Bilan de participation du Mnsd à la renaissance : Le Baobab rattrapé par l’Histoire

Bilan de participation du Mnsd à la renaissance : Le Baobab rattrapé par l’Histoire Alors que les deux branches d’une époque du Mnsd Nassara se chamaillaient, une voulant rejoindre le camp du pouvoir et que l’autre, s’y refusait, arguant qu’il serait «satanique» et que jamais «Issoufou n’étant pas Dieu, il ne peut vouloir et avoir que tout le monde soit avec lui, quand le Créateur lui-même ne l’aura réussi», avec la foule de mécréants, eut-on compris, qui peuple notre monde. Quelques mois passèrent, alors qu’Albadé Abouba et son monde réussirent leur entrée fracassante à la Renaissance avec toutes les faveurs dues à une dulcinée conquise, Dame misère réussit à envahir la maison Mnsd et presque la queue entre les pattes, un groupe avait été démarché, pour accepter ce que le parti refusait il y avait quelques temps, triste et sans doute envieux de voir le «succès» des frères ennemis qui partaient plus tôt pour la migration.

Ce fut alors à la surprise générale que l’on apprit que le Mnsd de Seyni Oumarou, finalement atteint par le virus de la migration, regagnait «Satan», officiellement parce que le pays allait mal et que le parti voulait, en sauveur et par son expérience de la gestion étatique, prêter au Pnds qui aura montré ses limites, l’expertise du parti de Tandja Mamadou et sortir le régime de l’impasse. On pouvait au même moment entendre, des rasons plus profondes et sans doute plus sincères, qui justifiaient le mariage calculé et intéressé parce que des militants et des leaders éprouvés par quelques sept années de chômage politiques et de misère ambiante, ne pouvaient plus faire preuve de résilience et résister à la tentation du pouvoir.

Le Nassara oubliait Dieu et la dignité, l’honneur et la noblesse en politique. Alors que beaucoup d’autres responsables et militants du parti criaient leur désapprobation, Seyni et son monde fermèrent les yeux, décidé à mordre dans l’os leur part de récompense. Tant pis que des militants, pour un tel acte qui frise la turpitude, se sentent humiliés : c’est une question de vie ou de mort et quand la «marmite devenait vide», il était difficile de raisonner.

L’espoir du meilleur a toujours justifié les migrations…

Le Mnsd partit donc à la rescousse de la Renaissance, offrant au régime un ministre de l’Enseignement Professionnel, un de l’Environnement et un de la Santé Publique, et cerise sur le gâteau, un «poste juteux» de haut représentant du président de la République pour «acheter la bouche» du boss qui a scrupuleusement observé la clause, se taisant en allié assujetti, depuis son couronnement, même si par moment, pour d’autres calculs, comme une tempête dans un verre d’eau, il agita quelques menaces qui traduiraient ses supposées divergences avec le système sur la gouvernance électorale. Quelques naïfs militants avaient cru à un réveil de leur leader, mais ils étaient loin de s’imaginer sa somnolence sur un régal qui l’appâtait, retrouvant honneurs des cérémonies et la succulence des assiettes servies.

Quel bilan peut-on alors dresser de cette collaboration intéressée, après plus de deux années ? Ce devoir du compte-rendu, ceux qui ont poussé le Mnsd Nassara dans cette aventure, le doivent à leurs militants dans la vie desquels, rien n’a changé, au contraire, pour beaucoup d’entre eux, la situation s’est davantage aggravée. Seyni Oumarou et la bande de ceux qui l’ont convaincu que la survivance du parti n’était plus possible que dans la veulerie, peuvent-ils sortir pour dire «concrètement» aux Nigériens en général et aux militants douloureux de leur parti, ce que le parti a apporté au régime et au Niger pour leur éviter le chaos redouté ? Il faut bien que ce Mnsd-là pense à s’imposer cet exercice, car s’il ne le fait pas aujourd’hui, demain, devant les électeurs qui l’attendent des pieds fermes, la sentence pourrait être tragique face à la déconvenue de militants grugés qui, se voient conduits en bétail électoral, ont la furie de sanctionner pour une inconduite à tout le moins blâmable et impardonnable. Certains de ceux qui sont partis «manzer», peuvent-ils d’ailleurs regarder dans les yeux, certains de leurs militants ? Lorsqu’on ne peut pas se conduire dans le respect de certaines valeurs, peut-on avoir l’audace de reprocher à un autre, son infidélité au parti pour avoir choisi un autre, en représailles à une conduite de leaders qui humilie ? C’est dire qu’on ne peut pas fidéliser un électorat lorsqu’on ne sait pas avoir de la constance comportementale, et un respect assumé de ses opinions et de valeurs sociales et démocratiques.

Quelle fierté peut avoir le Mnsd, après sa participation à la gestion du pouvoir, lui qui peut, pendant qu’il reste dans le système, voir des manquements et les dénoncer ? L’école se meurt, l’économie est exsangue, la lutte contre la corruption est au poids-mort, et le pays, dans la même période continue à être classé dernier de la terre, confortant en plus les signes d’un régime autoritaire. De quoi peut alors se flatter ce Mnsd-secouriste dont l’assistance ne permet pourtant pas de sauver les meubles ? Qu’estce qui peut d’ailleurs justifier qu’il reste dans le système quand ça va mal et que son expertise s’avère inefficace, et au détriment d’un parti qui meurt à petit feu par les ambitions alimentaires de ses dirigeants ? Peuvent-il assumer devant l’Histoire, de conduire le parti à son déclin le plus redouté et d’être comptables de la déconfiture d’un pays qui pourrait se désagréger par les insouciances et les suffisances d’un système qui marche sur la tête ?

