Menaces sur l’intégrité du territoire national : Les Nigériens tombent comme des mouches, les autorités privilégient les discours et les bases militaires inutiles

 

Le massacre de Banibangou, qui a fait 69 morts, dont le maire de la localité et l’attaque de la position militaire, dans l’Anzourou, mettent désormais le Président Bazoum, dos au mur. Des zones entières du pays sont de plus en plus soumises au dicktat de forces obscures qui tuent et terrorisent. D’autres attaques ont été, certes, plus meurtrières que celle qui a coûté la vie aux 69 jeunes de Banibangou. Cependant, l’émoi soulevé par ce massacre sonne comme la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Des quatre coins du pays se lèvent des cris de révolte et de récriminations violentes contre la présence des forces étrangères. Celle de la France en particulier, très présente sur le terrain, est jugée inutile, voire préjudiciable à la sécurité du Niger. L’ancien colonisateur est même désigné, de plus en plus, comme l’instigateur et un soutien actif aux auteurs des attaques armées contre les populations nigériennes dans la région de Tillabéry. Dans certains cas extrêmes, la France est carrément accusée d’être derrière ces attaques qui n’ont rien de djihadiste. Bref, le pays de Macron est vu comme le problème et non la solution. Ce sentiment est largement partagé au Niger et ceux qui ne le disent pas ouvertement ne manquent pas d’occasion pour le soutenir en privé. C’est le cas, notamment, de ceux qui portent une quelconque responsabilité d’État. Tout le monde, à peu près, est convaincu que la France a une grave responsabilité dans la situation d’insécurité qui prévaut dans la région de Tillabéry.

Partout au Niger, la France est doigtée comme étant la source des malheurs du Niger.

À quoi sert la présence militaire française ? C’est la question principale que les Nigériens posent aux autorités du pays. Une question gênante pour la France qui n’arrive pas, aussi bien au Niger, Au Mali et au Burkina Faso, à convaincre de l’utilité de sa présence. Sa communication, abondante sur les chaînes de télévision et de radio ainsi que les réseaux sociaux, est plutôt flatteuse pour son image. La France y est présentée comme un soutien dont les pays affectés par le syndrome de l’insécurité ne peuvent se passer. Et, de temps à autre, pour donner des rondeurs à cette communication débridée qui empeste de plus en plus, on y annonce des cas de neutralisation de chefs terroristes. Peut-on tuer un chef sans avoir anéanti ses troupes ?

Pour un grand nombre de Nigériens, la complicité de la France avec ceux qui sèment la mort et la désolation ne souffre d’aucun doute.

Sur les réseaux sociaux, notamment, les écrits contre la France sont légion. Et ils sont d’une violence inouïe. Sur un mur dénommé FANN, il est écrit ceci : « suite aux actes barbares et génocidaires perpétrés par la France et leurs complices locaux sur nos compatriotes de Banibangou et d’Anzourou, nous présentons nos condoléances les plus attristées aux familles des victimes et à tout le peuple nigérien. Nous tenons la France responsable et nous la condamnons pour ces atrocités ». Aux côtés de la France au banc des accusés, il y a également le gouvernement nigérien, accusé « d’avoir hypothéqué la sécurité nationale et d’avoir failli encore une fois de plus ». Ces accusations, frontales et franches, traduisent la révolte des populations nigériennes. Une révolte que Bazoum Mohamed croit légitime. Pour un grand nombre de Nigériens, la complicité de la France avec ceux qui sèment la morte et la désolation dans la région de Tillabéry ne souffre d’aucun doute. Pour ce courant, il n’y a pas de terroristes qui tiennent, il n’y a que des mercenaires à la solde de la France.

Face au drame, qui s’amplifie, le discours officiel, toujours fait d’espoir et de volonté d’en découdre avec les terroristes, paraît, à la limite, provocateur.

