Conduite du processus électoral : La renaissance manoeuvre, l’opposition s’installe dans une posture dangereuse

Le processus électoral est conduit de façon exclusive depuis plus deux ans aujourd’hui, à la grande satisfaction de la majorité présidentielle dont le plan fonctionne merveilleusement, serait-on tenté de dire.

Lequel plan a consisté à modifier unilatéralement en amont le code électoral pour pouvoir mettre en place une Commission électorale nationale indépendante (CENI) taillée sur mesure et éliminer des candidats potentiels aux prochaines élections. Les analystes politiques indépendants sont tous unanimes à le reconnaître, sur la base de faits concrets irréfutables. Comme, par exemple, le rétropédalage spectaculaire du pouvoir relativement à la modification de l’article 8 du nouveau code électoral sur les conditions d’éligibilité d’un candidat en conflit avec la justice à un poste électif. La modification initiale de l’article 8 a consisté à porter la durée de condamnation définitive, rendant inéligible un candidat aux élections, d’une année à 3 ans d’emprisonnement ferme et irrévocable, dans la première version du projet de code électoral modifié. Chemin faisant, constatant que la Cour d’Appel a condamné toutes les personnes présumées impliquées dans l’affaire dite de ‘’supposition de bébés importés du Nigéria’’, à l’issue d’un procès shap-shap à seulement un an de prison ferme, le régime a décidé de faire l’impasse sur la modification de l’article 8 du code. Des personnalités politiques qui étaient dans le camp de la majorité présidentielle au moment des faits mais qui militent activement aujourd’hui dans l’opposition l’ont soutenu publiquement. Ce qui confirme la véracité de la manoeuvre sournoise. Venons-en à présent à la CENI, qui est une émanation du code électoral modifié unilatéralement le régime. Tout le monde le sait, sa farouche contestation par l’opposition tient au fait qu’elle est taillée sur mesure. La renaissance s’est arrangée pour y apporter des modifications non consensuelles dans sa composition, son organisation et son fonctionnement, avec pour dessein inavoué de piloter, cahin-caha, à sa guise le processus électoral et mettre l’opposition devant le fait accompli. En produisant un fichier biométrique totalement bâclé. C’est la démarche en cours actuellement, puisque la CENI continue de poser des actes sans la participation de l’opposition. Le dialogue politique inclusif censé aplanir les divergences entre l’opposition et le pouvoir devrait se tenir depuis octobre-novembre 2019.

Au jour d’aujourd’hui, elle ne s’est pas encore réunie, ne serait-ce qu’une seule fois, à cause notamment d’une mésentente sourde entre la majorité et l’opposition sur le format du cadre du dialogue politique inclusif. Malgré ces multiples manquements ajoutés au manque de financement qui pèsent lourdement sur la conduite du processus, le président Issoufou a ditêtre satisfait du travail de la CENI dans son discours de voeux aux Nigériens. A l’entendre, le fichier biométrique sera déposé à temps puisqu’il confirme les dates retenues par la Commission dans son chronogramme pour la tenue des différents scrutins. A savoir le 1er novembre pour les élections locales, le 27 décembre pour les élections présidentielles 1er tour couplées aux législatives et le 2e tour en février 2021. Au regard des difficultés auxquelles se trouve actuellement confrontée la CENI (manque de ressources financières, démission par vagues des agents recenseurs, problèmes d’accès à certaines zones d’insécurité), il est difficile de relever le pari. Le président Issoufou le sait certainement. Mais comme il est conscient qu’il ne peut pas dépasser à son poste le délai constitutionnel de son mandat, pour quel que motif que ce soit, il a préféré s’installer dans l’optimisme. Sachant pertinemment que c’est un couteau à double tranchant. Nous sommes en 2020, l’année électorale. L’opposition est encore dans l’attentisme. C’est une posture dangereuse de sa part.

Tawassa 
11 janvier 2019
Source : Le Courrier

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