Cancers du sein et du col : prise en charge gratuite, radiothérapie LINAC et équipes renforcées au Niger
Dr Amadou Soumaila, Chirurgien Oncologue, Directeur Général du Centre National de Lutte contre le Cancer du Niger (CNLC)
Chirurgien oncologue et Directeur général du Centre national de lutte contre le cancer (CNLC), le Dr Amadou Soumaila dresse un bilan encourageant : le Niger dispose aujourd’hui d’un plateau technique complet, du diagnostic au traitement. À l’occasion d’Octobre Rose, la campagne de dépistage et de sensibilisation s’étend au-delà de Niamey pour toucher davantage de femmes.
Une campagne décentralisée pour élargir la prévention
L’édition 2025 d’Octobre Rose a été lancée le 6 octobre à Maradi, et non à Niamey comme les années précédentes, afin d’élargir le rayon d’action. Le programme combine dépistage gratuit du cancer du sein et des lésions précancéreuses du col de l’utérus, ainsi qu’une sensibilisation multicanale (radios nationales et communautaires, télévisions, réseaux sociaux, site du CNLC, affichage urbain).
La clinique AFOUA s’est associée à la campagne dans le cadre de sa responsabilité sociétale.
Des sites de dépistage opérationnels à Niamey et Maradi
À Niamey, le CNLC mobilise deux salles de dépistage, tout comme la clinique AFOUA. À Maradi, le Centre de santé de la mère et de l’enfant (CSME) fonctionne en continu durant tout le mois, complété par dix CSI activés selon un calendrier établi.
Les équipes mixtes, oncologues, gynécologues, sages-femmes et personnels d’appui, ont été formées en amont. Les activités se déroulent normalement et sans difficulté majeure, selon la direction du Centre.
Des données à actualiser, une tendance à surveiller
Le registre national du cancer, créé en 1992 à la Faculté des sciences de la santé de l’Université Abdou-Moumouni, n’est plus alimenté depuis 2022. Le CNLC mène une redynamisation pour combler le gap 2022-2024.
En attendant, seules des estimations (Globocan 2022) donnent un ordre de grandeur sur la période 1992-2022 : 11 593 nouveaux cas et 8 806 décès.
Depuis le démarrage du CNLC en novembre 2017 jusqu’à septembre 2025, 5 397 nouveaux cas ont été enregistrés :
- Cancer du sein : 1 885 cas (34,37 %)
- Cancer du col de l’utérus : 826 cas (15,30 %)
- Cancers colorectaux (deux sexes) : 164 cas (3,03 %)
- Cancer de la prostate : 136 cas (2,51 %)
- Le Centre observe une hausse des cancers colorectaux chez des patients plus jeunes, tendance qui motive une révision de l’épidémiologie nationale.
Informer, écouter, accompagner : une stratégie en deux volets
Le CNLC déploie une communication interne et externe coordonnée.
En interne, un centre d’écoute et d’échanges accueille malades et accompagnants pour expliquer facteurs de risque, parcours de soins, conseils nutritionnels, avec l’appui d’oncologues, assistantes sociales, communicatrices et nutritionnistes. Un numéro vert 24 h/24 répond aux questions du public.
En externe, les messages de prévention passent par radios, télévisions, réseaux sociaux, site web du CNLC et affichage ; les opérateurs de téléphonie mobile sont également mobilisés, avec une intensification lors des journées internationales.
Les défis à lever : gouvernance, délais et ressources humaines
Plusieurs obstacles demeurent :
Gouvernance : l’absence d’un programme national dédié au cancer – actuellement fondu dans les maladies non transmissibles – freine la planification.
Délais diagnostiques : l’anatomopathologie peut nécessiter environ 30 jours ; l’accès au scanner reste tendu dans le public.
Représentations sociales : croyances et parcours de soins tardifs retardent la consultation.
Manque de spécialistes : la chaîne du diagnostic et du traitement exige anatomo-pathologistes, radiologues, oncologues médicaux, chirurgicaux et radiothérapeutes, psychologues, etc.
Des progrès notables sont toutefois enregistrés : mise à disposition d’un accélérateur de radiothérapie (LINAC) au CNLC, gratuité des cancers gynécologiques, équipement en scanners/IRM dans plusieurs structures et sortie de 11 nouveaux anatomo-pathologistes.
« Traiter au Niger, c’est possible »
Le Dr Amadou Soumaila salue les investissements récents et affirme que le pays dispose désormais des moyens de diagnostic et de traitement nécessaires : « Nous n’avons pas besoin d’aller ailleurs ».
Ses priorités :
- Créer un programme national de lutte contre le cancer et un plan cancer ;
- Recruter et renouveler les équipes (soignants et personnels de soutien), avec des compétences en digitalisation des services ;
- Renforcer le dépistage précoce, gratuit pour le sein et le col dans les centres habilités.
Message à la population : le cancer du sein se guérit lorsqu’il est détecté tôt. Dépistage et prise en charge sont gratuits au Niger.
Source : entretien réalisé par Aminatou Seydou Harouna (ONEP / Le Sahel).
Boubacar Guédé (Nigerdiaspora)