Le Nigérien de la semaine : M. Issoufou Mounna Habibou

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Issoufou Mounna Habibou, né au Niger. En 1999, j’ai obtenu un diplôme d’ingénieur en économie pétrolière à l’Institut Algérien des Hydrocarbures et de la Chimie de Boumerdes, puis en 2009 un master en exploitation pétrolière et gestion de réservoir à l’Université de Salford, au Royaume-Uni. Ces formations m’ont apporté des bases solides en contrats pétroliers, modèles économiques, évaluation des investissements, développement de champs, optimisation de la production et management de projet. Elles ont été complétées par diverses certifications en logiciels pétroliers et en pratiques d’exploitation onshore et offshore.
En 2018, fort de mon expérience en haute mer, j’ai participé à un projet à l’Université d’Aberdeen axé sur l’intégration des énergies renouvelables dans les opérations pétrolières offshore : substitution partielle des pompes électriques par le solaire, compensation du déclin du gaz naturel par des solutions hybrides solaires et éoliennes, etc. Ce travail m’a permis d’obtenir un master en recherche sur les énergies renouvelables et d’accompagner des clients dans l’intégration du solaire et du stockage afin de réduire l’usage du diesel sur les sites de production.
Avec plus de 23 ans d’expérience internationale, j’exerce aujourd’hui comme International Project Manager Consultant. J’accompagne mes clients dans les études d’ingénierie pétrolière, l’analyse de données, la modélisation, le management de projets énergétiques et l’aide à la décision stratégique « go/no go », en coordonnant des équipes multidisciplinaires pour optimiser la production et réduire les coûts.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous orienter vers l’ingénierie pétrolière ?
Je suis passionné depuis l’enfance par les sciences et l’énergie. L’ingénierie pétrolière s’est imposée naturellement à moi : elle associe rigueur scientifique, modélisation économique, innovation technologique et impact direct sur le développement économique. Ce qui me motive, c’est la résolution de problèmes complexes.
Ma démarche est simple : comprendre les besoins, identifier les défis et proposer des solutions concrètes, efficaces et durables. Ce secteur m’a offert des défis techniques passionnants et une vision globale des enjeux de la mondialisation.

Quels sont les principaux jalons de votre carrière, du Niger à l’international ?
J’ai commencé en Algérie, au sein de Sonatrach à Alger, où j’ai acquis mes premières compétences en évaluation d’hydrocarbures et en identification d’opportunités d’investissement.
Au Niger, j’ai travaillé au Ministère du Pétrole et de l’Énergie dans le cadre du service civique, puis à la CNPC Niger, où j’ai participé au développement du bloc Agadem, à la modélisation des puits et des surfaces et à la préparation du plan de développement du champ.
J’ai ensuite rejoint KAPPA Engineering en France et aux États-Unis (Sophia Antipolis puis Houston) comme ingénieur support technique en logiciels pétroliers, avant de travailler à Aberdeen (Écosse) et Stavanger (Norvège) pour British Gas et Centrica Energy sur des projets offshore visant à optimiser la performance des puits producteurs et injecteurs.
Chez Total à Luanda (Angola), j’ai été Spécialiste Performance des puits, en charge de la standardisation des méthodologies, de l’optimisation de la production et du développement de tableaux de bord pour le Digital Oil Field.
Aujourd’hui, j’interviens comme Expert Production & Surveillance des puits, chargé d’analyser les données réservoir/puits, définir les KPIs, superviser la production en temps réel et former les équipes clients. Mon parcours international m’a permis de piloter des projets complexes et de travailler avec des équipes multiculturelles, en collaboration avec opérateurs, bureaux d’études et institutions.
En quoi consiste votre travail actuel à Aberdeen dans l’optimisation de la production des puits ?
Je suis Expert Production & Surveillance des puits – Well Analyzer, basé à Aberdeen, capitale pétrolière européenne aux côtés de Houston et de l’Arabie Saoudite. Ce hub stratégique accueille de nombreuses compagnies, conférences techniques et opérations majeures d’exploration et de production.
En tant que Project Lead, j’identifie les opportunités d’optimisation, propose des solutions techniques et supervise leur mise en œuvre. Mes responsabilités couvrent l’exploitation de données techniques, la modélisation des réservoirs, la planification des opérations de maintenance et la coordination avec les équipes opérationnelles.
Le poste inclut également des rotations internationales chez les clients afin d’assurer un suivi direct sur le terrain et une optimisation opérationnelle des puits.
Quelle expérience professionnelle vous a le plus marqué et pourquoi ?
La gestion d’un projet de réhabilitation de champs matures à haut risque a été l’expérience la plus marquante. Dans ces gisements, la production décline fortement, les équipements vieillissent et la pression du réservoir diminue, rendant les opérations délicates. Leur réhabilitation demande précision, innovation et gestion rigoureuse des risques.
Cette mission m’a permis de mobiliser l’ensemble de mes compétences techniques, de coordonner des équipes internationales et de mesurer l’impact concret de chaque décision. Elle a profondément structuré ma manière d’aborder les projets et orienté ma carrière vers des missions à forte valeur ajoutée.
Comment percevez-vous le potentiel pétrolier du Niger et ses défis ?
Le Niger possède un potentiel pétrolier et gazier important, capable de renforcer son rôle régional. Cependant, plusieurs défis persistent : infrastructures insuffisantes, besoin de compétences locales, gouvernance perfectible et contraintes d’investissement.
Un renforcement des capacités dans les domaines des contrats pétroliers, des modèles économiques, de l’évaluation des investissements, du développement de champs, de l’optimisation de la production et du management de projet serait bénéfique. Avec les bonnes stratégies et l’appui d’experts qualifiés, le Niger peut devenir un acteur énergétique incontournable en Afrique de l’Ouest.

