Gestion de l’État : A bout de souffle, la renaissance tourne en rond

Gestion de l’État : A bout de souffle, la renaissance tourne en rond Lorsqu’on détient une quelconque parcelle de pouvoir dans ce bas monde, il faut toujours être à l’écoute de son peuple, tenir compte de leurs observations, de leurs critiques et de leurs aspirations. Ce n’est pas parce qu’on est en position de pouvoir qu’on est censé savoir ce qui est bien ou ne l’est pas pour ledit peuple. Le régime de la renaissance du président Issoufou Mahamadou tourne en rond aujourd’hui pour n’avoir pas su intégrer ce paramètre important dans leur mode de gestion de l’Etat. Les critiques citoyens vis-àvis de leur gestion cahoteuse de l’Etat sont qualifiés tantôt de ‘’minoritaires’’, tantôt de ‘’marginaux’’ tantôt ‘’d’ennemis’’ par les tenants de la renaissance. Pour eux, personne n’a le droit de critiquer leur gouvernance, personne ne possède une intelligence pointue comme la leur pour contester leur perception de l’Etat. Du fait de cette situation qui prévaut depuis 2011, la barque de la renaissance tanguait sur les eaux tumultueuses du fleuve Niger, prenait l’eau de toutes parts.

La navigation à vue finit le plus souvent par un naufrage. A un (1) an de la fin du deuxième mandat légal du président Issoufou, tous les voyants sont au rouge. En dépit de l’auto satisfecit obsessionnel des thuriféraires du régime qui se jettent des fleurs pour avoir réalisé quelques infrastructures de prestige dont l’importance économique n’est pas évidente. En dehors des quelques routes reliant des localités enclavées du pays, de quelques classes et centres de santé qui concourent à l’amélioration du taux d’accès aux services sociaux de base, la renaissance a plus investi dans des infrastructures lourdes dont la rentabilité économique peine à se vérifier. Comme ce fameux train de Bolloré qui n’a jamais servi à transporter un seul passager nigérien de Niamey à Dosso à fortiori la frontière du Bénin via Gaya. Un éléphant blanc pour une facture lourde qui va être réglée par l’Etat nigérien. ‘’Tôt ou tard’’, pour reprendre l’heureuse expression de notre cher regretté doyen burkinabè Norbert Zongo alias Henri Segbo. Au nombre de ces éléphants blancs de la renaissance, on peut aussi énumérer ces échangeurs et cette voie express construits à Niamey qui sont certes jolis à voir mais qui n’ont contribué d’un iota au décongestionnement de la circulation routière dans la capitale. Bien au contraire, c’est aujourd’hui surtout que circuler à Niamey est devenu davantage compliqué pour les habitants de Niamey. Une centrale thermique d’une puissance de près de 100 mégawatts a été construite à Niamey. Elle est mise en fonction depuis le 2 avril 2016, les délestages récurrents n’ont pas pour autant cessé ; les consommateurs dorment encore régulièrement dans le noir. Les échangeurs ne changent pas de direction.

De jour comme de nuit, des agents de la circulation routière sont postés au niveau des points d’échange pour faciliter le passage aux usagers des axes menant auxdits échangeurs. Qu’est-ce qui a changé ? Qu’on nous fournisse la preuve du contraire. La voie express menant de l’aéroport de Niamey au centre-ville n’est pas express pour les citoyens lambda. C’est un axe de tortue, car au niveau de toutes les intersections importantes de cette voie (rond-point des armées, rond-point de l’église, etc.) l’attente des usagers est souvent intenable. C’est dire que cet axe est tout simplement express pour Issoufou, qui ne rencontre aucun obstacle làdessus quand il sort de son bunker présidentiel pour l’emprunter à l’aller comme au retour. Il ne rencontre aucun obstacle parce que les citoyens lambda qui l’empruntent sont tenus à distance plus que raisonnable par sa garde présidentielle et les agents de la force publique qui sont déployés pour la circonstance le long de l’axe pour en empêcher l’accès. La velléité autoritaire du régime Issoufou ne s’arrête pas là. A l’époque, les Nigériens ne connaissaient pas le concassage des partis adverses, qui est aujourd’hui élargi aux partis alliés du régime.Il leur faut tout casser pour se pérenniser au pouvoir. Après l’opposition, ils s’en sont pris aux autres forces d’opposition (les syndicats, la société civile active sur la défense et la protection des droits humains) qu’ils sont parvenus à fragiliser par des manoeuvres sournoises. La barque prenant de l’eau de toutes parts, chacun se cherche aujourd’hui. Les alliés politiques du Pnds cherchent à s’affranchir de l’hégémonie des Tarayyistes pour ne pas devoir rendre des comptes demain. Quand le bâton de commandement va changer de main. Tout comme les acteurs associatifs qu’ils ont embarqués dans leur entreprise calamiteuse de gestion de l’Etat. L’école et la santé sont sur des béquilles pour ne pas dire agonisantes, la sécurité des Nigériens des villes comme des zones rurales à déserter le pays a atteint une précarité sans commune mesure, du fait de l’incapacité du régime à endiguer les attaques terroristes et Jihadistes qui ont cours dans notre pays depuis 2015. Les populations des zones rurales, qui sont les plus exposées à ces attaques armées meurtrières, attendent encore le miracle des 3N (les Nigériens nourrissent les Nigériens) qui tarde encore à faire ses preuves en matière de sécurité alimentaire du pays. Devant l’échec sur ces différents fronts, la renaissance qui éprouve même de sérieuses difficultés pour conduire le processus électoral 2020-2021, tourne en rond. Le régime ne sait plus quoi faire pour sortir la tête de l’eau. Elle prend des engagements avec les partenaires sociaux qu’elle ne parvient pas honorer. Le bras de fer en cours entre le ministère de l’Enseignement supérieur et le syndicat national des enseignants-chercheurs du supérieur est illustratif à ce sujet. Elle initie des mesures qui contribuent à paupériser davantage les populations des régions affectées par les attaques terroristes, comme l’interdiction de circulation des motos de jour comme de nuit dans quasiment toute la région de Tillabéri. Aujourd’hui tous les fronts (politique et social) sont ébullition, du fait du comportement arrogant des tenants de la renaissance. ‘’Personne n’a de leçon à nous donner en matière de gestion de l’Etat’’. Du fait de cette posture, les renaissants tournent en rond sans savoir quoi faire. Ni face à la fronde sociale généralisée, ni face aux attaques terroristes récurrentes qui engendrent des dizaines de milliers de réfugiés nigériens dans leur propre pays.Vive les renaissants pour une poursuite inexorable de la descente aux enfers.

Tawèye 

15 février 2020
Publié le 05 février 2020
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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