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Devoir de vérité : a-t-on trahi les espoirs du 26 juillet 2023 ?

Ali Soumana Le CourrierDans le pays, depuis la remise officielle du rapport des Assises Nationales et le discours du Président Tiani consécutif à l'événement, ça bavarde beaucoup. Tous les espaces, virtuels et physiques, sont inondés de paroles, de colères et d'incompréhensions. Comme déroutés, les Nigériens, sortant de près de deux années de soutien infaillible, depuis cet autre jour, se froissent les yeux, regardent et ne comprennent rien. C'est à croire qu'ils sortent d'un cauchemar. Leurs combats et leurs espoirs, sont-ils en passe d'être trahis ? Ah, pauvre Niger et quand on peut penser qu'un certain Macron rit sous cape ! L'occasion rêvée, lui vient-elle ? Et le peuple oublié dans tout cas ? La question est grave. Et ce n'est que normal de s'inquiéter. On sait ce que ce peuple qui a tant souffert et qui a tant espéré avec son armée qui vient le sauver redoute : il craint un retour à la case départ, à une remise du pays dans les mains des mêmes potentats, de ceux qui, prenant sur eux la redoutable responsabilité des graves problèmes du pays. Il ne faut pas donner raison à ceux qui avaient dit, avant l'heure, alors que tout le monde se refusaient à croire à cette version des faits, qu'un clan en battait un autre pour le sien et que les événements du 26 juillet 2023 n'auraient rien à voir avec les problèmes réels du pays. Chiche. " Oublier ", ce terrible mot, au coeur des malaises nigériens, avait torturé les Nigériens qui, ce soir, harcelés par mille et une questions, se demandaient, où on va, où va ce pays, quelles surprises désagréables pourraient leur réserver les militaires au pouvoir. Faut-il craindre d'autres séparations douloureuses, les mêmes pour lesquelles la France observe à distance, manipule ses pions, dont le principal, faut-il avoir le courage de le reconnaitre, est cet homme qui divise tant et qui, fautil s'en plaindre, marche encore dans les platebandes du pouvoir tianien. Sa présence même n'avaitelle pas choqué une opinion et au-delà du pays ? Souvent, hélas, l'histoire s'écrit avec de petits mots, terribles.

Depuis ce jour où ce simple mot pourrait avoir tout dit de ce que l'on redoutait dans le pays, les malaises sont revenus, plus vivaces, et l'on parle sans arrêt à travers un Niger grouillant de silences terrifiants. Combien sont-ils, ces hommes et ces femmes, à travers le pays et au niveau de la diaspora, grands soutiens souvent de la transition, qui fulminent, traduisent des colères et des déceptions qui ne peuvent être apaisées dans le tourment des déceptions commençantes ?

Il y a à faire attention à notre marche, à ce qui peut préserver ce pays, pour qu'une amitié, ou si l'on ose dire, pour que quelques devoirs de gratitudes vis-à-vis d'un homme qui ne peut, par sa relation controversée avec le pays, le mériter, pour venir perdre des hommes et leur pouvoir dans son intimité érosive avec un peuple qui ne sait plus croire.

On ne peut rien imposer à un peuple, pas même de pardonner a fortiori d'oublier ce qui, sensément, même pardonné, ne peut être oublié. On ne demande pas à un peuple l'impossible. La justice passe avant tout. Et c'est pour cela sans doute qu'un autre écrit : " Si l'enfer existe, c'est parce que Dieu lui-même ne pardonne pas tout ". Il y a à faire attention à nous-mêmes et l'histoire de ce pays qui semble se réécrire, doit servir de leçon : un homme ne peut pas être plus important qu'un peuple. Choisir entre les deux ne saurait être, pour un homme d'Etat accompli, un drame cornélien.

Le peuple regarde. Et il aura le dernier mot.

Ali Soumana (Le Courrier)