Le Fonds d’aide à la presse 2018 : La scandaleuse affaire de Kabirou Sani

Kabirou Sani Fonds d aide presse 2018 NigerLe Conseil supérieur de la communication (CSC) ne peut être aussi mal inspiré et son tout nouveau président, Kabir Sani, mal barré. En cause, le fonds d’aide à la presse 2018 qui a fait l’objet d’une répartition que les organes de presse et les acteurs des médias ont trouvé scandaleuse, tant dans la répartition que dans les notations et l’observance des obligations légales.

Dans une déclaration rendue publique le mercredi 11 décembre 2019, sept groupes de presse audiovisuels et six journaux, des quotidiens et des hebdomadaires, ont dénoncé ce qu’ils ont appelé « odieuse machination » et exigé « la reprise, sans condition, du partage de l’enveloppe destinée à toute la presse sur la base de critères justes et équitables ». Les médias auteurs de la déclaration ont-ils des raisons valables de parler de méthodes iniques sur la base desquelles ils se sont vus écartés ? Ont-ils des preuves que le CSC a violé l’orthodoxie en la matière ? Ils le clament et disent ne pas écarter, en cas de refus du CSC de revoir sa copie, de lui intenter une action en justice en vue de le contraindre à faire les choses suivant les règles traditionnelles établies et la philosophie du fonds, qui est dit « d’aide à la presse ».

Selon des informations recueillies auprès de sources proches de ce dossier, des organes de presse, groupes de presse audiovisuels et/ ou quotidiens ou hebdomadaires de presse écrite, ont été écartés sur la base de notations fantaisistes qui ne correspondent à aucune réalité. Sur les critères d’éligibilité, Le Courrier a obtenu la minable note de 9/20, ce qui l’élimine en principe de la course au fonds d’aide. Une conclusion corroborée par le rapport rendu public par le Csc qui a relevé que sur les 16 titres de la place ayant prétendu au fonds, « trois dossiers ont été jugés éligibles au fonds ». Mais les magiciens du CSC ont trouvé le moyen de le noter également sur les critères dits de performance. Ainsi, Le Courrier, un des titres les plus réguliers du Niger, a été éliminé pour deux raisons fondamentales. D’une part, il ne disposerait pas, selon les commis du CSC, de siège permanent et fonctionnel ; d’autre part, il ne justifierait pas de capacités de production (matériels de travail). Au point 3 des critères de performance, il s’agit de statuer sur le fait ou non que l’organe consacre 65% de son programme à l’information politique, sociale, culturelle ou sportive. Sur huit points à prendre, Le Courrier a obtenu 2/8. À croire que le journal traite d’autre chose que de l’information politique, sociale, culturelle ou sportive. Le Courrier n’est pas un cas isolé, loin s’en faut. Entre autres, il y a le groupe de presse Labary qui a été aussi, comme tant d’autres, victime de la tronçonneuse des commis du CSC. Ayant parfaitement versé au Bureau national des droits d’auteur les montants indiqués par la loi, avec réception de récépissé, Labari a été pourtant éliminé. Il en est de même du groupe Saraounia qui a payé sa licence d’exploitation et versé le récépissé au dossier déposé au CSC, mais qui a tout de même été écarté. Le Canard en furie et Le Monde d’aujourd’hui n’auraient pas de sièges, et ils ne consacreraient pas 65% de leurs programmes à l’information politique, sociale, culturelle ou sportive. Interrogés sur cet aspect en particulier, les promoteurs des journaux mis en cause par les commis du CSC ont estimé que les auteurs de ce travail ont honni le CSC et son président qui leur fait confiance. .

Dossier à suivre dans les prochaines éditions.

Laboukoye

 

Déclaration 

Réunis en urgence ce mercredi 11 décembre 2019 pour examiner la situation sans précédent créée par le Conseil Supérieur de la communication (CSC) à l’occasion de l’octroi du Fonds d’aide à la presse au titre de l’année 2018, nous, responsables des Radios, Télévisions et Journaux privés du Niger faisons la Déclaration ci-après : .