L’insécurité…

Retournant chez ses militants à l’occasion des prochaines consultations électorales, quelle excuse peut avoir le Mnsd à se défendre de la situation sécuritaire qui a poussé aujourd’hui, des milliers de familles à quitter leurs villages, battant en retraite pour trouver quelques espaces plus sécurisants ? La situation est pourtant très grave pour ne pas en parler et surtout pour ne pas prendre position. Peut-on faire croire à ces populations désemparées qui ont été obligées de quitter leur lieu d’habitation et de s’exiler dans leur pays que celui-ci est en paix ainsi qu’un certain discours officiel veut le faire avaler aux Nigériens ? Chaque parti politique, chaque homme politique, chaque acteur de la société civile, face à la situation gravissime de l’insécurité dans le pays, aura, par rapport à sa position, à rendre compte au peuple.

Lorsque les régions frappées par le phénomène décident de se prononcer par rapport à la situation, c’est que l’on est arrivé à ne plus faire confiance à un gouvernement dans la gestion de la situation sécuritaire. Diffa l’avait déjà fait, la dernière fois, sur la page Facebook d’Aïr Infos, l’on a appris que la région d’Agadez s’est aussi prononcée sur la situation sécuritaire dans la région, à Maradi on l’a fait, Tillabéri a tenté de le faire, mais pour une première fois, sans qu’on ne sache trop les raisons, «On» lui a refusé de tenir son assemblée générale d’information.

Le gouvernement et ceux qui le soutiennent peuvent-ils comprendre à quel point les Nigériens s’inquiètent de la situation de l’insécurité, vivant la peur au ventre, perdant confiance à un gouvernement qui alignent des mesures qui s’avèrent inefficaces à conjurer le mal ? On comprend donc que, dans le bilan qui est celui de la gestion de l’insécurité, le Mnsd sache qu’il en est entièrement responsable et pourrait bien assumer sa part de responsabilité dans cette situation qui martyrise le peuple. C’est une question grave qui touche à la quiétude des populations et qui ne saurait les laisser indifférentes. En plus d’avoir poussé les populations rurales à la misère, il y en a qui ne peuvent même plus se mouvoir en toute quiétude dans leur milieu de vie, contraintes à partir de là ou à ne plus se déplacer librement, des restrictions ayant été décidées sur leur mobilité.

Les prochaines élections…

On se souvient que le Mnsd, lors de son dernier congrès à Tahoua, avait émis quelques inquiétudes voire quelques réserves par rapport à la conduite du processus électoral. Une deuxième fois, le parti était encore sorti pour faire une déclaration à travers laquelle il dénonçait les conditions dans lesquelles se fait l’enrôlement biométrique, exigeant à cette fin la tenue d’une réunion pour vider le contentieux suggéré. Mieux, le Mnsd, à un moment, par une autre sortie médiatique, s’insurgeait contre le chronogramme que la CENI avait élaboré, lui reprochant de ne laisser aucune marge si jamais on venait à avoir quelques difficultés qui peuvent impacter le déroulement normal du processus.

Et l’on n’est que très perplexe d’observer que le parti de Seyni Oumarou manque de déclaration pour se prononcer par rapport à l’arrêt de l’enrôlement dans certaines communes du pays, toute chose qui ne peut que compromettre le déroulement normal du processus tel qu’il a été conçu et remettre en cause la tenue à date des différents scrutins. Faut-il croire que le Mnsd ne s’en soucie plus pour ne plus savoir rappeler une inquiétude qu’il soulevait si opportunément à son allié ?

L’impréparation vers laquelle nous conduisent les Renaissants ne peut qu’avoir des conséquences graves sur les prochaines élections dans le pays. Déjà, beaucoup de partenaires s’en méfient, ne pouvant porter la responsabilité d’avoir encouragé ne serait-ce que par leurs silences, un processus bancal qui pourrait déboucher sur des déraillements graves.

Face à une situation extrêmement préoccupante, il y a à se déterminer et à choisir son camp. Il va sans dire que le mal n’est pas d’avoir collaboré mais d’avoir été incapable, lorsqu’on se rend compte que ça ne va pas, et que son partenaire n’est pas réceptifs aux critiques et aux interpellations, d’alerter pour ne pas avoir à répondre des déchirements futurs qui pourraient arriver au pays. Kiishin Kassa et Amen Amine avaient courageusement fait leur choix.

Face à l’histoire. Et ils sont fiers d’être libres, la conscience tranquille. Se taire face à des problèmes graves c’est se rendre coupable, manquer à ses responsabilités. Chacun doit donc assumer les siennes en choisissant ou le silence pour être coupable, ou le verbe qui torpille les consciences d’une société qui a oublié d’avancer, pour se soustraire à toute accusation, à tout problème de conscience. Être brave et digne est devenu difficile pour bien d’hommes politiques…

A.I

15 février 2020
Publié le 03 février 2020
Source : Le Canard En Furie

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