Gouvernement d’union nationale en perspective : Quand Issoufou Mahamadou endort son opposition

eSelon des sources concordantes, Issoufou Mahamadou va, à nouveau, remettre au goût du jour l’idée de gouvernement d’union nationale qu’il a tenté, en vain, de mettre en place. Des hommes, commis à cette entreprise politique, seraient à l’ouvrage depuis quelque temps, essayant de constituer un lobby suffisamment fort pour éviter tout clash. Les tractations, selon certaines indiscrétions, seraient très avancées pour ne pas aboutir. L’on chuchote même, dans certains milieux politiques, que le poste de Premier ministre pourrait échoir au Moden Fa Lumana Africa du chef de file de l’opposition, Hama Amadou. Toutes les divergences seraient aplanies, laissant croire que les parties ont réussi à parvenir à l’essentiel en faisant l’économie du dialogue politique attendu depuis deux mois. Une hypothèse incroyable, de l’avis d’un grand militant de l’opposition qui a requis l’anonymat. Selon lui, il ne s’agirait que des petites sorcelleries d’aventuriers politiques qui, de part et d’autre, ne chercheraient qu’à tirer le maximum de profits des situations les plus difficiles pour le pays. Notre source indique qu’il y a plusieurs obstacles pour qu’une telle éventualité puisse se réaliser. On s’en doute. Outre le fait que Hama Amadou garde prison à Filingué, les sujets qui divisent sont plus nombreux que ceux qui rapprochent les parties. La gestion cahoteuse des deniers et biens publics, abondamment pillés et détournés selon l’opposition, ainsi que la gouvernance démocratique et sociale, ne sont pas forcément les obstacles insurmontables du différend qui oppose majorité au pouvoir et opposition. Le processus électoral, avec en toile de fond le code électoral, la composition de la Commission électorale nationale indépendante et d’autres institutions concernées par la question, n’est pas près de faire l’unanimité. Récemment, ce sont le Mnsd Nassara et ses partis alliés de l’APR qui ont dénoncé, d’abord les audiences, puis l’enrôlement biométrique, qui ont dénoncé le processus électoral, mettant ainsi de l’eau au moulin des fronts de l’opposition.

Processus électoral contesté, dialogue politique en panne, le Niger évolue, lentement mais sûrement, vers une crise électorale aux conséquences imprévisibles

Depuis deux mois, les Nigériens attendent de voir l’ouverture du dialogue politique inclusif annoncé en grandes pompes par le Premier ministre, président du Conseil national de dialogue politique, encadré pour la circonstance des leaders des différents fronts politiques. Pourtant, ce dialogue politique devait statuer sur les différents contentieux et y trouver des solutions justes, consensuelles et propices à la tenue d’élections inclusives, apaisées et transparentes. Saboté quelque part, au sein du pouvoir avant même de voir le jour, le dialogue politique n’est plus qu’un épisode à mettre au compte du sempiternel bras de fer entre colombes et faucons du régime depuis plus de trois ans. L’ancien président de la République, Mahamane Ousmane, a de nouveau interpellé le Président Issoufou qu’il a invité à faire en sorte que le dialogue politique puisse se tenir et se dérouler sans accrocs. Si l’intéressé a déclaré dans son message à la nation du 18 décembre « qu’il réitère, à nouveau, son appel à toute la classe politique en vue d’un dialogue sincère dans l’intérêt de notre pays », le dialogue est pourtant planté et d’aucuns l’indexent comme étant le responsable du blocage. Pour l’opposition, il n’y a pas de doute que le Président Issoufou est à la base d’un tel blocage. On voit dès lors mal que pouvoir et opposition puissent s’entendre sur la formation d’un gouvernement d’union nationale en dehors du dialogue et alors que les choses sont restées en l’état. Le processus électoral est conduit, au grand dam de l’opposition, dans les conditions édictées par le pouvoir, sans le moindre consensus, les prisonniers politiques sont toujours en détention, bref, rien n’a changé pour conduire à une entente entre les deux blocs politiques majeurs. Le processus électoral contesté, le dialogue politique en panne, le Niger évolue, lentement mais sûrement, vers une crise électorale aux conséquences imprévisibles. Le tout, dans une insouciance totale du président de la République qui affiche plutôt un optimisme surprenant.

Dans le rétroviseur, d’amers souvenirs qui font ombrage au projet

Sur tout un autre plan, d’amers souvenirs refont surface, polluant davantage le climat politique. Ce qui ne rend pas facile. la tâche des grenouillages entrepris afin de voir une telle éventualité se réaliser. Issoufou Mahamadou, alors chef de file de l’opposition, avait, en réponse à Mamadou Tandja, président de la République à l’époque des faits, qui lui avait une telle avance, avait répondu par voie de presse que le gouvernement d’union nationale était une escroquerie politique. Ce que l’opposition actuelle ne s’est point gênée pour lui rappeler lorsqu’il lui avait fait la même proposition. Les fronts de l’opposition actuelle vont-ils accepter ce que le chef de file de l’opposition de l’époque a qualifié d’escroquerie au détriment du peuple nigérien ? Ce qui est certain, en le faisant, ils acceptent de porter conjointement le chapeau d’une gestion à laquelle ils ont été totalement étrangers. Selon toute vraisemblance, le gouvernement d’union nationale n’est pas pour demain.

Laboukoye 

23 décembre 2019
Source : Le Courrier

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