Le vendredi 06 décembre 2019, le Président du CSC, le sieur Kabirou Sani, rendait publique sa liste des heureux bénéficiaires du Fonds d’aide à la presse triés sur le volet, sur la base de critères douteux, dont on a du mal à comprendre.En effet, sur neuf (9) dossiers déposés au titre des télévisions, quatre (4) ont été déclarées éligibles. Du côté des radios privés seules quatre (4) ont bénéficié du Fonds d’aide. S’agissant des journaux, ils sont au total seize (16) à avoir déposé leurs dossers, mais seuls trois (3) titres ont bénéficié de la subvention de l’Etat. .

L’immense majorité des médias soumissionnaires se sont vus écarter de la répartition du fond d’aide de la manière la plus inique qui soit. .

Une chose est sûre, le CSC n’a pas procédé à l’octroi du fonds d’aide conformément aux dispositions de la loi, mais a gratifié des organes qu’il a délibérément choisis dans des conditions contestables et contestés. .

Le CSC, et son président (qui fait preuve d’outrecuidance depuis son parachutage dans cette institution), ont fait fi de toute logique, s’abritant derrière des critères irréalistes et incongrus comme : le fait d’exiger aux organes de la presse audiovisuelle l’emploi de « 20 journalistes professionnels détenteurs de la carte de presse ». .

Le CSC et son président savent plus que quiconque, qu’aucun média privé n’emploie de manière formelle « vingt journalistes professionnels » ; quant à la carte de presse subitement devenue une condition d’attribution du fonds d’aide à la presse, il faut dire qu’il n’y a aucun texte en la matière, qui oblige les professionnels de la presse à se la procurer. .

Depuis l’instauration du premier Fonds d’aide sous le régime du président Tandja Mamadou, et jusqu’à l’avant dernier alloué en 2017, c’est la première fois que des responsables du CSC recourent à des critères douteux pour son attribution, comme quoi sous le magistère du sieur Kabirou Sani, le CSC peut faire ce que bon lui semble. En effet, au lieu de faire véritablement sa mission de régulation, telle que définie dans la Constitution, le CSC fait désormais la concurrence aux associations socioprofessionnelles des médias, en cherchant des financements auprès des partenaires au développement, sous le fallacieux prétexte d’organiser des formations au profit des employés de la presse privée notamment. .

D’organe de régulation des médias, si l’on n’y prend garde, le CSC finirait, par se transformer en une officine d’affaires où le lucre prendrait le pas sur sa mission première. Sinon comment expliquer cette décision du CSC à procéder directement à l’achat de matériels au profit des médias et en même temps s’ériger en un centre de formation des journalistes en violation de ses attributions. .

Pour en arriver là, l’organe de formation, pardon de régulation, a réussi à faire changer les dispositions relatives à l’utilisation du Fonds d’aide à la presse, en l’absence d’aucune consultation, se donnant désormais la latitude de prélever jusqu’à 35% dudit montant pour organiser des formations sans au préalable déterminer les besoins et le nombre des journalistes est assimilés à former..

Au regard de toute cette odieuse machination, nous responsables des Radios, Télévisions et Journaux privés, déclarons ce qui suit : .

  1. Dénonçons et rejetons la répartition du Fonds d’aide à la presse 2018 à l’issu duquel l’immense majorité des médias a été écartée de manière inique ;.
  2. Dénonçons le travestissement de l’esprit du Fonds d’aide à la presse par une bande d’affairistes et de politiciens tapis dans l’ombre de l’institution de régulation ;
  3. Exigeons la reprise sans condition de la répartition de l’enveloppe destinée à toute la presse au titre de l’année 2018 sur la base de critères justes et équitables tels que prévus par les textes en vigueur; .
  4. Demandons au président du CSC Kabirou Sani de se ressaisir pour éviter que l’institution de régulation ne finisse par se transformer en un centre de captage de dividendes au lieu d’être un vrai organe de régulation des médias ; .
  5. Enfin, les signataires de la présente déclaration se réservent le droit d’ester en justice la délibération par laquelle le CSC a entériné ce partage scandaleux et honteux dudit fonds au profit de quelques organes triés sur le volet. .

Vive la Presse libre et indépendante ! .

Fait à Niamey le 11 décembre 2019.

15 décembre 2019
Source : Le Courrier

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