dans plusieurs régions.

Plus de 10 000 recrutements pour renforcer le corps enseignant
La question des enseignants contractuels reste au cœur des préoccupations du secteur.
Le gouvernement a engagé un processus de recrutement de plus de 11 000 agents, dont plus de 10 500 pour le secteur de l’éducation.
Pour le ministère, cette mesure vise à stabiliser les ressources humaines, renforcer la motivation des enseignants et améliorer la qualité des apprentissages.
Parallèlement, plusieurs programmes de formation continue ont été lancés afin d’améliorer les compétences pédagogiques et l’encadrement professionnel du personnel éducatif.

L’insécurité continue d’affecter l’école dans plusieurs régions
Comme de nombreux secteurs de la vie nationale, l’éducation reste fortement impactée par la situation sécuritaire.
La région de Tillabéry demeure particulièrement concernée.
La ministre a rappelé que plusieurs forums réunissant responsables éducatifs, autorités administratives, forces de défense et de sécurité ainsi que leaders communautaires ont été organisés afin de favoriser la réouverture progressive des établissements et le retour des enfants à l’école.
Selon le ministère, des milliers d’élèves ont pu être réintégrés dans le système éducatif grâce aux centres de regroupement et aux dispositifs de sécurisation mis en place.

Alphabétisation et promotion des langues nationales relancées
Le département ministériel entend également renforcer les actions en faveur de l’alphabétisation.
Les crédits consacrés à ce sous-secteur ont connu une hausse significative ces dernières années afin de soutenir les centres d’alphabétisation et les dispositifs de formation non formelle.
Par ailleurs, la promotion des langues nationales se poursuit à travers le développement de l’enseignement bilingue. Plusieurs langues nigériennes sont désormais utilisées comme langues d’apprentissage dans certaines écoles avant l’introduction progressive du français.
Pour le ministère, cette approche favorise une meilleure compréhension des enseignements et améliore les performances scolaires dès les premières années de scolarisation.

Une école appelée à devenir le moteur de la refondation
Au terme de cet exercice de bilan, Élisabeth Shérif a défendu une vision de l’éducation comme principal levier de transformation sociale.
Pour la ministre, la refondation du Niger ne pourra être durable sans une école capable de former des citoyens compétents, responsables et attachés aux valeurs nationales.
Entre modernisation des infrastructures, réforme des programmes, retour de l’exigence académique, promotion du numérique et renforcement de l’encadrement pédagogique, le gouvernement mise clairement sur l’éducation pour accompagner les mutations engagées depuis juillet 2023.
Reste désormais à transformer ces orientations en résultats durables sur le terrain, là où se joue véritablement l’avenir de plusieurs millions d’enfants nigériens.

Pour mieux comprendre la vision des autorités nigériennes sur la refondation de l’école, les réformes engagées dans le préscolaire, le primaire et le secondaire, la lutte contre les classes en paillote, la restauration du CFEPD, la modernisation numérique du système éducatif, la promotion des langues nationales, ainsi que les défis liés à la qualité de l’enseignement, à la scolarisation des enfants et à l’alphabétisation, Nigerdiaspora vous invite à découvrir ci-dessous l’intégralité du Grand Entretien accordé par la ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues, Dr Élisabeth Shérif.

Boubacar Guédé (Nigerdiaspora)