Rentrée politique et élection présidentielle 2021 : Djibo Salou du Pjp Doubara, l’autre face de la médaille

Rentrée politique et élection présidentielle 2021 : Djibo Salou du Pjp Doubara, l’autre face de la médailleDjibo Salou est-il désormais un adversaire politique avec lequel il faut nécessairement compter ou bien doit-on considérer que le général à la retraite a entrepris un saut dans l’inconnu ? Le samedi 7 août 2019, le tombeur de Mamadou Tanja a levé toute équivoque quant à son engagement politique à la tête d’un parti politique. Pour la première fois, il a fait une apparition publique au nom du Pjp Génération Doubara que des rumeurs persistantes lui collaient comme étant le sien. C’était à l’Académie des arts martiaux de Niamey où ont été rassemblés ses partisans. Avec cette première apparition publique en qualité de leader politique et probable candidat à l’élection présidentielle prochaine, Djibo Salou tranche non seulement un certain débat, mais il en ouvre, en même temps, un autre. Un autre manifestement plus corsé au regard de la problématique politique à laquelle il confronte à la fois les acteurs et les citoyens nigériens dans leur ensemble. Djibo Salou, on le sait, ne s’est pas engagé en politique avec l’intention de faire de la figuration. Il compte bouleverser les règles préétablies, perturber le jeu, voire remettre en cause plein d’assurances et de certitudes.

Djibo Salou, une sérénité qui intrigue

Ce qu’il est convenu d’appeler la rentrée politique du général à la retraite Djibo Salou est intervenu avant la tenue du congrès constitutif du Pjp Génération Doubara dont il est le géniteur. Qualifiée de rencontre avec les militants ou prise de contact avec la base, cette sortie de Djibo Salou a enflammé le débat politique. Son appartenance à Doubara étant établie et revendiquée par l’intéressé, il reste à faire face aux conséquences de cette sortie au grand jour du général à la retraite. Pour le général à la retraite, il n’est plus question de faire marche-arrière. Il s’agira de foncer, tête baissée, sans se poser trop de questions. Aura-t-il réussi, en si peu de temps, à se débarrasser de ses réflexes de soldat ? Ce qui est certain, c’est qu’il est là et il faut compter avec lui. Si certains refusent de voir en lui un adversaire politique avec lequel il faut compter, Djibo Salou affiche pourtant une sérénité qui intrigue. Dans les milieux de la majorité au pouvoir plus qu’à l’opposition, la première sortie publique de Djibo Salou inquiète. « C’est l’autre face de la médaille », dit un homme, allusion faite à Mohamed Bazoum, le candidat officiellement adoubé par Mahamadou Issoufou. Président du PNDS, le parti au pouvoir, le ministre de l’Intérieur et ses partisans ne peuvent voir d’un bon oeil cette intrusion du soldat dans l’arène politique.

Un combat qui risque d’être dur pour lui pour Mohamed Bazoum

Si l’heure est loin d’être à l’agitation, il est toutefois certain que l’on s’interroge de plus en plus autour de Mohamed Bazoum. Djibo Salou est un casse-tête politique. Pour le ministre de l’Intérieur et candidat du Pnds plus que tout autre. Incrusté dans des certitudes et des assurances longtemps entretenues, Mohamed Bazoum découvre au fil du temps la dure réalité. Une réalité qui tend à s’imposer et dont il va falloir intégrer dans les paramètres de son combat politique. Un combat qui risque d’être dur pour lui au cours des semaines et mois à venir. Pour le moment, le ministre de l’Intérieur garde tout son flegme, histoire de faire savoir à l’autre face de la médaille qu’il ne lui inspire aucune inquiétude. Mohamed Bazoum s’est-il préparé en conséquence ? On l’ignore pour le moment. Politiquement, il est bien incrusté et a plus qu’une longueur d’avance sur Dibo Salou. Cependant, nul n’ignore les relations privilégiées que le général à la retraite entretient avec le Président Issoufou qui lui doit une fière chandelle. Entre Mohamed Bazoum et Djibo Salou, qui remportera la manche ? La bataille politique qui s’ouvre avec l’apparition publique de Djibo Salou sera rude et sans merci. Au sein du Pnds, mais également au-delà, dans les milieux des partis membres de la majorité présidentielle actuelle.

Il n’y a qu’une place pour deux auprès de Mahamadou Issoufou et entre Djibo Salou et Mohamed Bazoum, il y a sans doute un de trop

Si le Pjp Génération Doubara n’a pas encore tenu de congrès constitutif, encore moins de congrès d’investiture pour savoir où le situer dans le champ politique, il est évident, entend-on dire, que le parti de Djibo Salou est du côté du pouvoir en place. Peut-on pour autant le considérer comme un parti membre de la Mrn [Majorité au pouvoir] ? Certains se risquent volontiers à cette hypothèse en prétendant que c’est l’unique à envisager. Mais ils notent tout de même que Doubara ne fera pas bon ménage avec le Pnds. Il n’y a qu’une place pour deux auprès de Mahamadou Issoufou et entre Djibo Salou et Mohamed Bazoum, il y a sans doute un de trop. Selon toute vraisemblance, les choses vont se précipiter du jour au lendemain. Le parti Doubara, ainsi que son leader, n’ont pas beaucoup de temps pour dérouler leur agenda. Il s’agit de rattraper Mohamed Bazoum qui a pris une sérieuse avance. Quant au ministre de l’Intérieur, il maintient la pression sur Mahamadou Issoufou afin de préserver le statuquo. À deux déjà, le problème est corsé pour chacun. Puis, au moment où tout semble se jouer sans lui, Hassoumi Massoudou pointe du nez, comme pour dire que Djibo Salou et Mohamed Bazoum vont vite en besogne. Selon notre confrère Le courrier, l’ancien ministre des Finances serait dans les vestiaires du conseil des ministres. Si son retour est consacré et qu’il retrouve sa toute puissance perdue en février 2019, Hassoumi va nécessairement être une épine dans les pieds d’un des deux quidams. La perspective d’un retour au gouvernement de Hassoumi Massoudou complique assurément les choses. Pour le compte de qui signera-t-il ce retour inattendu et surprenant ? Si l’hypothèse d’une grande alliance des camarades contre l’intrus que représente Djibo Salou n’est pas envisageable, le come-back annoncé de Hassoumi ne peut être que profitable au général à la retraite. Pour l’heure, la composition du gouvernement bute à des difficultés dont la principale, selon certaines sources politiques, serait la situation que traverse le Mnsd. Les contestations dont son président, Seïni Oumarou, fait l’objet à propos du pilotage et de la gestion du parti ne facilitent guère la mise en place d’un gouvernement dans lequel le Mnsd aurait, dit-on, une place prépondérante.

Doudou Amadou 

19 septembre 2019
Publié le 09 septembre
Source : Le Canard En Furie

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