M. Ibrahim Miko dit Angoula, président de la Délégation spéciale de la ville de Maradi : «Autant les citoyens doivent exiger et espérer de leur commune, et de leurs dirigeants, autant ils doivent aussi s’impliquer dans les affaires de la cité...»

M. Ibrahim Miko dit Angoula, président de la Délégation spéciale de la ville de Maradi : «Autant les citoyens doivent exiger et espérer de leur commune, et de leurs dirigeants, autant ils doivent aussi s’impliquer dans les affaires de la cité...»Monsieur le président, la ville de Maradi est menacée par un certain nombre de koris, quelles sont les dispositions prises pour faire face à ces dangers potentiels avant la prochaine saison des pluies ?

D’abord, permettez-moi de vous remercier, vous et votre Journal, Sahel Dimanche, de m’avoir donné l’occasion et l’opportunité de parler de la ville de Maradi dont nous avons la charge de gérer et d’administrer depuis le 18 novembre 2019, date de notre installation officielle, en notre qualité de Président de la Délégation Spéciale.

Au nom de tous les autres membres de la Délégation Spéciale, je présente au Journal Sahel Dimanche, à ses journalistes et aux citoyens de la ville de Maradi, nos meilleurs vœux de santé, de bonheur, de prospérité et surtout de paix et de quiétude sociale, ainsi qu’à l’ensemble du peuple nigérien, dans son ensemble. Nous n’oublions pas que pendant les dernières semaines écoulées, nous avons perdu beaucoup de nos compatriotes des forces de défense et de sécurité qui sont morts sur le champ d’honneur, l’arme à la main, emportés par la folie meurtrière de terroristes sans foi ni loi. Nous prions pour que Dieu les accueille dans son paradis éternel et souhaitons prompt rétablissement aux blessés. S’agissant à présent de votre question relative aux menaces que constituent les Koris dans la ville, j’avoue que cela nous préoccupe, quand on sait les risques, les dangers et les conséquences résultant des dégâts des eaux de ruissellement dans une ville (inondation, effondrement des infrastructures et souvent des pertes en vies humaines). Les dispositions à prendre pour y faire face, découlent des solutions qui s’inscrivent dans une vision d’ensemble, d’aménagement de l’espace urbain et donc pour être durables et pertinentes ces dispositions se situent dans le court, moyen et long terme. Relativement à votre question et donc à court terme, avant la prochaine saison des pluies, nos actions seront axées principalement sur les mesures suivantes : le curage des caniveaux, pour une enveloppe de 37.080.260 francs CFA, sur fonds propres de la ville ; la reprise des parois des caniveaux et des dalles de traversées pour 19.999.991 francs CFA, financés par la ville ; la construction de nouveaux caniveaux avec le concours de nos partenaires techniques et financiers notamment la coopération suisse (que je remercie au passage) à travers le PACT (Programme d’Appui aux Collectivités Territoriales) pour 350.000.000 francs CFA.

A ces opérations d’envergure, s’ajoutent beaucoup d’autres actions connexes, non moins importantes à réaliser au titre de l’année 2020, sur fonds propres de la ville à savoir : le pavage des rues (65.497.600 francs CFA), les points à temps des rues latéritiques (50.925.000 francs CFA) et les points à temps des rues bitumées pour 120.000.344 francs CFA. Enfin, je dois rappeler qu’un kori a déjà été traité au cours de l’année 2019 pour un montant de plus de 260 000 000 F CFA sur fonds propres de la ville, d’autres sont en voie de l’être avec le concours financier de l’Etat. Cette année, nous envisageons également le traitement du kori situé entre la brigade mobile des douanes et le CSI Andoumé pour un coût du projet de 201 213 560 F CFA. L’enlèvement quotidien des ordures et autres déchets ménagers procède également de notre volonté d’assainir l’environnement de la ville, ce qui peut contribuer à éviter la stagnation des eaux des pluies, sources d’inondation. Comme vous l’avez compris donc, en termes de stratégies, il s’agit pour nous de traiter les koris existants mais également d’anticiper et prévenir le développement d’autres nouveaux koris à travers des actions pouvant influer sur la dynamique et l’évolution des cours d’eau et des sédiments qu’ils enlèvent et qu’ils transportent et les effets des eaux de ruissellement à l’intérieur de la ville.  

Comme beaucoup d’autres régions du Niger, Maradi a organisé la fête tournante du 18 décembre et a bénéficié de plusieurs infrastructures dont certaines ne sont pas encore achevées. Quel est l’état des lieux de ces infrastructures ?

