Situation politique et conflits électoraux en perspective : Mahamane Ousmane emboîte le pas à Seini Omarou dans son combat contre le processus électoral

Situation politique et conflits électoraux en perspective : Mahamane Ousmane emboîte le pas à Seini Omarou dans son combat contre le processus électoral Après Seïni Oumarou et le MNSD Nassara, c’est au tour de Mahamane Ousmane et du RDR-Tchanji de tirer la sonnette d’alarme su les périls majeurs que court le Niger au bout du processus électoral en cours. Si le Mnsd Nassara et son président ont écrit au président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) en vue de demander simplement l’arrêt de l’enrôlement d’étrangers refugiés en terre nigérienne qu’il a dû constater à Diffa, à Agadez et à Tillabéry, Mahamane Ousmane et le Rdr- Tchanji ont préféré mettre le doigt là où ça fait mal. Si, donc, les premiers continuent à louvoyer, se perdant en de vaines lamentations, les seconds, qui appartiennent au bloc de l’opposition, n’ont pas tergiversé en mettant le Président Issoufou Mahamadou face à ses responsabilités. Dans un discours qu’il a prononcé le samedi 7 décembre 2019 à l’ouverture du 3e anniversaire de la création de son parti, le Président Mahamane Ousmane a interpellé d’une manière peu singulière le Président Issoufou en lui rappelant des souvenirs qui ne lui laissent aucune excuse quant à la prévenance de la crise politique actuelle.

Mahamane Ousmane demande à Issoufou Mahamadou de se ressaisir

avant qu’il ne soit trop tard Le discours prononcé par Mahamane Ousmane à Dosso fera sans doute date dans l’histoire politique nigérienne. Sans animosité, il a parlé au Président Issoufou à qui il a demandé de se ressaisir afin que le Niger ne meure pas dans ses mains. « Le Niger ne doit pas mourir dans vos mains et il ne doit même pas continuer à souffrir », a-t-il déclaré, non sans en appeler à sa lucidité afin de faire en sorte que le dialogue politique, sollicité par l’ensemble des parties, puisse voir le jour et se dérouler sans accrocs. Mahamane Ousmane a confirmé ce que nombre de Nigériens redoutent. Le dialogue politique est apparemment dans l’impasse. Avant même de commencer. Il est, si l’on se fie au propos de l’ancien président de la République, victime d’un sabordage. Et Mahamane Ousmane ne voit pas d’autre responsable que le Président Issoufou. S’il ne le charge pas de façon ostentatoire, il laisse toutefois entendre qu’il est responsable de la situation et de ce qui se profile. Il lui a d’ailleurs demandé de se ressaisir avant qu’il ne soit trop tard.

Le Mnsd Nassara de Seïni Oumarou est sans aucun doute au bord de la révolte.

Les actes politiques posés par Mahamane Ousmane et Seïni Oumarou sont bien différents, tant dans les profils des destinataires que dans le contenu.

Cependant, on ne peut ignorer que l’un et l’autre mettent une même situation qui présente toutefois des facettes multiples. La situation politique, sur fond de processus électoral dénoncé et contesté par une grande partie de la classe politique nigérienne. En mettant le doigt sur un enrôlement électoral qui pèche par des dérives prévisibles, car légalisées, le Mnsd Nassara de Seïni Oumarou est sans aucun doute au bord de la révolte. S’il n’a pas encore claqué la porte et déclarer son refus d’aller à des élections dans les conditions de préparation que l’on sait, il a toutefois posé un acte majeur qui traduit son désarroi et son désir de changement dans la conduite du processus électoral. Il ne peut ni continuer à faire semblant que ses préoccupations sont prises en compte alors que le terrain le contrarie, ni continuer à dénoncer et à protester en restant comptable de ce qu’il dénonce et conteste. Le Mnsd Nassara, pour ainsi dire, se trouve dans une sorte de dilemme profond.

Les lettres de protestation du Mnsd crédibilisent la position de l’opposition sur le processus électoral

L’indécision du Mnsd qui hésite à reprendre son destin en main n’enlève pourtant aucun mérite à la valeur de ses actes de protestation dans le bilan de la façon dont le processus électoral est conduit et à quoi cela pourrait aboutir. Au contraire, les deux écrits évoqués dans le cadre de cette protestation, en l’occurrence la lettre adressée au Premier ministre, président du Conseil national de dialogue politique (Cndp) en…2019 et celle, récemment adressée au président de la Ceni, ont en commun d’avoir crédibilisé le boycott de l’opposition qui refuse toujours de prendre part à un processus électoral qu’elle dit profondément biaisé. Etant de la majorité au pouvoir, le Mnsd et son président ont mis le pied dans le plat en confirmant les griefs de l’opposition. Ils portent ainsi l’estocade fatale au pouvoir en place qui n’a plus d’arguments pour réfuter les critiques des fronts de l’opposition par rapport à la loi électorale, à la Ceni et à la conduite du processus électoral.

Le dialogue politique à l’eau

En valeur absolue, note un observateur, les actes successifs du Mnsd n’ont, donc, rien à envier au contenu du discours prononcé par Mahamane Ousmane. Et même aux déclarations de rejet des fronts de l’opposition. Les coups qui viennent de l’intérieur sont toujours les plus difficiles à parer. Mais il faut sans doute les mettre ensemble pour prendre toute la mesure de la crise électorale qui se profile à l’horizon. Les alertes se multiplient, les fronts de contestation vont au-delà des clivages politiques connus, mais le pouvoir continue à faire la sourde oreille. Les tentatives et les efforts de la communauté internationale qui s’active à trouver les moyens d’éviter au Niger une crise électorale risquent d’être vains, le dialogue politique prôné et annoncé en grandes pompes étant manifestement à l’eau.

YAOU

21 décembre 2019
Publié le 11 décembre 2019
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

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