Maradi/Fin de la mission d’investigation de la Commission nationale des droits humains (CNDH) : La CNDH recommande à l’Etat de doter les services publics des moyens adéquats pour l’exécution de leurs missions

La Commission nationale des droits humains (CNDH) est au terme de sa mission d’investigation dans la région de Maradi, conduite du 6 au 13 octobre 2019 par son président, Pr Khalid Ikhiri. L’objectif principal de cette mission est de s’informer de la situation des droits de l’homme dans la région. La mission a visité plusieurs services de l’Etat dans la ville de Maradi et a eu des séances de travail avec les Préfets, les Maires, les président des tribunaux et les régisseurs des maisons d’arrêts d’Aguié, de Dakoro, de Guidan Roumdji, de Madarounfa, de Mayahi et de Tessaoua et s’est entretenue avec les détenus. Elle a également visité la briqueterie de Jiratawa, le Centre Léproserie de Danja, le centre de rééducation et de réinsertion des jeunes de Dakoro et le site de transit des réfugiés de Guidan Roumdji.

Le document de synthèse établi à la fin de cette mission, révèle que sur le plan sanitaire, la ville de Maradi dispose d’infrastructures adéquates pour accueillir et prendre en charge les malades surtout avec l’opérationnalisation imminente de l’hôpital de Référence. Nonobstant, le personnel soignant du Centre Hospitalier Régional déplore l’insuffisance de sensibilisation de la population qui se réfère tardivement au Centre en cas de maladie. Pour ce qui est de l’éducation, la rentrée est certes effective, mais on déplore l’insuffisance du personnel enseignant, administratif et technique, des moyens logistiques et matériels à tous les niveaux. Quant à l’Université dan Dicko Dankoulodo, elle fait face à une multitude de problèmes et ne dispose que d’un seul amphithéâtre.

Au niveau des tribunaux, la mission de la CNDH a relevé, la nécessité absolue d’accélérer la mise en place des Cour d’appel pour la tenue régulière des assises et la célérité dans le traitement des dossiers en appel. Aussi, il se pose le problème de sécurisation. A titre d’exemple, le Tribunal de Madarounfa et la résidence du président ne disposent pas de mur de clôture. Enfin, la mission a noté l’insuffisance des ressources techniques, financières et humaines.

Pour ce qui est des organisations de la société civile, ces dernières déplorent un déficit de dialogue avec les autorités administratives et l’insécurité grandissante qui sévit dans les départements de Guidan Roumdji et Madarounfa avec les attaques récurrentes contre des populations, les enlèvements et les vols d’animaux. Elles ont recommandé l’installation de l’antenne régionale de la CNDH de Maradi.

Dans les différents départements et communes visités, la mission a noté que de façon générale, la situation sécuritaire est relativement calme en dehors de l’insécurité qui prévaut dans les départements de Madarounfa et de Guidan Roumdji où les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) s’activent avec abnégation à sécuriser les populations et leurs biens. Ces FDS préconisent le renforcement et la régularité des patrouilles frontalières.

Au niveau des Maisons d’Arrêts, la mission de la CNDH a noté la vétusté de celle de Tessaoua et l’exiguïté des maisons d’arrêt de Dakoro et de Guidan Roumdji ainsi que la cohabitation des détenus majeurs et mineurs. A titre d’exemple, la maison d’arrêt de Guidan Roumdji construite pour accueillir 90 détenus, abrite aujourd’hui 183. Selon le rapport de synthèse de cette mission de la CNDH, les détenus ont formulé des doléances dont entre autres, l’accélération des procédures judiciaires, l’amélioration de leur alimentation, la tenue régulière de sessions d’assises et le bénéfice de la libération conditionnelle. Au niveau du centre de réinsertion des jeunes de Dakoro, la mission a constaté la vétusté des locaux et le manque de matériel de travail qui entrave le fonctionnement régulier des ateliers.

Fort de tous ces constats, la mission de la CNDH recommande à l’Etat de doter les services publics de moyens logistiques, financiers et humains conséquents afin qu’ils accomplissent convenablement leurs missions ; de renforcer la patrouille frontalière avec le Nigéria au niveau du département d’Aguié ; de tenir régulièrement les assises et vider tous les dossiers en instance ; de multiplier les campagnes de sensibilisation dans le domaine de la santé ; de respecter les normes internationales relatives au traitement des détenus et enfin de dédommager les personnes expropriées non encore rentrées dans leurs droits pour cause d’utilité publique du tronçon Maradi-Madarounfa.

A l’endroit des communautés, la mission recommande de collaborer avec les autorités administratives et les Forces de Défense et de Sécurité en dénonçant toutes les personnes suspectes ; à bannir la justice privée et à s’acquitter de leurs obligations fiscales.

Tiémogo Amadou, ANP-ONEP Maradi

15 octobre 2019
Source : http://www.lesahel.org/

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