Message à la Nation du Président de la République : Entre manipulations et esquives

Message à la Nation du Président de la République : Entre manipulations et esquives Le Président nigérien, à l’occasion de la commémoration de l’indépendance, le 18 décembre dernier, comme de tradition, s’est adressé à ses compatriotes, pour aborder de grands sujets nationaux. Et naturellement le contexte sécuritaire n’échappe pas. C’est d’ailleurs le premier thème abordé dans le discours, avec l’expression de toute l’amertume ressentie par un peuple mais aussi, avec la volonté d’un régime qui prend conscience de la gravité de la situation et qui voudrait enfin rendre hommage aux martyrs si nombreux du terrorisme. Ainsi peuton l’entendre dire, en attendant que soient posés les actes, «Pour leur témoigner la reconnaissance de la nation, j’ai décidé qu’il sera mis en place le premier Wafd pour les pupilles et veuves de la nation». Et ce n’est pas tout, car « […] pour immortaliser sa bravoure [celle du commandant d’Inatès, Hassane Anoutab], la place publique attenante à l’hôtel des postes, portera désormais le nom du Lieutenant-colonel Hassane Anoutab». Mais pour aujourd’hui et demain, face à la montée en puissance des groupes terroristes que reconnaissait le Président, et qui est pourtant de l’ordre de l’urgence, le discours est muet, il ne nous dit rien pour nous rassurer, et rassurer surtout les zones affectées et leurs populations effrayées.

Contradiction

Depuis toujours, quand la société civile et l’opposition lui font remarquer que le pays vit en insécurité, Issoufou et ses affidés leur rétorquent que le pays va bien, qu’il n’a jamais été aussi en paix et pour taire les bouches bavardes, on leur montre le Mali, la Libye, le Burkina Faso pour se consoler de leur situation face à l’enfer pourtant pas si différent que ça par rapport à ce qui se vit dans le pays. Comment ne pas le dire quand dans ce discours, le moins long de son passage à la tête de l’Etat, il reconnait que «L’attaque d’Inatès et celles qui l’ont précédée nous rappellent que nous sommes en guerre». Peut-on donc être en en guerre et en paix en même temps ? En tout cas ce discours est nouveau en ce qu’il tranche avec les certitudes d’une époque pour laisser entendre les appréhensions qui s’emparent des gouvernants. «L’heure est grave», souligne-t-il. Nous sommes donc avertis. Désemparé, il se retourne tantôt vers les Ulémas, tant vers les partenaires, oubliant les soldats qu’il faut exaltés en des moments aussi difficiles. En tout cas, comme effrayé de ce qui nous arrive, on l’entend qui se confie au peuple en ces termes comme qu’il devait perdre confiance en lui-même : «Mes chers concitoyens, avertit-il, nous sommes en guerre». Emballé hier dans sa rage de vaincre le terrorisme ici et maintenant, aujourd’hui c’est un homme différent, plus ramolli, qu’on peut voir, mesurant mieux la complexité des enjeux. Et pour cause, «Nous menons cette guerre, on ne le répétera jamais assez, pour une cause juste : la défense de notre nation et de l’intégrité de notre territoire».Faut-il comprendre que la nation, dans son essentialité est aujourd’hui menacée face au Jihadisme ? C’est le Président Issoufou Mahamadou qui le dit, et les Nigériens doivent s’en préoccuper même s’il en vient à rassurer, sans savoir les délais de la fin de l’enfer au Sahel. Il dira que nous gagnerons cette guerre « […] plaise à Dieu, quel que soit le temps que cela prendra». L’asymétrie de cette guerre ne permet pas de prendre des engagements. Déjà celui qu’il faisait à la place de la concertation, devant la foule qui lui avait été commandée, est foiré, il ne compte pas. Et alors qu’il dit que «Le gouvernement mobilisera », non seulement les moyens matériels et humains, mais aussi les moyens juridiques et institutionnels en matière de lutte contre les groupes armés terroristes, les Nigériens n’en ont qu’assez de ces professions de foi, préférant le voir sur le terrain de l’action.

On aura alors compris que le gouvernement de Brigi Rafini a du pain sur la planche, car à cette situation désastreuse vient s’ajouter aux résultats d’une campagne agricole décevante qui expose des millions de Nigériens encore une fois, malgré les 3N que l’on chante tout le temps, à l’insécurité alimentaire, posant de nouveaux défis pour un gouvernement essoufflé.

