À Monsieur le Président de la République

Issoufou Monsieur le President de la RepubliqueMonsieur le Président de la République, Je me permets de vous faire part des sujets de causerie actuels des nigériens puisqu’il se raconte que vos amis et vos services compétents ne vous disent plus la vérité pour ne pas vous contrarier.

Les nigériens disent avoir compris qu’à chaque fois que vous avez voulu de quelque chose, vous vous donnez tous les moyens pour l’obtenir, quitte à assécher les finances publiques, à réinterpréter voire même dénaturer des lois de la République.

A titre illustratif, ils citent la réécriture de la loi sur le code des marchés publics dans le seul but d’y extirper le jeu de la concurrence, vous donnant ainsi les moyens d’octroyer à vos amis étrangers, dans l’opacité la plus totale, des contrats juteux à plusieurs milliards de CFA. Le prétexte est tout trouvé : finir à temps les travaux entrant dans le cadre de l’organisation de votre sommet de l’UA de juillet 2019.

C’est ainsi que vous avez entrepris de construire à Niamey en un temps record un aéroport de 100 milliards de FCFA, un hôtel de 17 étages en moins d’un an pour vos hôtes de juillet 2019. Vous avez décidé de construire une route prioritaire à plusieurs voies sur la dizaine de km de l’artère que vous emprunter régulièrement pour vous rendre à l’aéroport.

Ces infrastructures feront certes la fierté des nigériens. S’ils l’admettent volontiers devant le fait accompli, ils s’interrogent cependant sur leurs pertinences dans le contexte économique d’un pays que vous avez beaucoup de peine à sortir de son extrême pauvreté, un contexte d’austérité ayant servi de socle aux lois des finances 2018 et 2019 tant décriées par la société civile.

Les nigériens disent savoir à présent que toutes ces infrastructures serviront beaucoup plus à flatter votre égo qu’à améliorer leurs conditions de vie précaires. Engagées sans appels d’offres, ils ont compris qu’elles serviront aussi à générer des rétros commissions aux apparatchiks de votre système.

Déjà asséchés financièrement, peinant à payer leurs factures d’électricité et déshydratés sous l’effet de la forte chaleur du moment quede longues coupures d’électricité attisent quotidiennement, les nigériens se sont définitivement fait une idée de vous.

Quand vous vous obstinez à obtenir quelque chose, très souvent d’ailleurs aux antipodes de ce qu’ils attendent de vous, les moyens et le temps ne vous font jamais défaut. Rien absolument, rien ne peut vous y dévier. Au point où même si vos proches vous voient foncez droit dans un mur, personne autour de vous ne peut vous alerter. Gare en effet à celui qui tente de vous en dissuader. Aussi proche de vous qu’il se trouve être, celui-ci perdra la possibilité de s’adresser à vous de nouveau. Vous êtes ainsi fait selon ceux qui vous connaissent le mieux.

Les nigériens disent être convaincus que si la moitié de l’obstination dont vous pouvez faire montre dans vos projets était utilisée pour régler leurs problèmes d’eau et d’électricité depuis votre arrivée au pouvoir, ils ne seraient pas là, à manquer d’eau et d’électricité en cette période caniculaire du mois béni de ramadan. Ils disent que si vous aviez utilisé le tiers de votre détermination ou plutôt de votre entêtement qui leur rappelle les moments forts de la pose de vos rails Niamey-Dosso, la maternité centrale Issaka Gazobi ou les services des urgences de l’hôpital national deNiamey et certainement bien d’autres centres sociaux de base, ne seraient pas dans leur états moribonds d’aujourd’hui.

Ils ont compris que si trois fois moins de cette détermination ou de cette obstination qui vous colle désormais avait été consacrée dans la résolution de la crise universitaire et scolaire, nos universités et nos écoles ne seraient plus dans ces crises persistantes. Mais ils savent aussi que vous et les animateurs de votre régime ignorent totalement leurs souffrances du moment. Et pour cause, votre palais et les résidences de vos proches sont équipés de groupes électrogènes qui vous procurent généreusement la part d’électricité quotidienne que la NIGELEC refuse de leur fournir. Ils constatent avec regret que les ronronnements des moteurs de ces puissants groupes électrogènes vous empêchent d’entendre leur désarroi, vous éloignant encore plus des réalités de votre pays. Si bien, disent-ils, qu’à chaque fois qu’ils ont l’occasion de vous écouter parler de votre bilan à la tête du pays, ils se rendent compte que le Niger dont vous parlez est totalement différent de celui dans lequel ils vivent.

Ils s’en ont fait une raison car constatent-ils, du Niger, vous ne connaissez plus que votre palais, vos chantiers de prestige et le chemin qui, de votre palais-forteresse, entre une haie de blindés, vous conduit à l’aéroport international Diori Hamani d’où décolle et atterrit régulièrement votre Mont Greboune. Ils vous observent passant votre temps à voler et à voler, survolant à altitude de croisière leur misère quotidienne. Ils en vont jusqu’à ironiser en disant que vous totalisez à présent les heures de vol nécessaires pour être commandant de bord sur Boeing 737-700.

Ah, ces nigériens avec leur sens d’humour ! Ils commentent à leur manière la récente radiation d’un général des FAN pour, ont-ils compris, n’avoir jamais effectué de visite sur le terrain peut-être pour manque de courage… Ils disent pourtant ne jamais se souvenir d’une seule visite du Chef suprême des armées sur le théâtre des opérations afin de remonter, comme ils le voient ailleurs, le moral de la troupe au moment où nos vaillants soldats se font régulièrement fauchés par les balles des obscurantistes islamistes.

J’ai estimé qu’il est de mon devoir de porter ces causeries intéressantes des nigériens à votre connaissance.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.

Labizé

18 mai 2019
Source : Le courrier

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