Éditorial : Le CSC face à lui-même

Éditorial : Le CSC face à lui-mêmeAutant le dire tout de suite. Jamais, dans l’histoire du Conseil supérieur de la communication (Csc) et du fonds d’aide à la presse, une session n’a été aussi chargée de querelles. Car, des querelles, il y en aura, tant il est vrai que c’est dans le contentieux que se construit l’état de droit.

La répartition, cette année, du fonds alloué par l’État à l’aide de la presse semble avoir obéi plus à des humeurs qu’à des critères précis. Des critères qui existent et qui ont été édictés par le Csc et non par les organes de presse, mais qui, pour des questions et préoccupations inavouées et sans doute inavouables, ont été foulés au pied, pour ne pas dire carrément piétinés.

Sur 185 017 531 FCFA, le Csc s’arroge d’abord le droit exclusif d’affecter, sur la base d’une loi et d’une délibération interne, procédure dans laquelle l’avis des concernés n’a jamais été requis, 35% du montant à la formation des journalistes. « Il n’y point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice », a dit Montesquieu. À juste titre ! Dans les couloirs et bureaux feutrés du Csc, des esprits malins ont manifestement compris tous les avantages à tirer de la tyrannie grâce à la loi. Aussi, il a suffi simplement de modifier la loi sur le Csc - quoi de plus facile – d’adopter une délibération interne, et le tour est joué. 64 756 135,85 FCFA passent ainsi à la trappe sous les couleurs, bien séduisantes de la formation tandis que, sans aucun moyen de contrôle quant à l’usage fait de cet argent, les journalistes doivent se contenter de savoir qu’ils ont été formés. Pourtant, le président du Csc, juriste de son état et journaliste professionnel en son temps, sait mieux que quiconque que la volonté d’aider les journalistes et leurs entreprises ne peut nullement résider dans un dirigisme rigide et à la limite stupide.

Ensuite, sur le montant qui reste, 120 261 395,15 FCFA, le Csc, on ne sait, suivant quels critères inventés, a décidé de déclarer certains dossiers irrecevables, d’autres inéligibles, pour enfin aboutir à une liste squelettique d’organes de presse à aider, sans que, nulle part, il ne se soit senti obligé de motiver ses décisions. Les organes recalés ignorent, donc, autant que l’opinion nationale, les raisons qui fondent leur irrecevabilité ou leur inéligibilité. Ni notes affectées aux organes recalés, ni motifs de leur élimination, rien ! Or, il existe des critères précis auxquels les prétendants doivent répondre. Alors, sur quelle base a-t-on déclaré certains organes inéligibles puisque ces critères sont assortis d’un barème de notes et qu’il n’y a aucune note éliminatoire ? Mieux, selon l’article 29 de la délibération du 4 juillet 2018, « les décisions relatives au fonds d’aide à la presse doivent être motivées, notifiées à l’intéressé et publiées au Journal officiel de la République ». À ce jour, aucun organe recalé n’a reçu de notification quelconque quant à son inéligibilité au fonds d’aide à la presse. En somme, une violation de sa propre délibération.

Le Csc est par conséquent face à lui-même, embourbé dans des contradictions internes graves que les organes de presse ne sont pas prêts à laisser passer. Si l’organe de régulation, qui s’arroge le droit de régenter jusqu’au fonctionnement interne des entreprises de presse, affiche des manquements aussi graves, en se donnant des permissions qu’il refuse à des organes qu’il sait par ailleurs fragiles mais d’une grande contribution à l’affermissement de l’espace public, de l’état de droit et de la démocratie, alors il y a problème.

La rédaction

21 décembre 2019
Publié le 08 décembre 2019
Source : Le Canard En Furie

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