Luttes politiques et sociales : Quand nos lâchetés nous brisent !

iAu Niger, depuis la conférence nationale, les différentes couches sociales, regroupées au sein des syndicats, des partis politiques, de la société civile, ont su mettre ensemble, leurs forces et leurs intelligences pour faire face aux défis qui se posaient à la nation et à la démocratie pour laquelle, certains ont su, par la sincérité de leurs combats, payer le prix du sang. Ainsi, pour que vienne la démocratie, l’on avait lutté ensemble, notamment avec les scolaires nigériens, les syndicats, avec à l’arrière-plan des luttes, des partis politiques naissants que des calculs rendaient alors plus discrets dans leur engagement. A l’époque, la synergie avec ces différents groupes sociaux et politiques était normale et se justifiait au nom de l’intérêt supérieur de la nation. Les Nigériens, pouvaient alors lutter ensemble, dans la synergie des différentes corporations, pour les mêmes causes, pour les mêmes ambitions, celles notamment de voir leur pays émerger, évoluer dans le concert des nations. Mais depuis l’avènement de la Renaissance, la lutte a perdu de son entrain, si elle ne donne pas d’ailleurs, une image négative de ceux qui peuvent encore s’y engager, poussés par leurs convictions et par des situations à tout le moins inexcusables. Ainsi, ne pouvant supporter de vivre des contradictions pendant qu’ils gouvernent, les socialistes nigériens ont adopté une stratégie à trois options pour annihiler toute adversité pouvant les contrarier.

Entretenir la classe ouvrière…

Les syndicats, y compris les centrales syndicales, l’USN, l’Union des Scolaires Nigériens, sont connus pour leur tradition de lutte. Il fallait donc ne pas les avoir sur son dos. Déjà, avant d’arriver au pouvoir, sans que d’autres structures politiques ne puissent le soupçonner, certains responsables de ces organisations, luttant sous le fallacieux prétexte de « défendre les intérêts matériels et moraux de militants », étaient en mission commandée, poussés par des tuteurs politiques au nom desquels, ils agissaient avec hargne et insolence pour vilipender des régimes, et leur rendre la vie difficile, en restant intransigeants par rapport à leurs revendications. Arrivés au pouvoir, les camarades, pour service rendu, donnent à chacun sa récompense avec nombre d’acteurs syndicaux bien connus qui occupent depuis huit ans, des positions dans le système Guri. Il a suffi que les socialistes viennent au pouvoir pour qu’on se rende compte du deal qu’il y avait entre eux : alors que pendant huit ans de gestion, les socialistes qu’on prétend être si proches des classes ouvrières, n’arrivaient pas à respecter un engagement pris avec les « amis syndicalistes », en payant notamment deux listes d’incidences financières, et ce dans l’espoir, de liquider la tonne d’impayés que l’Etat doit à ses agents, aucun ne peut piper mot, laissant faire, et les arriérés se tassent. Et pourtant, quel bruit et quel tapage n’avaient pas fait les syndicats au temps de Tandja pour « exiger » de payer ces arriérés, ces incidences, souvent en allant en grève pour essayer de forcer à les payer. Aujourd’hui, aucun de bronche, alors même qu’un accord lie les centrales au gouvernement, relativement à l’apurement des incidences financières liées aux avancements et aux reclassements. Pour une fois, les amis peuvent comprendre les problèmes de leurs camarades pour ne pas trop leur en rajouter. On aura compris, qu’il ne faut pas déranger un partenaire, un allié même lorsqu’il ne peut honorer ses engagements ; il fallait lui rendre la tâche facile en comprenant ses difficultés et même sa mauvaise foi.

Les observateurs ont pu alors remarquer la nonchalance des syndicats, des centrales, de l’USN, devenus très gentils à comprendre un gouvernement qui est pourtant incapable de répondre à leurs préoccupations et qui plus, gère mal et malmène la démocratie au nom de laquelle, en d’autres temps, ils prenaient prétexte, pour justifier leurs luttes et leurs engagements. Il est vrai que si l’on peut le déplorer en ce qu’ils trahissent une tradition que les Nigériens leur reconnaissent, au moins, peut-on s’assurer que demain, lorsqu’un autre gouvernement viendra, aucun, pour le peu de scrupule qui peut lui rester, ne peut avoir le courage et l’outrecuidance de s’engager dans un autre combat parce que tout le monde aura compris par leurs silences complices de ces temps pourtant difficiles pour le peuple, que leur combat ne vise que des hommes, non des pratiques, que leur luttes ne se font que contre certains visages, non pour promouvoir des vraies valeurs. Allez savoir la raison !

