Transhumance politique / Défection d’un militant Lumana : Il n’y a pas de quoi fouetter un chat

Transhumance politique / Défection d’un militant Lumana : Il n’y a pas de quoi fouetter un chat Depuis l’avènement du Gurisme, un système loufoque créé et mis en oeuvre par les socialistes, l’on assiste, lorsque les valeurs ne sont plus mises en avant, à un achat massif des consciences, à un débauchage des hommes devenus vendables car n’ayant aucune conscience de leur propre valeur, pour ainsi instaurer sur l’échiquier, ainsi que le rapportent certains médias, à l’image de ce qui se fait sur le marché footballistique, un mercato d’un autre ordre où même des farfelus peuvent être prisés non pas parce qu’ils peuvent apporter quelques plus-values politiques, mais simplement pour faire mal à un autre, en faisant croire, dans un dessein de marketing politique, qu’on lui aura arraché un homme de moins, oubliant souvent qu’au même moyen, par les déceptions que provoque leur gouvernance, des foules immenses d’hommes et de femmes, convergent vers d’autres partis politiques, dans la discrétion, sans fanfare, et dans le respect de soi. Combien sont ces partis qui disent soutenir mais qui ne peuvent pas avoir un seul conseiller municipal dans une commune du Niger et dont le leader luimême ne peut se faire élire conseiller ? Des partis d’une nullité absolue qui sèment le désordre dans le pays par leur perfidie et leur inconstance qui ne donnent aucune traçabilité sur le champ politique nigérien.

Des hommes ont été assujettis ou par l’argent, ou par un poste juteux ou non, ou le chantage pour ceux qui traînent des casseroles bruyantes, ou simplement en leur appel sur des identitarismes désuets et abjects. C’était la saison du concassage des partis politiques qui inaugurait l’ouverture du mercato politique avec des hommes aux intestins fragiles qui avaient été manipulés pour opérer leur virage à 180°, justifiant la prouesse athlétique avec les mêmes mots ronronnant, vides de sens selon lesquels, on part « pour soutenir les actions louables du président de la République », oubliant souvent tout le mal que l’on disait de ce même gouvernement, toutes les critiques acerbes que l’on portait contre le régime. Il n’y avait pas que des militants lambda qui étaient visés, mais aussi des leaders, dont on découvre, après leur agenouillement, qu’ils ne portent aucun idéal, ni pour le parti, ni pour le pays, ni pour la vie. Le parti, pour eux, n’est plus qu’une boutique, une petite épicerie où l’on vend sa conscience, son honneur, sa dignité pour avoir le privilège de participer au pillage d’un pays.

Seini Oumarou avait dit que la gouvernance des camarades est une gouvernance maléfique – pardon satanique – ce qui ne l’a pas empêché, sans se laver les mains, d’aller manger dans le plat de Satan, ingurgitant des morceaux viandés de la sauce rose. Aujourd’hui gavé dans ses silences de la viande « made in Guriland », occupé à mâcher son butin, personne ne peut l’entendre, peut-être triste par les chaînes qui le cernent, livré et assujetti au Gurisme qu’il pourfendait naguère, et contre lequel, pour s’être compromis, il ne peut avoir l’héroïsme qui pouvait lui donner l’audace de le vilipender, de dénoncer ses travers. Après son discours au dernier congrès, fait juste pour rassurer des militants qui doutent, qu’a-til fait d’autre sinon que de se taire, et de continuer à se ranger, peut-être remis nuitamment dans ses petits souliers – au propre comme au figuré ?

Alhassane Itinikar, Dr. Adal Rhoubeid,Ali Gazagaza et d’autres « petits ruminants politiques », poids-plumes, sont tombés dans la nasse du système, incapables de se relever de leur rabaissement. Qui pouvait croire que ces hommes, par le discours qu’ils ont tenu contre le régime, avec souvent des accusations trop osées, pouvaient, sans que rien fondamentalement ne change dans la gouvernance, se dédire, pour sa ranger derrière le même pouvoir qu’ils critiquaient avec véhémence, disant haut tout le mal qu’un autre, dans la terreur qui prévalait, ne pouvait oser, sans risquer leur liberté ? Ainsi furent domptés et mis à genoux de petits guerriers aux pieds d’argile.

