Lettre de Seini Oumarou au président de la CENI : Le MNSD Nassara dans un dilemme inédit

Plus les élections générales 2020-2021 approchent, plus le Mnsd Nassara fait du bruit autour du processus électoral qu’il dénonce comme porteur de vices graves. Le 29 novembre 2019, il a remis ça, dénonçant des violations de certaines dispositions du code électoral. Dans une lettre qui circule sur les réseaux sociaux, son président, Seïni Oumarou, a saisi le président de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) à qui il a fait part de « manquements graves aux dispositions des articles 38, 40 et 201 du code électoral ». Seïni Oumarou indique que « dans la région d’Agadez, notamment dans les communes de Tabelot, d’Ingall et d’Aderbissinat, des émigrés non nigériens ont été irrégulièrement enrôlés ». Il en est de même, selon le président du Mnsd Nassara, de la région de Tillabéry (commune d’Ayorou) où il a été constaté l’utilisation fautive de carnets de famille pour étrangers délivrés par les autorités municipales. C’est également le cas dans la région de Diffa, particulièrement à Bosso où des jugements déclaratifs ont été délivrés à des individus qui ne remplissent pas les conditions requises. Le Mnsd, qui informe qu’une plainte a été déposée auprès des autorités judiciaires, demande à Issaka Souna de « bien vouloir prendre toutes les dispositions pour y mettre fin dans le but de pouvoir élaborer un fichier correct, sincère et crédible ».

Le Mnsd, cet allié qui veut le beurre et l’argent du beurre

Les faits dénoncés sont extrêmement graves. Selon l’éclairage d’un juriste, l’enrôlement d’étrangers dans le fichier électoral participe d’un délitement de la citoyenneté nigérienne. Outre que l’on octroie des pièces d’état-civil sans base légale à des étrangers, on leur donne également, sur un plateau d’or, le soin de choisir des dirigeants pour le Niger. Les faits, constatés à Tillabéry, à Diffa et à Agadez, ne peuvent être isolés. D’ailleurs, des faits similaires ont été filmés et diffusés sur les réseaux sociaux, il y a quelques semaines. L’opposition politique, qui boycotte toujours le processus électoral semble confortée dans sa position par ces faits prévisibles. En autorisant l’enrôlement biométrique des électeurs sur témoignage (article 201), le code électoral autorise en réalité la conception d’un fichier électoral bâtard, à cheval entre la biométrie et le classique. Pour le pouvoir en place, c’est une aubaine et la Ceni, parfaitement au courant de ce qui se passe sur le terrain, garde un silence complice.

Pour autant, nombre de Nigériens estiment que les dirigeants du Mnsd n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes. Adversaires acharnés du régime que Seïni Oumarou qualifiait de satanique, ils n’ont pas hésité à tourner casaque au lendemain des élections de 2016. Alliés au Pnds, le Mnsd n’arrête pas de se plaindre de choses dont il est considéré comme comptable. La position et le discours du Mnds Nassara autour du processus électoral, en particulier, est des plus sordides. Membre de la majorité au pouvoir à laquelle il s’est rallié, avec armes et bagages, au lendemain des élections de 2016, le Mnsd Nassara se perd depuis quelque temps en vaines jérémiades, agaçant les dirigeants du Pnds et indignant l’opinion nationale qui trouve un peu de couardise et d’irresponsabilité dans cette valse du parti de Seïni Oumarou. Et à chaque fois qu’il fait ce genre de bruit incongru pour la position qu’il occupe au sein du pouvoir, le Mnsd s’arrange, notent des observateurs, à se montrer conciliant. Un peu comme pour dire « Oui, c’est vrai on n’est pas content mais on reste tout de même ». La fin de lettre adressée au président de la Ceni a fait l’effet d’une bombe au sein de l’opinion nationale. En demandant à Issaka Souna de « bien vouloir prendre toutes les dispositions pour y mettre fin dans le but de pouvoir élaborer un fichier correct, sincère et crédible », Seïni Oumarou considère que ce qui a été constaté dans les régions d’Agadez, de Tillabéry et de Diffa peut être tenu pour fait accompli, l’essentiel étant d’arrêter la fraude. Le Mnsd n’est pas révolté, il demande que la Ceni mette fin à cette pratique frauduleuse.