Des sujets graves zappés…

Face à la situation que vit le pays, c’est surtout le climat politique actuel qui risque de tout faire dégénérer lorsque le gouvernement minimise l’ampleur des malaises qu’il pourrait ne plus contrôler une fois que par quelques brindilles allumées, la crise finit par exploser. Or, un adage du terroir enseigne qu’il faut se méfier d’une brindille, car c’est elle qui crève souvent un oeil.

Abordant, le processus électoral, Mahamadou Issoufou, est resté dans la périphérie du problème, refusant à dessein, d’aller là où ça coince. Il fait semblant qu’il n’y a aucun problème, qu’il a la maitrise de «sa» chose et que tout se passerait bien, disons normalement. On ne peut sentir aucune préoccupation chez l’homme alors même que dans les faits tout va mal dans le domaine surtout quand on sait que depuis plus d’un an, c’est le camp du pouvoir seul qui conduit le processus. Pour quelle raison, le camp du pouvoir travaille-t-il, à n’avoir des élections que pour lui seul, faisant tout pour qu’il ne soit pas inclusif ? A-t-il peur d’élections transparentes ? Pour quel intérêt un autre ne devait pas être dans le débat politique de son pays ?

Il annonce que «dans un an, le peuple nigérien sera à nouveau appelé aux urnes à l’occasion des élections locales, législatives et présidentielles ». Mais alors qu’il reconnait l’importance de ces élections pour notre démocratie, fait-il ce qu’il faut pour que ce processus conduise à la stabilité souhaitée ? «Ces élections [liton chez le président sortant] seront un test important pour notre pays engagé dans la consolidation des institutions démocratiques. L’enjeu est de taille, car pour la première fois dans l’histoire de notre pays, un président démocratiquement élu passera le témoin à un autre président démocratiquement élu, témoignant ainsi de la solidité de nos institutions démocratiques». Pour autant faut-il organiser ces élections n’importe comment ? Ce qu’il dit est sans doute le souhait de tous, mais rien ne permet en l’état actuel des choses de croire à une telle volonté, quand les actes tranchent avec les discours. Car, si tant est qu’il « […] réaffirme [s]on engagement à faire en sorte que les prochaines élections soient libres, démocratiques et transparentes conformément à [s]on ambition de bâtir des institutions démocratiques fortes et crédibles, un des axes majeurs du programme de Renaissance du Niger» pourquoi, jouer au dilatoire pour ne pas vouloir que le dialogue politique se tienne dans l’esprit du consensus qui a toujours prévalu lorsque le pays devait faire face à des échéances électorales ? Lorsque le président parle ainsi des élections, on aura compris qu’il est aussi celui par qui se bloque le processus. Peut-il comprendre qu’autant en son temps il ne peut accepter des élections pour un clan, aujourd’hui, les Nigériens ne sauront accepter que se tiennent des élections pour un camp, si ce n’est pour un homme. Tous les Nigériens sont des Nigériens à part entière peut-on entendre, et tous, devront être concernés par ces élections. Dans le choix qui est le sien d’écarter d’autres nigériens, une opposition pourtant représentative, il est clair, qu’il ne peut avoir, les institutions fortes qu’il voudrait laisser après son règne s’il arrivait qu’il quitte le pouvoir, car même à ce niveau le doute est permis.

Comme on peut le voir, certains analystes n’ont pas tort de croire que si le dialogue se plante c’est surtout à cause du président qui n’aurait pas donné les instructions nécessaires pour dénouer la crise, jouant un jeu que d’autres soupçonnaient depuis des mois. Est-il franc avec lui-même quand il dit que «Pour renforcer la transparence électorale, la CENI vient d’engager le processus de confection d’un fichier biométrique des électeurs», sachant bien que cette. CENI est contestée, et que le processus d’enrôlement par une structure controversée ne peut qu’aboutir à des contestations dont on aurait pu faire l’économie en allant dès le départ sur des bases saines ? La CENI n’est pas acceptée par la classe politique et il va sans dire que le fichier qu’elle est partie concocter, ne le sera pas non plus. Pourquoi donc faire perdre du temps au pays alors qu’il a mieux à faire de son temps ? Et l’on ne peut que sourire lorsqu’il affirme que «L’enrôlement a déjà commencé et les échos qui [lui] parviennent indiquent qu’il sera une réussite». A-t-il entendu les dénonciations de son allié, le Mnsd, relativement aux conditions de l’enrôlement ? Ou bien le système n’a que faire de ce que peut penser un allié de la 25e heure ? Ce processus bancal aboutira certainement à des contradictions, à des divisions, à des divergences et cela ne présage rien de bon pour le pays et pour sa démocratie.

