Augmentation du prix du gasoil / Rencontre du président avec les acteurs sociaux : La bombe sociale, peut-elle être désamorcée ?

Le Niger semble renouer depuis quelques jours avec ses vieilles tensions, aiguisées par l’annonce impromptue de l’augmentation controversée du prix du gasoil. La nouvelle avait surpris plus d’un car le produisant au Niger, et lorsque le partenaire chinois n’annonce aucune contingence qui affecte le prix de production, l’on ne peut que rester hébété face aux raisons invoquées, très farfelues à la vérité, par le gouvernement, visiblement en manque d’arguments, pour défendre sa décision. En vérité, ce problème vient se greffer à d’autres malaises mal éteints qui couvent dans le corps social et l’on savait qu’il suffirait d’un déclic pour faire exploser la bombe sociale. Le gouvernement déjà ébranlé par la rupture de gasoil d’il y a quelques jours, à dessein créée peut-être pour justifier ce que l’on vit aujourd’hui, sait bien qu’il ne peut que difficilement faire passer, au milieu des colères et des attentes déçues de l’exploitation du pétrole, sa mesure tarifaire.

La misérable plaidoirie du gouvernement…
Pour défendre sa chose, le gouvernement, en alignant des ministres auxquels le président lui-même vient en renfort, a donné des raisons qui n’ont convaincu personne. Alkache Alhada, dans ses propos peu convaincants, teintés de ces « eh, eh » rébarbatifs qui viennent parasiter son discours dont il n’a pas la maitrise, a poursuivi une logorrhée fastidieuse, qui a trop ennuyé les téléspectateurs qui attendaient mieux que ces explications piètres et ennuyeuses de quelqu’un dont le niveau intellectuel pouvait donner à espérer mieux de sa part. Mais d’abord, écoutons les explications données par les ministres.

Il est dommage que l’on ne puisse pas entendre d’abord le ministre du pétrole, sans doute le premier concerné par le sujet, mais qui se barricade derrière les « tontons-protecteurs », incapable de s’affirmer et de s’assumer dans un tel débat pour donner d’abord à son niveau, ce qui peut justifier cette augmentation décriée ? Pourtant, il a été présenté comme un bel esprit sorti de Harvard et donc qui pourrait, quand même fils d’un tel, faire mieux qu’un autre et même dans un domaine qui n’est pas forcément le sien. Il affichait dans la ligne des ministres-avocats, un profil bas, jouant au figurant pour un problème qui le concerne en premier. Est-il là juste pour les faveurs rattachées à ses fonctions qu’à défendre sa gestion et assumer les responsabilités auxquelles l’expose ses charges de ministre du pétrole ? Les confrères n’ont pas tort de douter des compétences de l’homme qui pourrait n’être là, non par des compétences avérées, reconnues, mais seulement pour être l’enfant de qui l’on sait.

A travers ceux qui ont parlé, obligés, de défendre ʺPetitʺ que leur confiait le Camarade et qui se trouve à l’épreuve de ses responsabilités de ministre, l’on ne peut entendre rien de ce qui peut convaincre du bienfondé de la décision qui déchire aujourd’hui les Nigériens.