Mais pourquoi donc, avec plus de soixante partis que le régime dit le soutenir, il ne peut être rassuré de sa force faite d’additions peutêtre incertaines pour comprendre ses conquêts incessantes, continuant à chercher vainement des renforts, en débauchant jusqu’à des farfelus, quelques menus fretins qui ne peuvent rien changer à son sort ? Il le sait d’autant plus que même avec cette précaution, il cherche à domestiquer le processus électoral pour organiser la fraude la plus grossière qui soit, pour espérer, dans la peur de rendre compte, triompher et conserver un pouvoir que le peuple ne peut plus lui confier après les misères et les injustices qu’il lui a fait vivre. La dernière récolte, soustraitée par Jamhuriya, s’est opérée dans l’Aïr, où, nous apprend-on, un « membre influent de l’opposition et militant de la première heure du Moden Fa Lumana de Hama Amadou », a fini par succomber aux propositions alléchantes de ses démarcheurs, peut-on soupçonner. En opérant ce virage spectaculaire, le nouvel athlète, prétend, pour justifier la vilenie, qu’il voudrait contribuer « aux efforts inlassables que déploie le président de la République S . E . M . M a h a m a d o u Issoufou dans le cadre de la sécurité, la paix et le développement de notre pays le Niger ». Mais ça ne trompe personne. Les premiers, après avoir taxé le régime d’incapable, de congénitalement taré au plan politique, ont fini, par lui reconnaître les mêmes qualités que la dernière recrue salue et célèbre dans sa lettre de démission. On ne peut donc pas croire à cette « bonne volonté » de celui qui a choisi de renoncer à ses combats et de se mettre à genoux face à un pouvoir qu’il avait combattu. D’ailleurs, si tant est qu’il aspire franchement à soutenir le président de la République, est-ce au MPR Jamhuriya qu’il doit partir, ce parti dont l’avenir est suspendu à ses guéguerres interminables et profondes ? Le bon sens, voudrait, pour être logique avec lui-même, qu’il aille directement au PNDS pour s’assumer et être l’ouvrier le plus volontariste du président qu’il magnifie dans sa lettre, non Albadé Abouba à qui appartient, jusqu’à preuve du contraire le MPR-Jamhuriya où il atterrit. Aussi, quelle compétence et quelle expertise peut-il avoir dans le domaine de la sécurité, pour le soutenir drôlement ? Il est clair que pour avoir opéré le choix du parti d’Albadé Abouba, au nom des raisons peu crédibles que l’intéressé avance, l’on aura compris que, comme pour les premiers, il n’y a que des raisons alimentaires qui ont motivé sa migration. On aura compris qu’il n’a jamais aimé le PNDS, et qu’il ne l’aimera jamais. Sinon pourquoi rater l’occasion d’y renter ? Monsieur ne peut tromper personne, et surtout pas Bazoum. C’est son choix et il doit bien l’assumer. Au-delà, il ne peut avoir aucun pouvoir pour faire un appel à d’autres Nigériens afin qu’ils le suivent dans ses errements. Si jusqu’à sa décision, il n’a pu convaincre personne à partir avec lui, on aura compris qu’il est dans une aventure personnelle et solitaire, les autres étant restés lucides à ne pas se mêler de ses turpitudes.

Mais les Nigériens ont bien compris ce qui arrive à Moussa Alhousseini – c’est le nom de nouveau client de la majorité. En effet, depuis que Hama Amadou, est réapparu au forum Lumana d’Accra, la Renaissance est devenue anxieuse, triste de voir sa bête noire se relever des douleurs qu’elle lui a infligées, plus que jamais tenace, requinqué pour mener ses nouveaux combats pour lesquels, il n’attend pas faire de concession. Il fallait donc, s’attaquer à sa « maison » pour faire croire qu’on la démolit, que sa popularité s’effrite. L’annonce de la démission du porte-parole de l’Opposition à Agadez, n’a donc pas ni surpris ni dérangé au Moden Fa Lumana, sûr des fondations par lesquelles tient la forteresse. Il a beau être porteparole de l’opposition, il reste pour les Nigériens un inconnu, un anonyme. Même le gouverneur qu’il fut ne peut permettre de le représenter, et tout au plus, l’on aura compris, qu’il avait joui à un moment de la confiance des responsables du parti pour lui avoir arrangé cette promotion. Par sa lettre, on aura compris également qu’il est venu allonger la longue liste de ceux qui, dans le pays et en politique, ne peuvent être plus dignes, car capables de trahir une confiance. Mais sans doute que le moment choisi n’est pas bon pour celui que des calculs ont poussé dans une aventure qu’il pourrait bien regretter comme d’autres avant lui, avaient amèrement regrettée les leurs. Aujourd’hui, sur l’échiquier, les cartes politiques se redistribuent et il va sans dire qu’il y aura de grands séismes dont les forces tectoniques finiront par recomposer le schéma politique pour mettre en place de nouveaux blocs qui mèneront le débat public dans le pays. Les Nigériens ont besoin de changement, de recouvrer leur dignité, d’avoir des responsables soucieux et rassembleurs, et ceci ne se fera pas avec le bloc qu’il rejoint surtout à un moment où c’est plutôt la débandade dans les rangs du pouvoir L’Opposition est sereine, elle. Elle est sûre de sa force, de sa représentativité d’un point de vue électoral. Si tant est que le pouvoir, par ces petites opérations isolées, croit avoir beaucoup gagné et réussi un marketing politique, on ne lui demande qu’une chose : organiser pour son honneur, pour triompher dignement, des élections justes, transparentes, crédibles et inclusives et rentrer ainsi dans l’Histoire. Par la grande porte. Les Nigériens ne demandent pas mieux.

Mais la Renaissance n’a jamais cru en sa force. Ses doutes l’étranglent.

AI

19 juin 2019
Source: Le Canard en Furie

Imprimer E-mail

Politique