Nominations en cascade de fils à papa : Le Niger est-il devenu une république familiale ?

Nominations en cascade de fils à papa : Le Niger est-il devenu une république familiale ? Les socialistes nigériens gouvernent mal. Du reste, un de leurs amis, le franco-nigérien, Jean Olivier de Sardan, un chercheur émérite au Centre National de la Recherche Scientifique à Paris, dans une communication épistolaire rendue publique dans la presse, leur expliquait que leur gouvernance, au plan de la qualité, était objectivement critiquable et donc indéfendables. Mais ils n’avaient pas aimé l’ingérence et ne s’étaient pas privés, eux et leurs sbires, d’attaquer avec véhémence l’honnête intellectuel, le taxant de tous les maux d’Israël. Or, il n’a fait que son rôle d’intellectuel critique qui connait bien le pays et qui ne saurait mentir à sa conscience et aviser une société sur ses dérapages. On ne gouverne pas avec des humeurs mais avec une vision raisonnée. Les Nigériens ont pu apprécier la gestion socialiste qui, malgré que ses acteurs aient promis de faire moins d’exclusions, prétendant en avoir été ceux qui en avaient le plus souffert pour savoir mesurer ses conséquences sur la vie de la nation, ils avaient été ceux qui en faisaient trop, allant jusqu’à l’impensable, promouvant un ostracisme sauvage dans notre démocratie. Refusant de tenir compte de certains équilibres qui ne pouvaient pas être futiles dans une nation fragile qui reste à reconstruire, ils occupaient tous les espaces, ne laissant rien aux autres, même pas à des alliés gentils. Aujourd’hui, sans oublier les ministères régaliens qui leur revenaient de facto, toutes les institutions sont « gardés » par des personnalités issues du parti présidentiel : présidence, primature, assemblée nationale, la cour constitutionnelles, la Cour des Comptes, etc. Il est même arrivé que des ministères soient entièrement envahis par les militants d’un parti comme si, par les règles d’un partage, on pouvait distribuer à qui on veut, souvent malheureusement sans tenir compte des profils et des compétences ainsi que le syndicat des agents du ministère des finances vient de le relever dans sa dernière déclaration. Il y a pire, mais taisons-les… Pour le moment.

Arrivés au pouvoir par les moyens que l’on sait, les caciques du parti, ne se sentent pas redevables d’un électorat a fortiori d’un peuple, aussi s’étaient-ils permis tous les excès, toutes les extravagances dans une insouciance déconcertante : ils gèrent comme ils veulent, nomment qui ils veulent et la machine ne s’est jamais arrêtée, produisant sans cesse dans une économie exsangue pour ne pas dire moribonde, des promus souvent inutiles mais budgétivores. Á chaque conseil des ministres on nomme et ça ne finit pas ! Et chaque jour, on invente des structures pour faire plaisir à un autre. La dernière trouvaille est cette histoire « d’économie des conférences » que la vanité de certaines infrastructures donne à des hommes qui ont tort de croire que le progrès d’une société se mesure à la couleur et à la beauté des murs, à la hauteur des bétons dans la ville. Bien d’analystes se demandent bien si le parti, dans ses représentations régionales, dans une gestion hiérarchique, commande la promotion de la clientèle politique ? Comment ne pas le croire quand, certains qu’on n’a jamais vus dans les combats du parti, peuvent être au-devant de la scène, promus sous l’oeil impuissant des structures décisionnelles sans doute, et dans le mépris de ce que les autres ont pu consentir comme sacrifices dans la vie du parti. Les privilégies du système ne sont pas que des amis. Ils doivent pour beaucoup leur position, par leur filiation, pour être fils ou fille d’un tel. On ne l’a jamais connu dans le pays. Pendant que les enfants des autres vont mourir au front, les leurs sont cooptés et nommés, souvent envoyés loin de la poudrière nationale. Il y a quelques années, les Nigériens n’ont jamais connu la progéniture de leurs dirigeants, se demandant même souvent s’ils en ont. Aujourd’hui, épouse et enfants, débordent du champ familial et investissent l’arène politique, avec même souvent des personnalités qu’ils reçoivent et que les médias publics peuvent couvrir comme des activités officielles. Pourtant à une élection, un peuple n’élit qu’un homme, non un couple ! On peut d’ailleurs voir, pour s’effrayer des amalgames de socialistes viveurs, que même candidat à une présidentielle incertaine, un autre peut laisser une épouse, jouer à la première dame, occupant elle aussi des espaces libérés, allant ici et là pour faite étalage de sa générosité calculée qui est loin de ce qui pourrait être du mécénat.

L’on a depuis une dizaine d’années l’impression que ce sont des familles qui ont pris en otage la République, que le pouvoir est devenu leur affaire pour qu’il ne profite qu’à eux seuls. On est où là ?

