Marché de Kobadjé : Randonnée au «bled» de la viande de boucherie et des légumes

Kobadjé. Ce mot n’invoque peut-être rien pour certains habitants de la capitale, mais pas pour beaucoup d’autres, Kobadjé, c’est ce petit village de la commune de Torodi, distant de 45 km de Niamey et 15 km en aval du chef-lieu de sa commune d’appartenance. Il est bien connu de beaucoup de Nigériens pour son marché de viande fraiche, de légumes et autres fruits frais aux prix abordables. Tous les jours de la semaine sont comme des jours de marché à Kobadjé. Ce village attire toujours une clientèle qui ne se fait plus prier pour aller afin d’acheter de la viande notamment mais aussi se procurer des légumes et fruits produits localement. En visitant les stands de viande dans les étals longeant la route Niamey-Torodi traversant ce village, on se croirait dans un véritable marché moderne de boucherie.

L’histoire de la vente de viande à Kobadjé a commencé ll y a une quarantaine d’années, en tout début des années 80 exactement selon M Abdou Chaibou, l’agent technique d’élevage en poste dans la localité. «Une petite aire d’abattage a été attribuée à un boucher du nom de Ichou Boubacar qui voulait exercer le travail de la boucherie dans le village. Il abattait deux à trois animaux par jour et vendait de la viande grillée, parfois crue aux voyageurs notamment. Petit à petit, l’occasion faisant le larron, les voyageurs prenaient goût et en demandaient un peu, d’autres personnes découvraient les lieux et profitaient des week-ends et des jours fériés pour s’y rendre en vu de faire leur provision en viande», explique le président des bouchers de Kobadjé. C’est de là qu’est partie l’idée de développer l’activité dans le village qui a l’avantage d’être dans une zone d’élevage par excellence et offrant une gamme variée d’animaux, gros et petits ruminants.

L’intérêt manifesté par la clientèle de plus en plus nombreuse a amené le pionnier à se faire rejoindre par quelques jeunes apprentis bouchers pour l’aider à produire un peu plus afin de mieux satisfaire la demande. Au regard de l’engouement suscité par ce commerce, le village a été doté d’un abattoir de type plus ou moins moderne et doté d’un agent vétérinaire. Aujourd’hui, au village de Kobadjé, ils sont une vingtaine de bouchers venus de divers horizons, à disposer de leurs propres hangars. Autour de cette activité se développe tout un business mobilisant environ deux cents personnes dont une majorité de jeunes qui en tirent des revenus financiers. Toute la chaine, de l’abattage à la mise en vente, est supervisée par cet agent d’élevage pour s’assurer de la qualité des produits. Il y a une centaine d’animaux qui sont abattus chaque jour avec un pic d’abattage le jour du samedi où le nombre pourrait atteindre 150. «A titre illustratif, la journée du 7 décembre 2019, j’ai supervisé l’abattage de 45 bovins et de 93 petits ruminants à la mi-journée», a précisé M Chaibou Abdou.

L’abattage est fait dans le respect des principes islamiques par deux responsables religieux dument assermentés dans cet abattoir réhabilité en 2003. Le contrôle technique de toute la chaîne d’abattage se fait suivant le protocole bien établi. L’agent procède par l’inspection des animaux sur pied pour s’assurer de leur état de santé physique. Ce qui permet d’identifier certaines maladies. La seconde étape de contrôle constituée de douze points se fait après l’abattage sur la viande à mettre sur le marché. Une fois ce contrôle effectué, l’agent certifie en estampillant la viande qui est la seule preuve de la qualité de la marchandise. Des séances de sensibilisation ont également été menées pour former les bouchers sur l’importance de respecter les règles d’hygiène. «En cas de détection d’une maladie quelconque transmissible de l’animal à l’homme, il est procédé à la saisie partielle ou totale de la viande», précise l’agent technique.

De Niamey, ils sont nombreux les Nigériens à faire le déplacement de Kobadjé pour s’offrir toute sorte de produits animaux considérés par beaucoup comme moins cher que dans la capitale. Et ce n’est pas à tort. Les carcasses de petits ruminants sont vendues entre 15.000 et 25.000 F CFA. Celles des bovins ont un prix variant entre 50.000 et 80.000 F CFA selon qu’il s’agisse d’une demie ou d’une carcasse entière et leur taille également. De nos jours, ils sont nombreux les habitants de la capitale qui effectuent le déplacement de Kobadjé à intervalles de temps réguliers pour faire leurs provisions mensuelles en viande et autres produits. D’autres choisissent cette bourgade pour acheter les condiments et de la viande à l’occasion des cérémonies familiales ou religieuses.

Il s’est établi une véritable relation de confiance entre vendeurs et acheteurs que certaines personnes n’éprouvent plus la peine de faire le déplacement mais font des commandes avec livraison à domicile à Niamey. Mais d’autres, préférant associer l’achat des produits à une petite balade touristique disent tirer toujours du plaisir à prendre la route.

Mme Tal Ramatou, une des clientes rencontrées sur place, est allée en fin de semaine au marché de Kobadjé pour l’approvisionnement de routine. Cette habitante de Niamey est une habituée de ce marché qu’elle fréquente depuis 5 ans. « Je viens chaque semaine pour m’approvisionner à Kobadjé. J’achète à la fois de la viande et des légumes. C’est la qualité et surtout le bon prix qui me font venir sur ce marché », confie-t-elle. Mme Tal Ramatou indique par ailleurs que pour elle c’est un moyen de changer d’air. « Quand je fais le calcul du carburant pour venir ici me ravitailler, il n’y a pas une grande différence que de faire les achats à Niamey», déclare-t-elle. Un autre chef de famille rencontré sur cette allée marchande de Kobadjé se réjouit de la disponibilité des deux principaux produits : les légumes et de la viande. «Je viens toujours en famille pour faire le ravitaillement de 3 trois semaines. J’ai des fournisseurs habituels auprès desquels j’achète tout», confie-t-il.

Par contre, malgré toute cette ambiance, M Ichou Boubacar, chef boucher du marché de Kobadjé, depuis 39 ans, pense que les affaires ne sont plus comme avant. «De nos jours la clientèle se fait un peu rare. Auparavant, le marché est animé surtout les week-ends par des clients qui viennent massivement de la ville de Niamey. Et aussi les voyageurs provenant du Burkina Faso ou de la Côte d’Ivoire», a-t-il déclaré. Les clients de ce marché de viande bien connu sont fidélisés par les bouchers. En effet, beaucoup lancent leurs commandes depuis leurs domiciles à Niamey, soutient-il. «Certains clients qui n’arrivent pas à effectuer le déplacement nous appellent de Niamey par téléphone et nous leur livrons de la viande à domicile. Ça fait des années que nous faisons cela », a dit Ichou Boubacar.

Evoquant la question des prix de la viande, le Sarkin Fawa estime qu’ils sont plus abordables qu’ailleurs. La moitié d’une carcasse d’un bœuf est vendue à partir de 50.000 F CFA et celle entière du mouton à un prix variant entre 18.000 et 20.000 FCFA voire un peu plus. «Nous nous acquittons des droits et taxes et nous respectons les conditions d’abattage, d’hygiène qui sont instaurées par le service de l’élevage. Aussi, nous vivons en parfaite symbiose avec nos cousins peulh éleveurs d’animaux», qui sont nos fournisseurs, a-t-il affirmé.

Zabeirou Moussa et Issoufou A. Oumar,Envoyés spéciaux(onep)

12 mars 2020
Source : http://www.lesahel.org/

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