C’est une justification à l’emporte-pièce, à la hussarde, avec des raisons saugrenues qui font dormir debout que donnent des ministres obligés de se jeter à l’eau, n’ayant d’autres choix que de défendre la clique aujourd’hui rattrapée par sa gestion opaque et clanique du pétrole. Comment peut-on comprendre que parce que l’on achèterait plus cher le gasoil au Benin qui n’en produit pas, il faut augmenter au même niveau que dans ce pays donné en exemple le prix du gasoil qui se produit chez eux ? Comment notre gasoil, doit-il profiter au même prix qu’aux autres qui viennent le chercher nous ? Sous Issoufou déjà, quand c’était le tonton qui gardait la manne, le sieur Pierre Foumakoye Gado en l’occurrence, l’on pouvait entendre, drôle que cela puisse paraitre pour des socialistes, que nous devrons payer plus cher notre pétrole pour que d’autres puissent venir l’acheter moins cher chez nous, peut-être pour nous faire plaisir ? Cela, selon quelle logique, quelle intelligence économique ? Aussi, lorsque le ministre du commerce vient raconter que la moitié de la production est consommée par l’extérieur et qu’il faut pour cela nous le vendre plus cher, c’est une histoire qui fait dormir debout. Ce gouvernement, peut-il comprendre que pour les populations, le pétrole est d’abord un produit national, un produit qui doit profiter au Niger et aux Nigériens, et ainsi que l’avait voulu Tandja Mamadou, afin qu’il serve l’économie et la qualité de vie des Nigériens, il fit le choix pertinent et visionnaire de le raffiner au pays pour en réduire les coûts de production. Quelle insulte peut faire le ministre du commerce aux partenaires chinois lorsqu’il dit que le Niger est obligé d’« importer du gasoil » pendant les deux mois de maintenance parce que la production serait à l’arrêt ? Les Chinois et leurs partenaires Nigériens, peuvent-il manquer de prévoyance, sachant qu’ils ont des clients à satisfaire sans interruption et une consommation nationale à sécuriser, pour prendre de tels risques sans s’entourer de précautions ? On aura compris avec ce que dit ce ministre que le pays est en danger et que notre pétrole n’a pas les compétences requises pour son exploitation et sa commercialisation rationnelles. Par les arguties avancées, rien ne peut permettre de croire, ainsi qu’on le dit pour endormir certainement les consciences, que l’inflation sera contenue ce d’autant plus que dès le premier matin de l’annonce, les producteurs de lait et les transporteurs de Faba-faba ont augmenté les prix des produits laitiers et des tarifs de transport dans la ville de Niamey. Aussi, cela fait des mois que sur les marchés les prix ne font que monter mais qu’a pu faire le gouvernement d’Ouhoumoudou Mahamadou pour contenir l’inflation, les consommateurs se plaignant tous les jours sans qu’aucune mesure ne soit envisagée dans le but d’alléger les souffrances des Nigériens ? Peut-on donc endormir les Nigériens avec ce nième mensonge ?

Aujourd’hui, le PNDS est rattrapé par l’Histoire quand, à l’installation de l’usine à quatre turbines de Goroubanda, des voix autorisées s’étaient élevées pour décrier le projet, montrant d’une part qu’au plan écologique et d’autre part qu’au plan de la rentabilité économique, un tel choix ne pouvait pas être bon pour le pays. Mais malgré tout il pouvait s’entêter à l’installer quand même, arguant à l’époque qu’avec cet autre outil de production d’électricité, le Niger se mettra à l’abri de coupures d’électricité. Ce qui n’est pas vrai dans les faits et les Nigériens l’ont tout de suite découvert. On n’a pas besoin, même quand on n’a pas fait des études d’économie et de gestion que 1000 litres par turbine (au nombre de quatre) et par heure, c’est insupportable même pour un pays producteur de pétrole et qui, en plus, est le dernier de la planète selon d’IDH. Ce PNDS qui avait refusé d’entendre raison, ne peut que s’assumer aujourd’hui ? Pourquoi vient-il à défendre sa décision pour dire, contradictoire que cela puisse paraitre, que c’est pour éviter que ne grimpe le prix du kilowatt/heure comme si le même taux augmenté du prix du gasoil ne devrait pas être appliqué à la Nigelec contrainte aujourd’hui d’en consommer beaucoup pour répondre à la demande de plus en plus croissante de sa clientèle. Non, ça ne tient pas debout. C’est du mensonge.

Alors que l’on a un gouvernement socialiste, l’on ne peut que s’interroger sur de tels choix de socialistes. Dans ces choix, où est la place de l’humain ? Où est la place de l’homme nigérien et de ses conditions de vie ? Faut-il croire qu’avec le socialisme, le gain marchant, le capital compte plus que le gain social, humain pour oser ce choix trop mercantiliste, peu humain ?

