Assemblée Nationale / Le quota : Une loi de plus ?

aLa semaine dernière, l’Assemblée nationale a voté une nouvelle loi sur le quota. Dans le principe, c’est sans doute un acte politique louable et pour cause, toutes les tendances politiques, ont ensemble, porté la nouvelle loi, convaincues de son importance, de sa pertinence et de son urgence même.

Aucun parti progressiste, ne peut, par quelque misogynie, s’y opposer. C’est normal, car au regard de son poids démographique non négligeable, personne aujourd’hui ne saurait admettre qu’on mette à la marge un tel capital d’intelligence et de force dans l’effort de construction nationale que constituent pour le pays les femmes. Mais même si la loi, sur ces aspects, peut être appréciée à sa juste valeur, il reste que dans son application, elle cause problème car jusqu’ici, pour la loi sur le. quota qui existe déjà, ceux qui ont poussé à revoir à la hausse le quota des femmes, depuis neuf ans qu’ils gouvernent, n’ont jamais été capables de l’appliquer, de lui donner un contenu concret. Dans ces conditions, valait-il vraiment la peine de briller tant pour l’adoption d’un tel texte quand on sait que sa mise en application peut buter contre la volonté politique indispensable qui n’est pas, faut-il s’en plaindre, forcément un acquis.

Au coeur des contradictions…

Comment ne pas être choqué par deux attitudes qui frisent l’hypocrisie chez certains acteurs : chez les décideurs mais aussi chez les bénéficiaires de la nouvelle loi. Alors qu’un gouvernement peut se flatter d’avoir fait voter la loi, l’on ne peut que s’étonner qu’il n’ait jamais pu mettre en application la loi déjà moindre du quota des femmes qui existe déjà. Qui ne se souvient pas du nombre de fois qu’il a mis en place un gouvernement sans jamais satisfaire aux exigences de cette loi et alors que la presse et l’opposition dénonçaient une entorse à une loi existence, mais sans jamais corriger l’entorse en portant dans l’équipe gouvernement le nombre de femmes requis afin d’être en phase avec les lois de la République. On ne peut donc que s’interroger sur les motivations réelles qui auront poussé ce gouvernement à faire ce plaisir à la femme nigérienne. Quand on considère le traitement réservé à une première loi qui existe déjà, peut-on faire confiance pour croire que cette loi pourra enfin permettre de les voir véritablement impliquées dans la gestion de l’Etat ? Rien n’est moins sûr. Il y a donc à ce sujet des raisons objectives d’être méfiant, voire sceptique.

L’autre contradiction vient des femmes elles-mêmes. En effet, comment comprendre que les femmes nigériennes, alors qu’elles savent qu’il y a un texte qui peut justifier leur intransigeance, se complaisent dans une passivité qui frise la démission, pour ne pas savoir exiger de la part du gouvernement le respect d’un texte qui leur donne des droits et élargit leur champ d’action dans la sphère du pouvoir ? Comment donc celles-là qui ne savent pas faire respecter leurs droits, peuvent se réjouir d’une nouvelle loi comme si, par le seul vote du texte qui leur donne théoriquement plus de places dans la sphère de décision et de responsabilité, elles déjà avoir tout gagné et surtout qu’elles viennent de gagner une première victoire quand pourtant, pour faire respecter le texte qui existait déjà, elles n’auront jamais été capables, de le faire accepter, incapables même de dénoncer la violation de «leur» texte lorsque le gouvernement dans certaines nominations, notamment à l’occasion de la mise en place de gouvernements, le quota n’est pas respecté, toutes choses qui peuvent se vérifier aujourd’hui encore. Comment donc, celleslà, peuvent-elles s’exalter pour le seul fait de l’adoption d’un autre texte alors même que, faut-il le rappeler, le premier, à leur désavantage, n’a jamais été respecté ? Il ne s’agit donc pas de se donner des textes, juste pour le besoin d’orner l’architecture institutionnelle d’une démocratie souvent étranglée, mais de savoir donner un contenu pratique aux textes de la République ? Or, en l’espèce, c’est aussi dans ce domaine que les socialistes n’ont pas donné le bon exemple. En plus du fait qu’ils n’ont jamais su respecter la loi déjà existante du quota, l’on peut se rappeler que beaucoup d’autres textes, notamment la Constitution, n’ont jamais été respectés sous leur gouvernance.