Veut-il mettre l’opposition et tous les acteurs devant le fait accompli ? Sinon, c’est quelle manière que de vouloir, alors que le processus se poursuit, de dire qu’il « […] réitère, à nouveau, [s]on appel à toute la classe politique en vue d’un dialogue sincère dans l’intérêt de notre pays». Quel dialogue sincère peut-on faire pour un processus qui se poursuit et pour lequel, le ministre de l’intérieur, candidat du pouvoir, aura déjà avertit, qu’ «avec ou sans l’opposition, le processus se poursuivra» ? Nul ne peut alors lire quelque cohérence dans ce discours, lorsque dans une démarche voulue cavalière, le président, comme pour faire preuve de bonne foi à des néophytes et autres crédules, il corse son somnifère pour endormir ces consciences : «C’est le lieu de féliciter et d’encourager le Premier Ministre, Président du Conseil National de Dialogue Politique (CNDP) pour ses efforts soutenus dans ce sens». Un effort soutenu pour le néant ? Curieux quand même. L’annonce est bien plate, sans substance et ne convainc sur aucune volonté si ce n’est celle du dilatoire et du fauxfuyant. En vérité, Issoufou n’est pas décidé à avoir un dialogue dans le pays, et il revient à l’opposition de se déterminer par rapport à cette évidence dont elle a conscience du reste. On peut d’ailleurs observer que nulle part il ne fait mention dans ce speech du partenaire politique avec lequel ce dialogue devait se faire. Il est méprisé et comme toujours, on ne le nomme plus. Il n’a plus de non dans notre démocratie. Il y a des démocrates qui surprennent au Gondwana. Zaki ?

Un processus trompe-l’oeil…

La CENI, traverse des moments difficiles. Elle n’a pas de moyens et sait qu’elle ne peut, ne serait-ce que du fait de l’insécurité, faire l’ensemble du territoire, pour enrôler tous les électeurs. Et le Président de la République a beau dire qu’il a « […] déjà instruit le gouvernement pour qu’il prenne toutes les dispositions afin que la CENI dispose des ressources dont elle a besoin pour mener à bien sa mission», l’on sait que ces moyens manquent cruellement à la CENI. Encore une fois, qui est-ce qui donnera l’argent de son contribuable pour des élections sans enjeu, faites pour couronner un homme, sans aucune adversité ? Aussi, le ditil à Seïni Oumarou, dont le regroupement politique relevait des anomalies graves – ce sont ses mots – dans le processus d’enrôlement et d’établissement d’acte d’état civil ? Le président du Mnsd, même s’il n’a plus aucun héroïsme à faire valoir, peut sourire d’entendre celui qu’il représente sans qu’il ne puisse le représenter nulle part, quand il l’entend dire : «J’engage la CENI à veiller rigoureusement comme elle l’a fait jusqu’ici au bon déroulement du processus électoral».Chiche !

On s’en fout de vous autres…

C’est du moins l’impression que l’on peut avoir avec un régime décidé à avoir des élections à son seul goût et pour lui seul, se moquant éperdument d’un autre qui, s’il ne change pas de stratégie, finira par être roulé dans la farine, car ce régime ne compte plus sur les Nigériens pour conserver le pouvoir, mais sur une France à qui ses acteurs ne se lassent de passer la brosse, disant tout le bien connu et inconnu d’elle pourrait avoir pour espérer par pareille rabaissement rentrer dans ses grâces et avoir demain, lorsque le holdup sera consommé, son aval qui le confortera dans sa victoire usurpée et étriquée. Issoufou Mahamadou appelle alors « […] tous ceux qui sont en âge de voter à se faire enrôler massivement afin de pouvoir exprimer le moment venu, leur choix», tant pis pour les autres, peut-on entendre dans les silences…

Après ce zapping sur des sujets importants dont la situation de l’école, avec notamment des écoles fermées du fait de l’insécurité, le peu de crédits alloués aux secteurs sociaux de base, l’assainissement et la lutte contre l’impunité, la situation de la route Tahoua-Agadez-Arlit, et de celle de Dosso-Béla. Pour finir son discours, le président Issoufou, a abordé «ses» grands succès, la fête tournante de Tillabéri et celle de Diffa l’année prochaine, et patati patata…

Et le temps décidera pour le reste. Comme quoi, on ne peut jamais être, tout le temps, le plus fort.

Le peuple reste serein et attend que sonne l’heure…

A.I

28 décembre 2019
Source : Canard En Furie

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