Processus électoral et nécessité d’un apaisement du climat politique : Mahamane Ousmane en appelle au sens des responsabilités du Président Issoufou

Processus électoral et nécessité d’un apaisement du climat politique : Mahamane Ousmane en appelle au sens des responsabilités du Président Issoufou À l’occasion de son 3e anniversaire, couplé à l’Assemblée générale régionale Rdr-Tchanji, le Rassemblement démocratique et républicain du Président Mahamane Ousmane a tiré, à nouveau, la sonnette d’alarme quant à l’impératif pour la classe politique nigérienne de vider tout contentieux politique avant la tenue des élections générales à venir. Des élections dont les premières, les locales, sont prévues pour novembre 2020, soit dans une douzaine de mois. Tirer la sonnette d’alarme ? Non, pas vraiment puisqu’il s’est agi pour le Rdr et de son président de mettre le président de la République, Issoufou Mahamadou, face à ses responsabilités. D’entrée de jeu, le Président Ousmane a rappelé la volonté clairement affichée par l’opposition d’entamer un dialogue politique à même de prémunir le Niger contre toute crise sociopolitique pré-électorale et postélectorale. Placée sou le thème « Le dialogue politique, facteur de paix, de stabilité et de développement », la commémoration du 3e anniversaire de la création du Rdr- Tchanji coïncide, a souligné Mahamane Ousmane, avec « une situation politique délétère, caractérisée par des foyers de tensions et de conflits communautaires et sécuritaires à l’intérieur, comme sur ses frontières ».

Relevant au passage le dernier rang que le Niger occupe régulièrement depuis l’accession au pouvoir de Mahamadou Issoufou dans le classement IDH, le Président Ousmane a presque justifié cette performance misérable du Président Issoufou en rappelant que « les Nigériens vivent, dans leur âme et dans leur chair les dures réalités au quotidien, sur le plan de l’alimentation, de la santé, de l’éducation, du chômage, du sousemploi, des inégalités et du sentiment d’injustice et d’iniquité ». Un gifle au passage qui ne plaira sans doute pas dans le camp présidentiel.

Mais, Mahamane Ousmane a tenu à rappeler ces réalités tangibles du Niger actuel pour éviter que « cette tension et ce malaise, perceptibles, ne soient porteurs de hauts risques qu’il ne faut pas négliger à l’orée des consultations électorales qui s’annoncent ».

Tous les canaux de prévention ou de règlement de conflits en panne

Mahamane Ousmane, que l’on connaît assez pondéré de nature, est formel : « Il y a péril en la demeure qu’il convient de désamorcer en utilisant les mécanismes et les vertus du dialogue ». Aussi, a-t-il d’abord loué les vertus du dialogue d’où, ditil, « naissent la compréhension mutuelle et l’esprit de paix, propices à la mobilisation des intelligences et des énergies pour mieux produire, mieux vivre et mieux faire prospérer les générations à venir dans ce monde en perpétuelle mutation ». En fin joueur qui sait parfaitement où se situe le noeud du problème nigérien, l’ancien président de la République a rappelé, fort bien à propos, que « lorsque, comme dans le cas actuel du Niger, les mécanismes formels institutionnels sont bloqués (cas du Conseil de la République), en panne (cas du Cndp) ou défectueux (cas de la Commission de dialogue social), il ne faut pas être étonné ou surpris que des canaux non formels ou informels prennent le relai et conduisent à des dérapages ou des situations non souhaitées ». Tout est dit. Sans le dire ouvertement, Mahamane Ousmane charge son ancien Premier ministre d’avoir sabordé tous les canaux destinés à prévenir, sinon à régler les contentieux sociaux et/ou politiques pouvant déboucher sur des situations de crise regrettables.

Des faits et propos qui accablent le Président Issoufou

Pour la première fois, Mahamane Ousmane a tenu à témoigner publiquement de faits et propos qui accablent le Président Issoufou dans la survenue de cette crise qui risque de conduire le Niger à une impasse totale. « Il vaut mieux prévenir que guérir et le faire à temps », a déclaré Mahamane Ousmane avant d’interpeller, à nouveau le président de la République, de façon tout à fait singulière comme il l’a souligné. D’habitude peu loquace sur le passé, pourtant chargé d’évènements historiques dont il a été au centre ou témoin privilégié, le Président Ousmane a évoqué un souvenir particulier qui met à nu l’absence de volonté de Mahamadou Issoufou pour mettre un terme à la crise et donner une chance au Niger d’aborder les prochaines élections dans l’accalmie générale et la quiétude sociale et politique. L’entretien qu’il évoque, Mahamane Ousmane dit l’avoir eu avec l’intéressé alors chef de file de l’opposition alors que lui était président de l’Assemblée nationale. C’était donc sous Mamadou Tanja. C’est un dialogue insolite qui révèle les traits caractéristiques et les rapports que les uns et les autres ont, suivant leurs positions du moment. Si Mahamane Ousmane et Mamadou Tanja ont écouté la préoccupation du chef de l’opposant qu’était Mahamadou Issoufou, celuici ne semble nullement disposé à le faire. Tant pis pour la situation qui risque, si l’on ne prend garde, de se dégrader de façon inattendue, les récentes dénonciations du Mnsd Nassara à propos de l’enrôlement frauduleux d’étrangers ayant davantage pourri le climat.

« La maison qui ne se parle pas, meurt ».

Dans un ultime cri de coeur, le Président Ousmane a demandé au Président Issoufou de se ressaisir, de reprendre contact avec l’opposition dans le cadre d’un dialogue politique démocratique et républicain afin que, entre autres, les élections à venir soient préparées et organisées de manière consensuelle et apaisée. En lui demandant en particulier de faire en sorte que le dialogue politique, voulu par toutes les parties, « puisse voir le jour et se dérouler normalement », le Président Ousmane ne dit pas autre chose que ceci : « tout dépend de vous et de personne d’autre ». Et comme pour prévenir le Président Issoufou qu’il est l’unique responsable de ce qui adviendrait, comme disent les syndicalistes, Mahamane Ousmane a terminé par ces mots, pleins de profondeur : « le dialogue politique est un important facteur d’apaisement, de réconciliation et de paix ; le Niger en a grand besoin, ainsi que vousmême, monsieur le Président ». Et s’il ne lui trouve aucune excuse dans la situation politique délétère qui prévaut actuellement, Mahamane Ousmane a pensé tout de même à le tirer de son sommeil en lui rappelant ces sages paroles : « la maison qui ne se parle pas, meurt ». L’»homélie» de la fin ? « Le Niger, a dit le Président Ousmane, ne doit pas mourir dans vos mains et ne doit même pas continuer à souffrir ».

Doudou Amadou

21 décembre 2019
Publié le 08 décembre 2019
Source : Le Canard En Furie

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