Bouclage de l’inspection d’État sur l’affaire des détournements des milliards de l’armée : Katambé a fini son boulot, la balle est désormais dans le camp du Président Issoufou

Bouclage de l’inspection d’État sur l’affaire des détournements des milliards de l’armée : Katambé a fini son boulot, la balle est désormais dans le camp du Président IssoufouSelon des informations dignes de foi, c’est en principe, le lundi 17 février 2020, que le rapport d’audit des fonds affectés aux dépenses d’armement et d’équipement militaire de 2017 à 2019 doit être déposé sur le bureau du président de la République, commandant en chef des armées. Au menu, de très nombreuses affaires qui suffisent à occuper le Parquet, les greffiers et les avocats pendant deux ans. Entre autres affaires, l’aménagement de cinq hangars pour aéronefs, l’achat de deux hélicoptères et la clôture grillagée de 46 000 mètres linéaires. La construction de cinq hangars a fait, en son temps l’objet de vives polémiques au sein de l’opinion nationale sans qu’il y ait eu la moindre indication précise sur l’attributaire du marché, encore moins de preuves aussi accablantes que celles qui ont été fuitées dans la presse dans le cadre de l’audit qui vient d’être bouclé. L’insécurité et ses corollaires de victimes humaines et matérielles, ses conséquences dramatiques aux plans social et économique, constituent sans doute la principale préoccupation des Nigériens. Mais ils sont déçus et angoissés d’apprendre, pratiquement chaque jour, que des villages entiers sont en train d’être défaits et abandonnés par leurs habitants, ils sont davantage choqués de constater que les fonds destinés à l’armement et à l’équipement des Forces de défense et de sécurité (Fds) ont fait régulièrement l’objet de dilapidations systématiques.

Les auteurs des malversations mises à nu ont exploité à bon escient le caractère prioritaire des dépenses liées à la défense et à la sécurité

L’achat de deux hélicoptères MI 171 SH commis pour le transport des troupes, sous Kalla Moutari, alimente les discussions à Niamey. Achetés à 47 millions de dollars alors que le prix conventionnel ne dépasse pas les 30 millions de dollars, les deux, les deux hélicos ont occasionné une surfacturation de 17 millions de dollars qui ont atterri dans des comptes bancaires logés dans des paradis fiscaux. De l’argent frais, gagné sans rien faire, sur le dos de l’État et qui sort du Trésor national de façon prioritaire. Les questions de défense et de sécurité n’attendent pas et les auteurs des malversations mises à nu l’ont exploité à bon escient. Les Nigériens sont nombreux à s’interroger d’ailleurs sur la pertinence de l’achat d’hélicoptères de transport de troupes alors que la couverture aérienne des troupes au sol fait largement défait.

Moussa Moumouni dit Moussa qualité derrière le marché de 3,7 milliards pour 46 000 mètres linéaires de grillage

L’audit qui vient d’être bouclé à levé d’autres lièvres. De gros lièvres ! Moussa Moumouni dit Moussa qualité, cet homme d’affaires dont la boutique a été soigneusement épargnée lors du démantèlement sauvage des kiosques et commerces jouxtant les murs d’institutions et établissements publics, est président régional du Pnds Tarayya, le parti qui dirige le Niger depuis près d’une décennie. Député sous la première législature de la 7e République, l’homme vient d’être épinglé par le rapport d’audit comme étant un des bénéficiaires de ces marchés douteux. C’est lui qui a obtenu la construction d’une clôture grillagée de 46 000 mètres linéaires qu’il a facturée à 3,7 milliards de francs CFA. Un montant exagérément gonflé au regard des 500 millions de francs CFA qu’il faudrait débourser pour l’acquisition d’un million de mètres linéaires de grillage.

Ceux qui ont détourné les fonds destinés à l’armement et à l’équipement militaire des Fds ne sont-ils pas pires que les terroristes ?

La balle est désormais dans le camp du commandant en chef des armées. Le Président Issoufou, entend-on ici et là, est face à la problématique de son magistère à la tête de l’État. En…2019, il avait déclaré, par voie médiatique, « ceux qui s’attaquent à nos alliances, ceux qui veulent les défaire, font pire qu’attaquer nos troupes ». Et pour ne pas laisser la moindre ambiguïté, il a ajouté qu’il n’accepterait pas que l’on porte atteinte au moral des troupes surs son territoire ; des propos qui ont choqué plus d’un et qu’on lui retourne aujourd’hui, à la lumière de ces scandales sans fin à propos des ressources publiques et autres destinées à l’armée nigérienne. Ceux qui ont détourné les fonds destinés à l’armement et à l’équipement militaire des Fds ne sont-ils pas pires que les terroristes ? Les accusations de détournements sont formelles et les mis en cause sont clairement identifiés et cités dans des affaires précises. En principe, s’il est déterminé à faire connaître à cet audit la fin qui doit être réservée à toute enquête de ce genre, le Président Issoufou ne va guère garder le rapport par devers lui plus de 48 heures. À peine le gardera-t-il le temps d’en prendre connaissance avant de le transmettre au Parquet pour les poursuites judiciaires attendues.

Tous les mis en cause dans la dilapidation des fonds de l’armée sont du sérail politique du Président Issoufou

Si les interpellations policières et les poursuites judiciaires sont l’aboutissement normal de la procédure enclenchée, dit-on, à l’initiative du Président Issoufou, une certaine rumeur craint une exploitation à des fins politiciennes. Les poissons pris dans la maille sont tous des pontes du Pnds et/ou de grands soutiens du régime. Tous les trois ministres qui se sont succédé au ministère de la Défense avant Issoufou Katambé, l’auteur de l’audit actuel, sont du Pnds. Karidio Mamadou, Hassoumi Massoudou, Kalla Moutari.

Les hommes d’affaires qui se sont sucré avec ces fonds, également, sont du sérail. Issoufou Mahamadou a-t-il instruit d’entreprendre ces enquêtes aux fins de faire payer les auteurs ou a-t-il une autre petite idée de sa botte secrète ? La question alimente les débats, de très nombreux Nigériens nourrissant de fortes appréhensions quant à la promesse du Président Issoufou de se plier à la loi démocratique de l’alternance. Ce, malgré ses déclarations répétées sur son engagement à partir en avril 2021.

YAOU

26 février 2020
Publié le 19 février 2020
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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