Mais cette option ne peut fonctionner que lorsque le régime, en même temps, divise les différentes structures qui se trouvent en face de lui, pour les isoler et les fragiliser.

Diviser pour régner….

Qui ne peut pas se rappeler, Issoufou Mahamadou, alors opposant, à la place de concertation, haranguant les foules, plaignant Tandja Mamadou d’être le « Plus Grand Diviseur Commun » (PGDC) ? Qui pouvait alors croire qu’un tel homme qui dénonçait ce qui divise les fils et les filles d’un même pays, puisse user des mêmes pratiques décriées, pour assoir son pouvoir ? Aucun autre régime, n’a aussi divisé et opposé les Nigériens que celui d’Issoufou Mahamadou. Les syndicats sont divisés, la société civile avec aujourd’hui, une qui se réclame officiellement et sans pudeur, non sans fierté aussi, proche du pouvoir. Ceux qui ont le plus souffert de ces divisions sont les partis politiques qui ont subi la campagne de concassage menée à coups de frics, de menaces, de corruption, de nomination. Tous les partis politiques, tant de la mouvance que de l’opposition sont ainsi traversés par le PNDS qui a entretenu en leur sein des rébellions qui leur ont imposé des procès interminables et coûteux, rebellions qui ont fini par les affaiblir. Le MNSD, la CDS, le MODEN FA LUMANA, AMINE-AMEN, et depuis des jours, KIISHIN KASA d’Ibrahim Yacoubou mis aux enchères publiques de la Renaissance, ont tous connu des moments d’agitation. Par cette pratique malsaine, on aura compris que les socialismes ne croient pas à leur force, sachant bien que la force dont ils se targuent, n’est que le fait d’élections truquées, tronquées qui sont loin de déterminer leur représentativité électorale alors des plus douteuses. Le seul avantage de cette campagne, c’est d’avoir séparé les Nigériens en deux catégories : les intestins fragiles capables de trahison, de toutes les fourberies, indignes de confiances, et les Nigériens dignes, capables de résistance, pour défendre avec honneur et conviction des valeurs dans la démocratie et dans la nation. L’on sait désormais de quel côté se trouvent ceux à qui l’on ne saurait faire confiance et ce qui, contre vents et marées, peuvent s’engager, au péril de leur vie, pour des causes justes, moralement et politiquement défendables, tant que c’est pour le Niger et les Nigériens, les seuls desquels ils peuvent se revendiquer. Et désormais, les Nigériens savent qu’il y en a avec qui, il est impossible de pactiser, de concevoir et de construire ensemble, tant ils sont incertains et instables, tournant comme girouettes au gré des vents et des fumets du pouvoir. Qui peut désormais faire confiance à Kassoum Moctar, à Seini Oumarou, à Dr. Adal Rhoubeid, à Alhassane Intinikar, et à tant d’autres intestins fragiles qui peuplent les allées du pouvoir de la Renaissance ? De ce point de vue, l’on ne peut que féliciter les socialistes d’avoir permis de mieux comprendre certains acteurs et de savoir se méfier d’eux et de ne pas commercer en politique avec eux car capables de trahir à tout moment.

Pour s’éviter toute contestation, les socialistes, en fins stratèges, se sont employés à traquer la structure qui peut porter le combat de l’opposition, forte de sa représentativité dans le pays et de la stature de son leader. Ainsi, le parti de Hama Amadou, finit-il par se retrouver dans le collimateur du système, subissant persécutions diverses, prison, calomnie, dénigrement.

Diaboliser les groupes les plus déterminés dans leurs luttes Il y avait d’abord les journalistes qui devraient entendre dire, parce qu’ils critiquent, non à des buts de malveillance, mais pour aider le régime à connaitre ses défauts et de les corriger pour mieux répondre aux attentes des Nigériens, qu’ils ne sont que des ennemis du système et qu’ils devraient être traités comme tel. Celui qui l’avait dit dans ses zèles à servir un système qui l’écrase aujourd’hui, peut bien déplorer aujourd’hui ses subjectivismes et ses arrogances, vivant le remord de son activisme. Ainsi, beaucoup avaient fini par vivre ostracisme, harcèlement, prison, bâillonnement, sévices corporels avec ces journalistes copieusement rosés lors de manifestations de rue, un autre, devait en plus de sa traque, de sa prison, se voir à la suite d’un sauf-conduit, jeté à la frontière, lui déniant sa nationalité et ses droits civiques. On n’a jamais connu cela dans le pays. Et pourtant combien sont-ils ceux dont on connait les origines hors du Niger ? Ces excès et ces extrémismes ont fini par mettre à mal notre fierté du vivre-ensemble séculaire.