Quel rôle la diaspora nigérienne peut-elle jouer dans le secteur énergie ?
La diaspora nigérienne doit jouer un rôle stratégique. Elle dispose d’expertises rares dans le management de projets complexes, l’évaluation des investissements, l’ingénierie pétrolière et le conseil stratégique. Elle peut transférer des compétences, soutenir les équipes locales, favoriser des partenariats internationaux et contribuer à structurer une industrie énergétique durable.
Il est toutefois essentiel d’identifier précisément les compétences disponibles et de privilégier les profils réellement qualifiés. Des contrats courts d’évaluation peuvent permettre de tester les compétences avant de les engager sur des projets stratégiques.
8. Quel conseil donneriez-vous à un jeune Nigérien souhaitant faire carrière dans le pétrole et le gaz ?
Je lui conseillerais de se former continuellement, de rechercher des expériences pratiques sur le terrain et de maîtriser l’anglais, langue internationale du secteur. Il est également important de choisir tôt une spécialité, car le domaine est vaste : exploration, production, réservoir, forage, raffinage, logistique…
La persévérance, l’intégrité et l’esprit d’équipe sont essentiels dans ce secteur exigeant. Enfin, s’inspirer des experts de la diaspora permet d’acquérir des méthodes éprouvées et de se construire une carrière solide.
Quelles valeurs guident vos choix ?
L’excellence, l’intégrité, la responsabilité et la curiosité intellectuelle guident mes décisions. Elles orientent ma manière de gérer des projets complexes, de coordonner des équipes et de transmettre mon savoir afin de contribuer positivement au développement des compétences locales.
Votre message aux Nigériens
J’encourage chaque Nigérien à croire en son potentiel et à contribuer activement au développement du pays. La persévérance, l’ambition, la solidarité et le partage de compétences sont essentiels pour transformer nos projets en réalités concrètes.
La diaspora, avec sa richesse d’expertise, peut soutenir le développement local et accompagner les nouvelles générations. Je suis ouvert au dialogue au sein de groupes de réflexion (think tanks) portant sur le développement du Niger.
En unissant nos efforts et nos talents, nous pouvons valoriser le Niger sur la scène régionale et internationale.
Contact :
Réalisée par Boubacar Guédé (Nigerdiaspora)