De plus en plus acculées, les autorités nigériennes ne savent plus où mettre la tête. Elles sont, sinon accusées de complicité avec la France, du moins accablées pour leur laxisme. Un état d’esprit qui tourne à la révolte et dont le Président Bazoum Mohamed est parfaitement conscient. En déplacement dans l’Anzourou, le second en sept mois de présidence, il a clairement souligné cette légitime révolte qui sourd. Et, il le sait pour l’avoir entendu de la bouche des populations, la France est au banc des accusés. Or, les autorités nigériennes ont un avis contraire. Elles pensent et soutiennent ouvertement que la présence militaire française est déterminante dans la lutte contre le terrorisme. Un discours maintes fois tenu et renouvelé par les officiels nigériens nigériens, à commencer par le Président Bazoum qui a, récemment, accordé aux contingents français ayant quitté le Mali le droit de s’installer au Niger. Cette position antinomique des autorités et des populations nigériennes sur la présence militaire française au Niger devient de plus en plus explosive. Face au drame, qui s’amplifie, le discours officiel, toujours fait d’espoir et de volonté d’en découdre avec les terroristes, paraît, à la limite, provocateur. Or, il faut certainement bien plus que des discours pour arriver à des résultats attendus des populations. La coopération militaire avec l’Occident, d’une façon générale, vouée aux gémonies, ne sert, selon de nombreux Nigériens, que les intérêts exclusifs des pays concernés. Sans aucune contrepartie pour le Niger qui continue de compter ses morts, dans l’indifférence totale de ses partenaires.

À Banibangou, le Président Bazoum a essayé, encore une fois, de convaincre que l’État est là et qu’il va s’assumer en éradiquant cette insécurité

Le Président Bazoum, qui jouit d’un crédit réel quant à sa volonté d’inverser la réalité des choses, est pris au collet. Il lui faut rapidement trouver les moyens de sortir de ce clivage plus que suicidaire. À Banibangou, il a essayé, encore une fois, de convaincre que l’État est là et qu’il va s’assumer en éradiquant cette insécurité. Comment ? En tout état de cause, ce ne sera pas, notent nombre d’observateurs, avec la France qui semble plutôt avoir un agenda contraire aux intérêts du Niger. Il doit, donc, trancher. Certains le disent capable, d’autres estiment qu’il a les mains et les pieds liés. Ce qui est certain, de nombreux Nigériens lui reconnaissent cette promptitude à aller vers les populations, le courage de dire froidement les choses ainsi que la volonté de ramener la paix et la quiétude au Niger. Sur son mur, Salou Gobi, ancien ministre, rappelle ainsi que le Président Bazoum a le mérite d’avoir eu le courage de « relever devant le président français, Emmanuel Macron, l’inefficacité de l’armée française et partant, des troupes étrangères installées sur notre territoire et dans la zone des trois frontières ». Cette reconnaissance des Nigériens, Bazoum le doit surtout au passif, très lourd, de son prédécesseur qui faisait preuve d’insouciance vis-à-vis des problèmes de ses compatriotes, y compris les massacres dont ils sont l’objet.

La maîtrise de l’espace aérien est le principal handicap de l’armée nigérienne.

Le Président Bazoum est face à un choix cornélien. La France n’est plus en odeur de sainteté au Niger. Et à moins qu’elle change résolument son fusil d’épaule, Bazoum Mohamed ne peut s’accommoder de la coopération militaire d’un pays qui est nettement perçu par ses compatriotes comme étant à l’origine de l’insécurité dans la région de Tillabéry. Il sait sans doute qu’’après son récent séjour à Banibangou, il ne peut s’offrir le luxe d’y aller à nouveau pour tenir le même discours. Un rapide armement des Forces armées nigériennes (Fan), notamment sur le plan aérien s’impose au Président Bazoum. Il faut à l’armée nigérienne des hélicoptères de combat, des drones de reconnaissance, des blindés modernes et performants, etc. La maîtrise de l’espace aérien est le principal handicap de l’armée nigérienne. Si Bazoum Mohamed parvient à le surmonter, il aura déjà gagné son pari. Et dans ce combat, il ne doit s’interdire, selon les Nigériens, aucune option, l’essentiel étant de réussir à sauver le Niger d’un plan diabolique de déstabilisation en cours.

Doudou Amadou