Le pire vient de cet autre mensonge auquel personne ne peut croire. Le ministre du pétrole, peut-il ne plus vivre au Niger pour ne pas savoir qu’aucun ménage, de nos jours, ne consomme plus du pétrole lampant ? Un temps est révolu et on comprend que ces gens ne puissent plus comprendre notre société et ses hommes depuis que, monté au haut de l’échelle, ils s’en sont éloignés, n’ayant plus de regard, même avec leur prétendu socialisme, sur cette société dont ils semblent ignorer tous des réalités. D’ailleurs qui en consomme aujourd’hui dans le pays pour faire croire que c’est pour le rendre accessible qu’une telle mesure est prise ? Qui sait d’ailleurs où, dans quelle station, peut-on trouver de nos jours du pétrole lampant ? Sur les marchés nigériens, où trouve-t-on aujourd’hui une lampe tempête pour avoir besoin de ce carburant domestique désuet dans la consommation ménagère qui s’en est passée depuis des longues années ? Ce ʺKamé-kaméʺ ne convainc personne. On aura alors compris, que ces gens tiennent coûte que coûte à faire passer leur décision, une décision pour laquelle, pourtant, ils manquent d’arguments solides et les Nigériens tiennent désormais à défendre leur pouvoir d’achat contre un socialisme de contrebande qui travaille à le réduire drastiquement.

Au fond du problème, une vérité connue de tous les Nigériens…
Les Nigériens sont convaincus que le fond du problème reste la mauvaise gestion du secteur, aujourd’hui aux mains d’une mafia, sinon aux mains de familles qui aspirent visiblement à se construire au coeur de nos misères un émirati qui voudrait fonder une monarchie dans une démocratie qu’ils croient avoir isolée et domptée. Depuis plus de dix ans que le pétrole est exploité et commercialisé dans le pays, quel état de lieu de sa gestion, le régime du PNDS a présenté, dans la transparence, aux Nigériens pour en rendre compte de son impact sur l’économie nationale et de la qualité de vie des Nigériens ? Rien.

On sait cependant que la manne est très mal gérée, profitant plus à des individus qu’à la nation. Aussi, qui ne sait pas qu’à un moment où la SONIDEP ne payait plus la SOARAZ, les relations avec les partenaires chinois s’étaient d’autant plus dégradées qu’Issoufou, voulant intimider les Chinois, chassait du pays un responsable chinois de la société chinoise ? Il y a quelques jours, suite à un audit commandé pour donner plus de lumière sur une certaine gestion de la SONIDEP dont a hérité le nouveau DG, des bureaux avaient été vandalisés sans qu’on ne sache trop sur la suite. S’agit-il, ainsi que les Nigériens en ont la certitude, de compenser la mauvaise gestion du pétrole nigérien pour faire payer le gap de la mauvaise gestion des camarades aux Nigériens, devenus le citron à presser ‘des magnas’ du PNDS ?

Mais pourra-t-on étouffer les colères suscitées par une telle mesure ?
Ce n’est pas évident et les signaux d’une conflagration sociale sont d’autant forts que les ministres et le Chef de l’Etat, ne réussir pas à convaincre et à pousser des acteurs sociaux à renoncer à défendre cette cause vitale et à lutter pour de meilleures conditions de vie pour les Nigériens. Pour les Nigériens, le pétrole ne sera pas comme l’uranium et l’or et pour cela, ils sont en train de s’organiser, avec les seuls Nigériens qui seront prêts pour cet ultime combat, pour mener, pour l’Histoire et pour la dignité de l’homme nigérien, la lutte pour laquelle, plus rien ne saurait les amener à s’y dérober. Tant que le régime ne montrera aucun signe d’écoute pour entendre les colères et les attendes, il va sans dire que ces petites manipulations ne sauront pas éteindre les ardeurs qu’on peut entendre dans les discours guerriers de ces derniers jours, ici et là.

Il y a à faire attention pour éviter un pourrissement de la situation et finalement un enlisement dans une crise qui ira se doubler à de vieilles colères, latentes il est vrai, mais bien profondes pour ignorer l’effet dévastateur qu’elles pourraient avoir sur la stabilité du pays.

Dans l’Histoire des peuples, des riens peu considérés et peu maitrisés, peuvent faire basculer le cours des choses. Et la philosophie n’a pas tort : on ne fait pas l’Histoire, on la subit. Terrible condition humaine…

Waz-Za

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