Le pouvoir est habitué à ces bruits incongrus du Mnsd

Le Mnsd Nassara, pour de nombreux Nigériens, a bien perdu son âme. Parti leader de la scène politique nigérienne, le parti appelé le grand baobab tient à peine debout. Devenu, au grand dam de ses militants désabusés, un attelage du Pnds Tarayya, le Mnsd n’est pas à sa première plainte. Le 3 octobre 2019, il avait, sans succès, demandé, sous le couvert de l’Alliance pour la République (Apr), la convocation d’une session extraordinaire du Conseil national de dialogue politique (Cndp) aux fins de protester contre le pilotage du processus électoral. L’Apr y dénonçait, entre autres, la délivrance des pièces d’état-civil qui n’est pas effective dans presque toutes les régions du Niger, notamment à Tillabéry et à Dosso où elle à moins de 50% des prévisions de la Ceni ». Ils n’ont ni obtenu le conseil extraordinaire demandé, ni la satisfaction attendue à propos des audiences foraines.

Le Mnsd Nassara sait-il vraiment ce qu’il veut ?

 Interpellé sur le processus électoral, Moussa Harouna a déclaré que le processus électoral se poursuit normalement et qu’il n’y a pas matière à s’alarmer. « L’opposition, souligne-t-il, est représentée au sein des commissions administratives et ces commissions administratives sont des extensions de la Ceni », histoire de dire qu’elle se plaint pour rien et que son boycott du processus électoral n’est ni justifié ni tolérable. Le Mnsd Nassara, dont il est un membre éminent, souffle le chaud et le froid, ne sachant quoi faire. Ils sont pris entre le marteau et l’enclume, entre les lambris du pouvoir dont ils veulent continuer à profiter, et la mort politique en perspective. Ils la voient venir, craignent le pire au bout de ce processus électoral vicié à dessein mais qu’ils tolèrent tout de même. Pour un proche collaborateur de Seïni Oumarou qui a requis l’anonymat, « les coups de gueule du Mnds Nassara constituent de simples coups d’épée dans l’eau et les dirigeants n’en attendent pas grandchose qu’un peu d’attention de la part des responsables du Pnds ». Les lamentations du Mnsd, on le constate, n’ont pas encore empêché le Pnds de dormir sur ses lauriers. « La thérapie est connue », lâche un internaute.

« Les chiens aboient, la caravane passe »

 Ni les Lamentations du Mnsd, ni les protestations de l’opposition ne semblent suffire à arrêter la catastrophe. Pourtant, tout le monde, ouvertement ou sous anonymat, admet que la Ceni est très mal partie pour réussir sa mission. Le processus électoral est dans l’impasse mais on fonce quand même. Les audiences foraines n’avancent pas, l’enrôlement des électeurs, déjà sujet à caution, se révèle aujourd’hui gravement vicié tandis que les retards dans l’exécution du chronogramme électoral s’accumulent du fait de l’insuffisance des moyens humains et financiers, etc. Pour le pouvoir en place, rien n’arrêtera le processus électoral et les élections se tiendront à date, quels que soient le contexte, les conditions et l’état du fichier électoral. Or, si l’on se fie aux révélations du Mnsd, l’enrôlement des électeurs est entaché de graves irrégularités, de nombreux étrangers étant enregistrés comme des Nigériens.

Une impasse électorale en perspective

Selon des sources dignes de foi, l’échec est déjà admis au sein de la Ceni où le fichier biométrique représente objectivement un leurre. Plus personne n’y croit, pas même le président de la Ceni qui aurait été briefé sur l’impossibilité de réaliser un fichier électoral biométrique à la date convenue. Récemment à Niamey aux fins de faire le point sur l’avancement du processus électoral et les contentieux politiques qui risquent de le plomber, l’Union africaine a fait le douloureux constat d’une situation désastreuse. « Y a-t-il un plan B ? », se sont gravement interrogé les missionnaires de l’Union africaine. « Non », leur aurait-on répondu. Si ces ultimes dénonciations du Mnsd ressemblent plus à des jérémiades inutiles et déplacées qu’à un coup de gueule sonnant la révolte, il reste que cette lettre signée de Seïni Oumarou, pour conciliante qu’elle paraît, sonne le glas d’un processus électoral parti pour échouer. À un an des élections locales, le Niger, peut-on dire, est dans l’impasse électorale. Ça se murmure, mais ni la Ceni ni le pouvoir ne veulent l’assumer. Doudou Amadou

11 décembre 2019 
Publié le 02 décembre 
Source : Le Canard en Furie 

Imprimer E-mail

Politique