Mais c’est surtout le parti de Hama Amadou, ses responsables et ses militants qui seront les plus poursuivis par le régime, les accusant de tous les maux pour les discréditer. Ainsi, le parti était diabolisé à dessein, le présentant comme un parti « ethniciste » quand même ils savent que le parti, dès sa création a un ancrage national avec des députés élus sous sa bannière dans toutes les huit régions du pays, et surtout comme un parti « terroriste », ainsi que Hassoumi Massaoudou, le même Rambo, alors ministre de l’Intérieur d’une époque de terreur, se plaisait à le dire, pour trouver le moyen de régler des comptes. Et la pression fut forte sur le parti et sur ses militants et leurs responsables, avec son leader régulièrement élu, mais déchu de manière brutale de son perchoir, lui arrachant jusqu’à son titre de député que lui donnaient des Nigériens, et ce, en ne respectant aucune procédure en la matière, se servant juste d’un bureau incomplet pour lever une immunité et trainer l’homme dans la boue.

Mais l’Histoire jugera.

La terreur est si forte d’ailleurs qu’il est arrivé que personne, ne pouvait s’approcher du parti et de ses militants que l’on présentait aussi comme des apatrides et des acteurs violents qu’aucun autre ne doit courtiser pour oser lutter avec. Il n’y avait plus que Mamane Ousmane, Souley Oumarou, Mme. Bayar Gamatié à avoir l’intelligence de comprendre l’intox et les visées d’une compagne de dénigrement et l’audace de se démarquer d’une telle démarche dangereuse dans une nation fragile qui avait besoin de consolider les fondations de sa cohésion. On comprenait alors pourquoi, autour de ce parti, bien de structures étaient réticentes à se fédérer pour former un large front pouvant faire face à un pouvoir inique. Ainsi, voit-on l’inefficacité des luttes que mènent les Nigériens depuis six ans, chacun allant dans son coin, revendiquant non pas pour le pays ce qui, pour tous est essentiel, mais se bornant à ne se contenter que de revendications corporatistes ? On comprend donc pourquoi, le syndicat des médecins spécialistes, le syndicat des enseignants chercheurs, le syndicat des Impôts, les syndicats des enseignants, après de longues grèves, n’arrivent pas à se faire entendre : comme quoi les luttes isolées ne peuvent pas porter. Il est d’ailleurs arrivé aujourd’hui que personne ne croit plus aux syndicalistes nigériens surtout quand on sait qu’à la suite de mouvements qu’ils avaient décrétés, certains de leurs militants, et ils sont nombreux, avaient été radiés, sans qu’ils ne soient capables de les défendre. La Renaissance fait ce qu’elle veut en face d’acteurs qui ont cru à son amitié et qui ont naïvement cru qu’on pouvait surfer sur les deux frontières, politique et syndicale. Un syndicaliste togolais, reconnaissait cette situation sur rfi où, à l’occasion de la fête du 1er mai, il notait que « le mouvement syndical est en train de trainer sur le continent », manquant à ses responsabilités, ne pouvant ni conquérir de nouveaux acquis, a fortiori préserver ceux que d’autres, avant eux, de haute lutte, avaient arrachés.

