Fonds de l’armée détournée : Où en est-on ?

Fonds de l’armée détournée : Où en est-on ?Trois semaines après le fameux communiqué du gouvernement sur le sort réservé au rapport de l’audit des fonds de l’armée, les Nigériens sont toujours dans l’attente d’un éclairage sérieux, soutenu et juste sur la suite à donner à ce dossier. A part les explications du ministre de la Défense nationale sur la gravité des aces posés et les éventuelles représailles auxquelles les mis en cause pourraient s’attendre si, jamais, le contenu du rapport de l’audit est connu des militaires, on n’en sait pas plus. Remis au président de la République, chef suprême des armées, le rapport ne sera sans doute pas publié. Depuis que le gouvernement a décidé, à travers un communiqué rendu public, de faire rembourser les fournisseurs et de sanctionner administrativement les commis de l’Etat, auteurs de légèreté, les Nigériens se sont fait une religion sur le sort de ce dossier douloureux. La déclaration du Comité exécutif national du Pnds Tarayya a été la confirmation que le dossier ne connaîtra pas de suite judiciaire. En soulignant que seuls les récalcitrants à payer, parmi les fournisseurs, feraient l’objet de poursuites judiciaires, le gouvernement a mis, d’une certaine façon, le coude sur le dossier.

Qui sont les mis en cause ?

Personne, à l’exception des quelques personnes qui sont dans les secrets des dieux, ne sait combien sont-ils exactement et qui sont-ils. Si la rumeur publique parle de 400 personnes confondues, grands commis de l’État, officiers supérieurs et hommes d’affaires liés dans le même dossier, rien de précis n’est encore connu, le gouvernement n’ayant pas cru bon de communiquer davantage sur la question. Tout juste s’est-il contenté que les fournisseurs vont rembourser. Sur leur identité et sur le nombre de ces fournisseurs, rien. Des noms sont avancés ici et là, mais sans grande précision sur leur niveau de culpabilité. Déjà, avant que le gouvernement ne décide de cette procédure insolite qui, selon de nombreux activistes des réseaux sociaux, d’acteurs de la société civile et d’opposants politiques, ne vise qu’à garantir l’impunité aux mis en cause, des rumeurs ont circulé sur le serment de grands manitous du Pnds qu’aucun des leurs ne sera livré à la justice.

Quels sont les montants détournés ?

On ignore également les montants réellement mis en cause. Des dizaines de milliards ? Des centaines de milliards ? Ou encore plus du millier de milliards ? L’opinion nationale se contente, là aussi, de spéculations diverses. Depuis les premières révélations de la presse sur les enquêtes en cours au ministère de la Défense et les 1700 milliards en moyenne qui sont investis dans la défense nationale de 2013 à 2019, que de computations ! Combien de milliards détournés l’audit conduit par le ministre Katambé a-t-il mis en lumière ? Si le ministre de la Défense nationale a semblé horrifié par les actes posés et qui, selon lui, valent aux mis en cause le poteau, c’est que les montants ne sont pas négligeables. Tout ce qu’on sait, c’est que, selon le ministre Katambé, des armes et des munitions défectueuses ont été fournies aux soldats au front et dans la plupart des cas, l’argent public a été détourné grâce à l’usage de faux : fausses factures, entreprises fictives, livraisons fictives, etc.

Que doivent rembourser les auteurs, co-auteurs et complices des détournements ?

Mystère et boule de gomme ! Suivant la loi décrétée par le gouvernement, les mis en cause, du moins les fournisseurs, vont rembourser « les montants indûment perçus, soit en raison de surfacturation, soit au titre des paiements de service et livraisons non effectués ou partiellement effectués ». Pourtant, ces fournisseurs n’ont pas fait que surfacturer ou livrer partiellement ou non, les matériels attendus. Ils ont surtout, avec leurs complices tapis au ministère de la Défense nationale, le long de la chaîne de dépense et même ailleurs, usé de faux sur toute la ligne pour se faire payer frauduleusement des milliards. Une faveur extraordinaire dont bénéficient les mis en cause et qui fait dire à certains qu’au Niger, on a une justice à la carte qui profite à une catégorie de Nigériens. Selon la loi pénale nigérienne, certains des mis en cause échappent ainsi à une peine d’emprisonnement à vie, les montants qu’ils sont accusés d’avoir détourné portant sur des milliards. Or, selon la loi, tout détournement compris entre 200 000 000 FCFA et 500 000 000FCFA vaut à son auteur la prison à vie.

Si le coronavirus reste un danger potentiel face auquel il faut se préparer à faire face, les détournements, eux, ont déjà causé le malheur du Niger Selon toute vraisemblance, les interrogations des Nigériens ne sont pas manifestement près de trouver des réponses, le Président Issoufou ayant visiblement choisi de miser sur la pourriture du dossier. Avec la pandémie du coronavirus qui demande une mobilisation générale pour contrer le mal, des voix s’élèvent ici et là pour se demander si le fléau n’est pas plutôt perçu par les autorités nigériennes comme une aubaine. Une sorte de bouée de sauvetage qui pourrait aider, sinon à faire oublier, du moins à faire tomber le dossier dans le grenier des dossiers sales restés impunis, mais qui ne sont plus à l’ordre du jour. Ils ne s’y trompent pas peut-être puisque le Président Issoufou a spontanément livrer un message à la nation pour parler à ses compatriotes de la gravité de la pandémie du coronavirus alors qu’il n’a pas dit un mot en ce qui concerne les milliards détournés de l’armée. Si le coronavirus reste un danger potentiel face auquel il faut se préparer à faire face, les détournements, eux, ont déjà causé le malheur du Niger. Des milliards dissipés par des individus, mais également des centaines de soldats massacrés parce que sans armements adéquats sur les fronts

Doudou Amadou

28 mars 2020
Publié le 23 mars 2020
Source : Le Canard En Furie

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