Élections partielles : Des milliards pour un député en or !

Assemblee Nat Niger 2016 NigerL’on sait que la renaissance n’a plus d’argent et depuis quelques jours, faisant face à une situation financière aiguë, elle doit, au risque de se voir accusée de ne pas respecter la constitution, organiser une élection législative partielle. Avec un cas qu’elle n’avait pas prévu, elle dit, pour faire droit à une exigence constitutionnelle, qu’elle voudrait organiser une élection partielle pour pouvoir à un poste vacant de député, suite au décès d’un suppléant qui avait remplacé son titulaire « appelé à d’autres fonctions ». Et le président a déjà pris un décret convoquant le collège électoral. Le budget pour élire à ce poste un seul homme, selon les estimations de la CENI controversée, frôle le milliard, sinon va au delà. Et naturellement l’on se demande pour quelle pertinence, peut-on consentir un tel sacrifice pour un pays qui ne manque pas de défis, pour un pays qui ne manque pas de revendications à satisfaire et qui ajoutent, on le sait, à l’instabilité que vit le Niger. Au-delà des exigences constitutionnelles, pour des gens qui ont souvent allégrement violé la loi fondamentale, peut-on comprendre – non du point de vue du droit mais du bon sens – que tant de milliards soient dilapidés pour convoyer au parlement un député dont on pourrait se demander l’utilité pour le Niger et pour sa démocratie alors même que ces nombreux millions auraient pu servir à calmer des colères de milliers de Nigériens et sauver une école à la dérive ?

 

C’est dans ce sens qu’il faut comprendre les débats que cette situation a suscités marquant des divergences de Nigériens qui ne voient pas l’intérêt et l’urgence d’un tel scrutin quand des urgences attendent, faute d’argent. Ce poste en jeu, n’a aucun enjeu sur les différents pôles à l’assemblée, pour retirer ou donner à un autre une majorité. Et puis, que peut-il changer ce député, ne serait-ce que par ses opinions qu’il aura à émettre et à défendre, à l’assemblée ? Certains n’y voient alors qu’un gâchis car en vérité, même ce nombre ostentatoire de députés porté à plus de 170, n’était dicté par aucune urgence, par aucune nécessité si ce n’est les fantaisies de socialistes préoccupés de faire une place à tous ses hommes.

Mais plus que ces considérations, le problème que pose la perspective de ces élections partielles, c’est la problématique de la validé de ces élections quand on sait qu’aux partenaires, refusant d’organiser les élections locales et régionales, le gouvernement a soutenu que le fichier est d’une telle mauvaise qualité qu’il ne serait pas possible de tenir des élections transparentes et acceptables avec. Et pourtant, c’était avec le même fichier incriminé que les élections législatives et présidentielles avaient été organisées. Alors qu’on le lui faisait remarquer, le régime avait refusé d’entendre raison, et a tenu à se faire réélire avec et à avoir l’assemblée que l’on sait et qui est loin de donner la réelle représentation de la configuration politique à travers les partis politiques que l’on a sur l’échiquier. La Renaissance, peut-elle avoir demain, des arguments à refuser d’aller aux élections locales et régionales, quand, pour remplacer un député décédé, elle ne peut se servir que du même fichier qui lui a pourtant permis de remplier et qu’il a enfin dénoncé à son tour comme pour donner raison à l’opposition ?

Comme on le voit, il n’y a pas de cohérence dans ce que fait la Renaissance et enfin, par ce jeu malsain, elle montre à la face du monde, qu’elle n’avait jamais été de bonne foi à organiser  des élections transparentes au Niger pour ainsi discréditer notre démocratie et donner ce faisant une mauvaise image de sa gouvernance.

Il faut donc reconnaître que dépenser tant de milliards pour un seul député dont on se demande qu’elle pourrait être son utilité dans un pays où les opinions ne comptent pas quand l’assemblée nationale inféodée au pouvoir exécutif n’est plus qu’une caisse de résonance, au service du régime, n’est plus qu’une fantaisie que ce Niger des malaises et de la sécheresse financière ne peut s’autoriser. Mais peut-être que le régime compte sur des partenaires, pour réunir les fonds nécessaires à l’organisation de ces élections partielles qui pouvaient franchement attendre. Ces partenaires, peuvent-ils continuer à croire qu’il y a de la démocratie au Niger, pour soutenir un scrutin qui ne peut qu’être une mascarade, faisant abstraction des malaises qu’il y a aujourd’hui dans le peuple ?

Mais si le régime s’entête à tenir cette élection sans enjeu pour un pays malade, alors, et l’opposition, et les partenaires du Niger qui défendent la démocratie et son ancrage, et la société civile, doivent ensemble exiger que soient tenues les élections locales et régionales mais tout en poussant le régime à œuvrer à l’élaboration d’un fichier biométrique consensuelle pour les élections générales de 2021 car ces élections ne sont pas plus importantes que des élections présidentielles et législatives pour que le fichier ayant servi à leur organisation ne puisse pas servir à ces autres élections. Dans ces tâtonnements, dans ses doutes, le régime se fait surprendre en montrant aujourd’hui que s’il n’avait pas tenu aux élections locales, la raison pouvait être ailleurs que dans la qualité du fichier qui lui a pourtant servi à se faire réélire. Ceux qui doutaient, ont enfin la preuve que le régime actuel souffre d’un certain déficit de légitimité que pourrait confirmer des élections de proximité qui peuvent bien montrer au monde qui nous regarde que le parti présidentiel ne pouvait pas avoir la représentativité qu’une tricherie lui a permis de se tailler.

Les Nigériens sont donc avertis ; l’opposition surtout pour savoir que par rapport aux élections locales, ils ne seront plus pardonnables à laisser faire, à ne plus exiger que des dates raisonnables ne soient pas données pour rassurer la démocratie et les populations.
C’est assez de jouer et de se jouer ainsi de notre démocratie !

23 mai 2017 
Source : Le Canard en Furie