Des constitutionnalistes, après moins de trois ans de gouvernance avaient déjà relevé plus de soixante (60) violations de la Constitution. On peut d’ailleurs y ajouter d’autres plus récents, et tous aussi graves dans un Etat de droit. On se souvient de toute la gymnastique intellectuelle dont s’est servi le régime pour se soustraire à des exigences constitutionnelles et s’en servir à justifier «l’impossibilité pour lui d’appliquer une loi» qu’il a pourtant le devoir de respecter et de faire respecter ? C’est ainsi qu’il est arrivé au régime de trouver quelques subterfuges et autres arguties, si ce n’est des lois concoctées à la va-vite pour justifier qu’il est fondé à ne pas tenir les élections locales dans les délais constitutionnelles et souvent même une élection partielle, pour laquelle, dissuadé par la Cour qui ne pouvait cautionner une telle mascarade, il voulait s’arranger une loi nouvelle, artificielle après tout, pour donner le «privilège immoral» à un ancien député, de revenir occuper son siège qu’il quittait pour une. mission particulière dont il aura fait le choix d’assumer la décision de renoncer à son mandat parlementaire et les conséquences y afférentes du reste déclinées par la loi. Mais s’évitant l’épreuve de la mise en jeu de la place vacante qui met en compétition dans la circonscription électorale tous les partis, il réussit quand même à se tailler une loi abusive nouvelle par laquelle il se donne le «droit» de choisir parmi ses anciens candidats à la députation, un des recalés à aller siéger à la place du défunt. Sans doute qu’il n’y a qu’au Niger où de telles aberrations sont possibles.

Ce rappel permet de comprendre à quel point le respect des lois ne préoccupe pas nos princes qui pensent que parce qu’ils sont en position de pouvoir, ils peuvent toujours «jongler», pour échapper à leur rigueur et à leur respect. C’est pour dire que les femmes, semblent aller trop vite en besogne oubliant que le plus dur reste à venir. Décider d’un texte ne saurait seul justifier leur joie immense exprimée aussitôt après la votation du texte à l’assemblée, pour s’interroger maintenant sur la réalité de la volonté politique qui aura précédé à son écriture et à son adoption. La realpolitik aurait voulu que les femmes nigériennes demandent d’abord que l’existant soit respecté avant d’aller à un nouveau texte commandé sans doute par quelques fantaisies et un certain marketing politique à l’approche d’élections dans lesquelles, il est vrai, des partenaires se battent à faire participer les femmes qui n’ont toujours pas trop investi le champs et le débat politiques où leur entrée, depuis la conférence nationale, n’est que très timide. Depuis, l’on a cru que pour les Renaissants, la loi n’est applicable que contre ceux qui ne gouvernent pas, car dès lors qu’on est avec le système, l’on peut être au dessus des lois, mis à l’abri de toutes représailles. Cette manière d’appréhender la loi et l’Etat de droit a ainsi créé d’énormes frustrations et donné corps à des malaises profonds dans la société où d’autres ont eu l’impression d’être des parias dans leur propre société. On ne joue pas avec la loi. Elle est imposable à tous sans discrimination aucune.