L’oligarchie rampante dans une démocratie dévoyée…

Au tout début du premier mandat, après les maris ou les épouses, ce sont les conjoints et les conjointes qui furent promues. Ainsi, les maris, les épouses et les frères, sinon les beaux frères, pour le bonheur des familles, dans le mépris des militants qui attendent, furent nommés à tour de bras, consacrant une démocratie familiale où on ne laisse pas tomber l’enfant et l’épouse mis dans les bonnes grâces du système : chacun devait trouver son compte. C’est la grande battue ! On aura beau dire que tant qu’ils ont les compétences requises, pareils actes pouvaient ne pas être condamnables, les Nigériens ne peuvent le comprendre étant entendu que cela ne fait pas partie de leurs moeurs. Ce n’est donc pas vrai qu’on se comporte ainsi dans une démocratie. Notre démocratie ne saurait être conduite sans tenir compte de nos valeurs de civilisation qui doivent sur tout, guider nos actes. Tant qu’on n’est pas dans une aristocratie, l’on ne peut mêler les enfants et les épouses dans la gestion du pouvoir. Quand de telles personnes débordent de la consanguinité, des filiations et des alliances pour être dans la relation politique, un pouvoir ne peut que se fragiliser. Et pour le faire, la Renaissance n’en fait que trop, pensant avoir la progéniture la plus cultivée, celle d’esprit incomparable. Ainsi, comme frappé du sceau de l’inceste, un tel pouvoir qui, dans le cadre d’une démocratie, allie famille et pouvoir, ne peut qu’être mal perçu par un peuple qui ne peut croire qu’il puisse manquer tant de compétences et de valeurs en son sein pour faire la promotion de personne proches et de familles qui peuvent croire que le moment est venue pour elles de grimper dans l’échelle sociale. Il est arrivé que pour faire plaisir aux enfants, ce sont les gendres sans doute venus par calculs qui sont promus ou auxquelles on fait quelques privilèges. Tous, du sommet de l’Etat aux ministres, savent s’ils sont concernés ou pas par ces reproches et les Nigériens, y compris les militants déçus du parti présidentiel qui ruminent depuis neuf ans leurs douleurs, savent ceux qui inaugurent dans notre démocratie cet aristocratisme désuet. Faut-il croire que ces enfants ne sont toujours pas sortis de leur minorité, incapables de s’élever par eux-mêmes, même sertis et bardés de diplômes prestigieux, pour se servir des « bras longs » de papas afin d’atteindre des sommets ? Il y a quelques jours, un journal de la place rapportait que le ministre des finances arrangeait une place pour son enfant dans une institution financière ; mais alors que la maldonne est décriée et condamnées, faisant le buzz sur le net, alimentant les débats dans les fadas et faisant les choux gras de la presse, la contagion n’est pas prête de s’estomper, chacun voulant trouver un petit asile doré à son enfant avant la fin de la saison. C’est ainsi que sur les réseaux sociaux l’on apprit qu’un autre aurait trouvé le moyen d’envoyer son «adorable enfant» loin de nos tourmentes, quelque part en Chine. Bienvenue au Gondwana… Comment ces pères peuvent-ils tant souffrir comme un père Goriot de leur amour paternaliste si débordant ?

Lorsque c’est le président de la République lui-même qui avait commencé, est-il possible d’arrêter la pratique à tout le moins malsaine ? C’est à croire qu’aucun autre militant du parti ou même des partis alliés ne peut être capable d’assumer ces responsabilité, ou mériter une confiance pour n’avoir qu’à faire recours à la famille pour y dénicher «l’oiseau rare». Et on peut entendre des hommes se demander si, désormais, ces familles peuvent faire élire pour elles seules leur champion pour n’avoir plus besoin d’un autre et de son soutien ?

Il s’agit ici d’un abus qui peut témoigner à quel point ces socialistes n’ont aucun respect pour leur peuple et pour leurs militants. Ces pratiques qu’on n’a jamais connues dans le pays ne doivent donc pas rentrer dans nos traditions. Il faut donc arrêter la dérive et laisser la famille à l’écart des débats et des enjeux politiques. Une République n’est pas une aristocratie même si les socialistes semblent les confondre pour vouloir déjà, afin de s’incruster, s’attaquer à des familles, à vouloir les brutaliser comme si ce sont elles qui leur obstruaient des voies à la consécration qu’ils rêvent pour se placer au-dessus d’une société dont ils n’ont occupé jusqu’ici que les bas étages.

Peut-être qu’un jour, une presse doit avoir l’audace de revenir au cas par cas pour dévoiler ces accointances familiales malheureuses qui rabaissent notre démocratie pour en faire un instrument aux seules mains d’une féodalité, d’une clique incapable de penser la Nation et la République, la Démocratie et l’équité, la justice et l’égalité. En continuant de manière inconsidérée sur cette voie, la Renaissance ne risque-t-elle pas de créer les germes de sa propre destruction ?

Ce pays encore une fois, est sur des pentes dangereuses. Faisons attentions.

AI

04 février 2020
Source : Le Canard en Furie

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