Hommage à Kélétigui Abdourahamane Mariko, mémoire vivante du Sahel, entre science, culture et humanisme

Kélétigui Abdourahamane MARIKO : sahélien et humaniste
(21 février 1921 - 3 décembre 1997)
L'évocation de son nom me rappelle inévitablement cette race d'intellectuels des années des indépendances pétris de culture, patriotes optimistes et travailleurs acharnés qui croyaient fortement en l'avenir de nos pays et au progrès des peuples africains. Le Vieux MARIKO comme nous l’appelions, étaient de ces « hommes – repères » qui avaient parcouru l'espace sahélien d'un bout à l'autre, en connaissaient les moindres terroirs, leurs richesses et leurs problèmes, leurs habitants pour lesquels ils avaient le respect que commandait leur propre humilité. Après sa naissance et son enfance à Zinder, baigné entre l’enseignement colonial français le jour et coranique le soir, et l'école primaire supérieure de Niamey, il poursuivit ensuite ses études à l'Ecole normale William Ponty de Dakar, puis à l'Ecole africaine de médecine vétérinaire de Bamako. C’est à ce titre de vétérinaire qu’Il fut affecté successivement au Sénégal, au Mali et au Burkina Faso. Période prolifique où il arpenta toutes les contrées, s'intéressant aux hommes, à leur vie, à leur culture, à leurs activités quotidiennes et à leurs rêves inspirés par l’authenticité de leur humanité. Il consignait ce qu'il entendait ou voyait, posant les questions sur ce qu'il ne comprenait pas car rien de ce qui concerne les humains ne lui était indifférent. Sans nul doute que sa très vaste culture générale, qu'il partageait généreusement avec les jeunes et moins jeunes qui le sollicitaient, fut le fruit bien mûr de cette riche expérience de terrain et de sa soif inextinguible de lecture. En effet, le vieux MARIKO possédait l’une des plus riches bibliothèques personnelles du Niger. Sa maison notamment était assiégée par des étagères remplies de livres dans chaque pièce, sans oublier la bibliothèque de son musée sur la rive gauche du fleuve. De nombreux chercheurs et étudiants d'Afrique et d'ailleurs ont bénéficié de ses installations durant leurs parcours scientifiques et académiques.
Plus qu’un homme de terrain, il était aussi un homme de la terre, exploitant agricole, éleveur et chasseur. Une sorte d’écolo pragmatique, fortement engagé au sein de la société civile avec SOS Sahel, tout en étant très actif comme entrepreneur agricole.
Ô que je chéris ses souvenirs de jeunesse où des longues heures durant, nous étions les yeux écarquillés et les oreilles au garde-à-vous, ses fils Bala et Boubacar ainsi que d’autres jeunes, scotchés à écouter discuter le Vieux Mariko et ses amis, notamment Damouré Zika ou Soulèye Boncano. L’occasion d’en apprendre sur ce que l'école n'enseignait pas, c'est-à-dire la vie sans filtre de nos populations, leurs mœurs et coutumes, les mystères de leurs croyances, de leur environnement, etc.
Toutes ces connaissances accumulées tout au long d'une vie de travail sans répit, il les a restituées en partie dans une bibliographie riche et variée qu'on a grand plaisir à lire et à relire. De « Souvenirs de la boucle du Niger » (1954-1976) paru en 1980, en passant par « Le monde mystérieux des chasseurs traditionnels » (1981) ; « Les Touareg Ouelleminden » et « Sur les rives du fleuve Niger » (1984) ; sans oublier « Les Groupements paléonégritiques nigériens » (1985) ; « Poèmes sahéliens en liberté » (1987) ; « Gizo da Kooki ou le roman de l’araignée en pays haoussa » (1988) et enfin « La mort de la brousse » (1996), en plus de nombreux articles publiés à travers le continent Africain. Voilà un homme qui a su, de diverses et belles manières, semer des graines de connaissance depuis son Sahel natal jusqu’aux quatre coins du globe, à travers son exceptionnel parcours de vie, ses multiples rencontres, sa plume et son aura, tout simplement immense.
Lui rendre hommage en donnant son nom à une rue de la ville de Niamey est tout à l'honneur des responsables de la Communauté Urbaine de Niamey.
Repose en paix, cher papa.
Maman S. SIDIKOU