Si les socialistes n’ont jamais été capables d’appliquer la loi sur le quota, est-ce parce devenus machos, ils ne croient plus en la femme, en ce qu’elle est capable d’apporter dans la vie, dans la construction de l’Etat ? Ils sont donc attendus sur l’application de la nouvelle loi. Mais déjà, beaucoup d’autres faits jouent en leur défaveur. N’est-ce pas eux qui ont brutalisé la famille, la profanant dans ses fondements les plus sacrés ? N’estce pas eux, le seul régime depuis 1960 qui ait brutalisé la femme, l’épouse, la soeur ? N’est-ce pas sous la Renaissance que des femmes devaient payer parce qu’elles sont ou épouse d’un tel, ou soeur d’un tel ? L’on sait tous les déboires qu’on a fait subir à l’épouse du Chef de file de l’Opposition, à celle d’Ibrahim Yacoubou, Directrice générale d’ASUSU SA, à cette autre dame, éjectée de son poste de Directrice générale parce qu’elle refusait d’obtempérer à une injonction qui la dissuadait de rendre visite à son frère militaire emprisonné pour des soupçons d’atteinte à la sureté de l’Etat, plus précisément accusé de fomenter un coup d’Etat. De tels hommes qui brutalisent la femme, et notamment l’épouse, la soeur et la mère d’autrui, peuvent-ils croire en la femme et surtout lui faire tant de places dans l’échiquier ? C’est pourquoi, l’on doute sincèrement de la volonté réelle du régime, telle qu’exprimée dans le nouveau texte, à faire une véritable place de choix à la femme nigérienne. Il est donc objectivement permis de douter de la volonté politique réelle du régime à amorcer ce virage nécessaire à impliquer pleinement la femme dans le partage des responsabilités et dans l’engagement de chaque enfant du pays dans la construction nationale.

Encore une loi pour séduire ?

Pour beaucoup d’analystes, la nouvelle loi n’a qu’une vision propagandiste pour se donner un peu de visibilité auprès de la gent féminine du pays que l’on sait majoritaire et espérer quelque dividende électoral de ce «bienfait fait à la femme» au Niger. Or, le texte en lui seul, tant qu’il ne connaitra pas d’application réelle et effective, ne peut donner au régime le gain qu’il espère d’un tel geste à tout point de vue mégalomane.

Les Associations de femmes interpellées…

Il ne s’agit plus de se morfondre dans une autosatisfaction qui fait. oublier l’urgence pour se contenter d’une «victoire» qui n’en est pas, en l’état actuel, une dont on peut tant se glorifier. Comme dira un autre, le plus dur reste à venir et il revient donc aux femmes, à leurs nombreuses associations de se faire respecter en faisant valoir leurs mérites, leurs compétences, leur probité. Il s’agit pour elles de veiller à l’application en toutes circonstances des lois qui leur reconnaissent et leur garantissent des droits. Pour ainsi dire, les femmes n’ont pas fini de se battre même lorsque certaines peuvent croire que ce sont «leurs» amis qui sont au pouvoir. Elles ne doivent donc pas attendre de la part des Hommes, une bienveillance qui leur accordera des privilèges ; elles doivent montrer qu’elles sont tout aussi valables, et qu’elles méritent, non qu’on leur accorde un privilège. C’est cela le vrai combat des femmes. Et en l’espèce, il y en a qui ont donné le bon exemple. L’ancienne ministre, Aïchatou Mindaoudou, l’ancienne Présidente de la Cour Constitutionnel, Mme. Bazèye, l’ancienne DG d’Asusu SA, Mme Ibrahim Rékiatou, l’ancienne ministre Mme. Maïlélé, sont entre autres, autant de fiertés pour ce pays qui a aujourd’hui plus que jamais besoin de références, de modèles. Comme on le voit, les femmes du Niger, ne sont pas au bout du tunnel. Il leur reste encore beaucoup de chemin à faire. Et l’on peut se réjouir qu’elles ne manquent pas de leadership pour réussir les nouveaux combats qui s’imposent à elles. Et c’est maintenant que la lutte commence pour elles…

Il faut alors assumer les combats de son époque !

A.I

21 décembre 2019
Publié le 08 décembre 2019
Source : Le Canard En Furie

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