Il est temps de comprendre qu’il y a aujourd’hui urgence à changer de fusil d’épaule. La grande maxime marxiste est plus que jamais d’actualité si les Nigériens veulent changer quelque chose dans le pays et sauver ce qui reste de leur liberté : « Prolétaires du monde, unissez-vous ! ». Il n’y a pas d’autres alternatives que de se mettre ensemble, pour lutter et pour triompher enfin. Si, pour les mêmes calculs, les mêmes considérations, il y en qui devraient se soustraire d’une telle synergie, alors, il faut définitivement l’admettre : nous serions devenus ce peuple lâche, incapable de combat et de sacrifice, définitivement soumis, pour vivre éternellement dans les fers de son assujettissement. Et c’est la pire des choses qui puisse arriver à un peuple digne qui ne manque pourtant pas de références dans son histoire. Ibrahim Yacoubou faisait l’appel, pour éviter de ne pas rentrer dans l’histoire, de manquer le rendez-vous de l’Histoire, avec grand « H ». Il reste aux Nigériens de choisir et de se déterminer. N’est-ce pas de la lâcheté d’ailleurs que certains, comprenant bien, à une époque, la lutte du Moden Fa Lumana, à l’ombre la salue, mais ne pouvant pas avoir le courage de s’y joindre. Depuis des mois, ils sont d’ailleurs nombreux à plaindre qu’il se soit hiberné, croisant les bras et les pieds, pour regarder faire, comme d’autres le font, malgré leurs souffrances. Lâchement. Ibrahim Yacoubou seul, Hama Amadou seul, et leurs militants, quelle que soit leur détermination, si ce n’est pour se faire du mauvais sans, ne peuvent porter le combat de tout un peuple, ne peuvent pas lutter pour tous les Nigériens même si ces derniers sont sincères à comprendre leur lutte, et à la défendre dans leur silence. La preuve, aujourd’hui que ça ne vas pas, l’Opposition n’est pas seule à en souffrir : tous subissent les affres de la mauvaises gouvernance, de l’injustice, du mal-vivre général et du mal-être généralisé qui se ressent dans le peuple, des campagnes comme des villes. C’est ensemble qu’ils peuvent lutter et triompher. Mais la Renaissance à travailler à éviter qu’ils se mettent ensemble. Pour lutter. Pour triompher.

C’est sans doute ce qui est arrivé à la société civile qui avait porté le flambeau de la lutte citoyenne des Nigériens. Leur arrestation, leur incarcération, leur diabolisation, avec certains qui restent encore en prison sans que les organisations de défense des droits de l’homme ne s’en saisissent, ont fini par les ramollir, en brimant leur moral, mais plus le comportement du peuple au nom duquel ils s’engageaient. C’est du moins l’impression qu’ont beaucoup de Nigériens. Mais sans doute qu’eux aussi sont très déçus du comportement d’un peuple attentiste qui applaudit en silence ses combats mais quine peut la rejoindre sur le théâtre de la lutte, en partant dans la rue, non pas pour la soutenir, mais pour se déterminer, parce que cette lutte, est d’abord la sienne. A quoi bon, lutter pour un peuple amorphe, presque heureux de vivre sa misère et les injustices qui la brisent ? Comment comprendre qu’on ne puisse pas mobiliser à la hauteur du mal-être qui se vit dans le peuple et pendant que partout, l’on salue la détermination de ces jeunes acteurs qui ont fait courageusement le choix de la nation et de la patrie, du vrai contre le faux ? Il y a à regarder les drôleries d’un peuple qui ne peut se donner les moyens de sa détermination pour vivre digne et libre. Pour autant, la société civile ne doit pas baisser les bras étant entendu qu’elle mène un combat noble et juste, ne serait-ce que pour ces populations de Diffa et de Tillabéri qui vivent, sans que leurs autres frères et sœurs du reste du pays ne ressentent leurs douleurs, les souffrances de l’insécurité qu’elles endurent depuis des temps que ça ne vit plus chez elles.

L’heure est pourtant grave. Elle a sonné, appelant à notre vaillance car la démocratie se meurt et l’insécurité envahit notre espace, la misère nous cerne les talons, brimant notre dignité de peuple fier. C’est le Niger qui nous appartient. C’est notre grand bien. Pensons-y. Et prenons-en soin. Par la lutte et le sacrifice s’il le faut. L’heure de la mobilisation a sonné, comme le criait, le jeune leader du MPN, à la tribune de la dernière manifestation de son front.

L’heure est grave. Dès lors, les Nigériens doivent repenser leurs stratégies de lutte. Et il n’y a pas d’autres choix que de se mettre ensemble, en créant un large front pour faire face à un régime qui n’écoute pas et n’a aucune volonté de construire par le dialogue.

Il faut que régime entende ces cris, ces cris de cœur, ces coups de gueule de Nigériens qui n’en peuvent plus, mis presque dos au mur par l’intolérance et les extrémismes d’une gouvernance : par la misère, par l’injustice, par l’arrogance des princes. Ce qui est arrivé – et on peut continuer à croire que les peuples ne sont pas les mêmes – en Algérie, et au Soudan, toutes choses qui avaient surpris plus d’un observateurs, est une leçon, une belle leçon pour ceux qui savent regarder, et sans doute aussi, un avertissement pour ces dirigeants garrottés au fantôme de leurs suffisances et de leurs vanités pour croire qu’ils peuvent dominer l’histoire, la téléguider à leur convenance.

L’histoire est incontrôlable. Faisons attention. Soyons humbles car nous ne sommes que des mortels !

ISAK. 

16 mai 2019
Source : Le Nouveau Républicain

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