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Le Président Issoufou Mahamadou a participé dimanche après-midi au Premier Forum de Paris pour la Paix

Le Président Issoufou Mahamadou a participé dimanche après-midi au Premier Forum de Paris pour la PaixQuelque 70 Chefs d’Etat et de Gouvernement dont le Président Issoufou Mahamadou ainsi que les dirigeants des Organisations Internationales ont participé dimanche après-midi, 11 novembre 2018, au Premier Forum de la Paix à la Grande Halle de La Villette (XIXe arrondissement de Paris).

Ce forum, organisé à l'initiative de la France, à l’occasion de la commémoration du centenaire de l’Armistice de la Première Guerre Mondiale, a été axé sur la paix et  le multilatéralisme.

Il a été marqué par plusieurs discours notamment ceux du Président français Emmanuel Macron, de la Chancelière allemande, Angela Merkel, du Secrétaire Général de l'ONU, António Guterres, et du Président de la République Issoufou Mahamadou.

Dans une intervention lors de ce forum, le Président de la République a d’abord  remercié le Président Emmanuel Macron « pour avoir bien voulu honorer le Niger, en nous associant à la commémoration du centenaire de l’armistice du 11 Novembre 1918. »

Le Chef de l’Etat a également salué « l’opportunité et la pertinence de l’organisation d’un forum sur la paix et la sécurité en marge de cet important évènement. »  Evoquant la situation internationale « devenue très complexe », le Président Issoufou Mahamadou a dit que « tout doit être mis en œuvre pour éviter que la lutte contre le terrorisme soit perçue comme un choc entre civilisations ». En dépit de la demande pressante des pays membres du G5-Sahel, « nous n’arrivons pas à mobiliser la solidarité internationale en vue d’un soutien multilatéral durable à la force conjointe mise en place pour lutter contre le terrorisme et le crime organisé », a-t-il noté. Le Chef de l’Etat est accompagné, dans ce déplacement, de la Première Dame Dr. Lalla Malika Issoufou, M. Ouhoumoudou Mahamadou, Ministre Directeur de Cabinet du Président de la République, M. Kalla Ankouraou, Ministre des Affaires Etrangères, de la Coopération, de l’Intégration Africaine et des Nigériens à l’Extérieur et M. Kalla Moutari, Ministre de la Défense Nationale.

Intervention Son Excellence Monsieur MAHAMADOU ISSOUFOU, Président de la République du Niger, Lors de la Conférence de Paris pour la Paix

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de remercier le Président Emmanuel Macron pour avoir bien voulu honorer le Niger, en nous associant à la célébration du centenaire de l’armistice du 11 Novembre qui avait mis fin à la première guerre mondiale.

Permettez- moi également de saluer l’opportunité et la pertinence de l’organisation d’un forum sur la paix et la sécurité en marge de cet important évènement. En effet, on ne peut trouver meilleure occasion pour discuter d’un tel thème que cette première guerre totale de l’histoire dans laquelle les belligérants se sont affrontés avec des armes nouvelles, dans les airs, sur terre, sur et sous les mers. Les conséquences de cette guerre sur le plan humain (des millions de morts et de blessés), sur le plan matériel et sur le plan financier (ruine et endettement des belligérants) ont été catastrophiques avec à la clé le déclin de tous les belligérants. Comme d’autres guerres avant elles, cette guerre n’a pas amené l’humanité à comprendre et à conclure définitivement que la paix est généralement toujours plus avantageuse que la guerre. Je suis convaincu que même les progrès scientifiques et techniques que certains conflits ont pu permettre auraient été réalisés par l’humanité dans la paix comme beaucoup d’exemples le prouvent. Non seulement une telle leçon n’a pas été tirée mais une autre guerre en a été une des conséquences : la seconde guerre mondiale, conflit le plus meurtrier et le plus destructeur de l’histoire de l’humanité.

Mesdames et Messieurs,

La guerre, dit-on, est la poursuite de la politique (au sens large) par d’autres moyens. En effet, l’histoire de toutes les guerres confirme qu’elles ont toujours été entreprises pour des raisons politique, économique, sociale ou culturelle notamment religieuse. Or ces causes sont permanentes au sein des sociétés ou dans les relations internationales. Par conséquent, pour conjurer les guerres, il faut des institutions étatiques et internationales capables d’imposer la paix et d’assurer la sécurité.

C’est certainement pour cette raison qu’à la fin du second conflit mondial, ont été mises en place l’Organisation des Nations-Unies et les institutions de Bretton Woods pour assurer la stabilité et la croissance économiques mondiales d’une part, la paix et la sécurité collectives d’autre part.

Aujourd’hui, nous faisons face à des situations nouvelles : en effet, depuis 1945, des nations nouvellement indépendantes sont nées, la guerre froide qui opposait deux supers-puissances est terminée depuis bientôt trente (30) ans, avec l’apparition de nouvelles puissances (y compris nucléaires) et de pays émergents, le monde est devenu plus multipolaire, le monde connaît une nouvelle révolution industrielle, celle des nouvelles technologies de l’information et de la communication, notre planète est de plus en plus menacée par les conséquences du changement climatique, le défi démographique et les phénomènes migratoires deviennent préoccupants, le conflit israélo-palestinien s’enlise chaque jour davantage, de nouveaux acteurs non étatiques apparaissent désormais dans les conflits qui deviennent de plus en plus asymétriques notamment dans le cas du terrorisme. Par ailleurs, depuis 1945, le monde est devenu plus riche mais les inégalités sont devenues plus fortes : inégalités plus fortes entre pays pauvres et pays riches qui, avec 16% de la population mondiale, disposent de 70% de la richesse mondiale ; inégalités plus fortes à l’intérieur des pays : en Afrique subsaharienne, les 10% les plus riches possèdent 54% de la richesse nationale ; les 10% de la planète les plus riches possèderaient 83% de la richesse mondiale tandis que les 62 personnes les plus riches posséderaient l’équivalent du revenu des 3,6 milliards les plus pauvres. Il semble que pendant les 40 dernières années, les 1% les plus riches ont profité deux fois plus de la croissance des revenus que les 50% les plus pauvres. On note aussi que 11% de la population mondiale n’ont pas accès à l’eau potable, une personne sur 7 n’a pas accès à l’électricité, que 800 millions de personnes souffrent de sous-alimentation et que dans les pays pauvres, un enfant a une chance sur 6 de mourir avant l’âge de 5 ans contre une chance sur 165 dans les pays riches. Quand on ajoute à toutes ces statistiques les flux financiers illicites et les capitaux spéculatifs qui circulent dans le monde, nous sommes loin du monde juste et humain que nous voulons.

Mesdames et Messieurs,

Comme nous venons de le voir la situation internationale est devenue très complexe. En particulier tout doit être mis en œuvre pour éviter que la lutte contre le terrorisme soit perçue comme un choc entre civilisations. Huntington a écrit : « les grandes causes de division de l’humanité et les principales sources de conflits seront culturelles. Le choc des civilisations dominera la politique mondiale. Les lignes de fracture entre civilisations seront les lignes de front de l’avenir. ». J’espère qu’il n’en sera pas ainsi. Je fonde l’espoir que pour assurer la paix et la sécurité collectives, pour surmonter les défis qui se posent aujourd’hui à l’humanité, les institutions internationales mises en place en 1945 vont être réformées, sinon même refondées parce qu’elles ne sont plus adaptées aux réalités mondiales actuelles. Elles présentent, en effet, des faiblesses amplifiées, par ailleurs par le recul du multilatéralisme et le retour au protectionnisme. Au Sahel nous en faisons aujourd’hui les frais car, en dépit de la demande pressante des pays membres du G5-Sahel, nous n’arrivons pas à mobiliser la solidarité internationale en vue d’un soutien multilatéral durable à la force conjointe mise en place pour lutter contre le terrorisme et le crime organisé. Pourtant, c’est bien le Conseil de sécurité qui a pris la décision d’intervenir en Libye, ce qui a abouti non seulement à créer une situation de chaos dans ce pays mais aussi à amplifier toutes les menaces auxquelles le Sahel et le bassin du lac Tchad sont confrontés. Aussi, le présent forum sur la paix et la sécurité est-il la tribune idéale pour rappeler à la communauté internationale ses devoirs de solidarité vis-à-vis du Sahel dont les Etats investissent des ressources financières sans rapport avec leur capacité budgétaire pour assurer la paix et la sécurité, ce bien public mondial, face à des menaces sans frontière.

Mesdames et Messieurs,

Que le Sahel ne bénéficie pas pleinement de la solidarité internationale, cela n’est pas dû seulement au recul du multilatéralisme. En vérité, comme nous l’avons déjà dit, les Nations-Unies doivent être réformées. Plus précisément, afin de rendre la gouvernance politique mondiale plus démocratique, le Conseil de sécurité doit être élargi et les prérogatives de l’Assemblée générale renforcées. Le chaos créé en Libye me renforce dans cette conviction de la même façon que l’accroissement des inégalités dans le monde et le défi migratoire me renforcent dans la conviction que le monde a besoin d’une gouvernance économique plus juste. Cela implique la réforme des institutions de Bretton Woods, c'est-à-dire le FMI et la Banque mondiale, sans oublier l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC)

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de renouveler mes chaleureuses félicitations au Président Emmanuel Macron pour la parfaite organisation de la célébration du centenaire de l’armistice du 11 Novembre mettant fin à la première guerre mondiale et la parfaite organisation du présent forum. Permettez-moi de rappeler que la science démontre et l’expérience historique confirme que la rivalité et la violence sont inscrites dans les gènes de l’homme. Par conséquent, il faut des institutions démocratiques fortes au niveau national comme au niveau international pour imposer la paix et la sécurité dans le monde. Permettez- moi enfin de finir ce plaidoyer par ce mot de Nelson Mandela : « personne ne pourra se reposer en paix tant que des gens seront courbés par le poids de la faim, des maladies, du manque d’éducation, et tant que des millions d’autres personnes à travers le monde vivront dans l’insécurité et la crainte quotidienne. »

JE VOUS REMERCIE./.

Paris 11 Novembre 2018

Source : https://www.Presidence.Ne

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