Comme vous le dites, beaucoup de chantiers de Maradi kolliya sont, à ce jour, inachevés. Mais grâce aux efforts consentis par l’Etat et son Excellence Monsieur Issoufou Mahamadou, Président de la République, Chef de l’Etat, des grandes réalisations ont été achevées à 100% (extension et réhabilitation des bureaux du gouverneur, village artisanal, réhabilitation du stade régional, trésor régional, mur de l’aéroport, fournitures de 80 cabines de toilettes mobiles, beaucoup de travaux de réhabilitation, monument place du gouverneur, tribune officielle, espace « Guidan doutchi », murs de clôtures, etc.). Par contre, vous avez de faibles réalisations comprises entre 19 et 21% et même des chantiers qui jusqu’à tout récemment n’ont pas commencé en tout cas selon les sources des services compétents ; heureusement ce ne sont pas les plus nombreux. Récemment, à l’occasion de la 41ème édition du sabre national, nous avons noté la reprise des travaux de l’arène traditionnelle de Maradi. C’est le lieu de lancer ici un appel pressant aux autorités de la 7ème République de créer les conditions de reprise des autres chantiers de Maradi kolliya afin de booster l’économie de la région très affectée par la fermeture de la frontière Nigéria-Niger et pallier à la morosité économique subséquente.

Le pouvoir central a décidé il y’a quelques années de transférer aux Collectivités Territoriales quatre domaines de compétences. Comment ces nouvelles mesures sont mises en pratique dans la ville de Maradi ?

Dans l’esprit et la lettre du processus de décentralisation au Niger, le transfert des compétences est accompagné du transfert des ressources. C’est donc deux réalités de la décentralisation qui se veulent concomitantes, complémentaires mais surtout graduelles, progressives et évolutives, tant au niveau des domaines qu’à celui des ressources et des compétences. C’est dans cette logique, que des domaines comme ceux de l’éducation et de la formation professionnelle et technique, de la santé, de l’hydraulique et de l’environnement sont d’abord ciblés pour amorcer la concrétisation du processus de transfert des compétences et des ressources aux Collectivités Territoriales du Niger.

Au niveau de la ville de Maradi notamment, le processus de transfert des ressources prend déjà de la forme avec le soutien de nos partenaires techniques et financiers, à notre ville pour la réalisation des infrastructures prioritaires de base, dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’hydraulique et de l’assainissement. Autrement dit, les domaines dans lesquels l’Etat du Niger a transféré des compétences et des ressources aux Collectivités Territoriales. La ville de Maradi s’investit elle-même et en rapport avec ses partenaires, dans ces quatre domaines : les prévisions budgétaires pour la prise en compte de certaines dépenses dans l’éducation (clôture des écoles, constructions des classes, achats et réhabilitation des tables bancs, gestion des contrats d’enseignants du primaire, divers appuis aux établissements scolaires, etc.). Dans le domaine de la santé, c’est la construction des CSI, les appuis dans la lutte contre les épidémies, etc. Dans le domaine de l’environnement, c’est les actions et dépenses liées à l’hygiène et l’assainissement et la lutte contre le paludisme. Dans le domaine de l’hydraulique, c’est essentiellement la construction des latrines dans les établissements scolaires.

La frontière avec le Nigeria est fermée, le grand marché a mis du temps pour ouvrir ses portes, toutes les boutiques ne sont pas occupées…quelles sont les conséquences de cette situation sur les recettes de la Mairie ?

Les ressources fiscales de la ville sont diversifiées et comprennent entre autres les impôts directs propres aux collectivités territoriales, les taxes indirectes locales et les taxes rémunératrices. Il va s’en dire, que lorsque l’économie tourne bien, les transactions fluides et les échanges commerciaux en plein essor, la monnaie, pour ne pas dire l’argent, circule à une vitesse qui crée et développe les richesses, alors, les agents économiques que sont les ménages, les entreprises et l’Etat et ses démembrements (les administrations) trouvent leurs comptes. Ceci étant, la fermeture de la frontière Nigeria – Niger, la timidité dans l’animation du marché central de Maradi constituent à n’en point douter des manques à gagner financiers et économiques pour notre ville qui est réputée être la capitale économique de notre pays. Les pertes sont énormes et non sans conséquences directes et ou indirectes sur nos opérateurs économiques, nos artisans, nos industriels, nos agriculteurs et éleveurs et nos citoyens pris isolement. Nos agents économiques vivent désormais dans la sécheresse financière qui limite leur volonté et leur effort d’investissement, de création d’emplois, de paiement de leurs impôts et taxes et d’entrée des devises. La fermeture de la frontière du Nigeria avec ses voisins développe davantage l’informel et la fraude et autres contrebandes, et ruine l’économie.

A la ville de Maradi où nous attendions des recettes issues des taxes de marché, avec des prévisions de 160.000.000 francs CFA (2020), du fait qu’elles ne rentrent pas conformément à nos attentes, fait que nos espoirs s’amenuisent en la matière. Les taxes de voirie ne rentrent pas sous le prétexte de la pauvreté et de la morosité économique et financière du moment. Au marché central de Maradi, où la ville a souscrit au capital social de la société qui gère le marché (SOGEMMI S.A.), pour 420.000.000 francs CFA, soit 35% du capital social pour espérer des dividendes chaque fin d’exercice, là également la morosité des transactions commerciales a compromis cet espoir nourri. La ville de Maradi perd énormément en termes de recettes avec pour conséquences, l’incapacité pour la ville d’assurer pleinement sa mission régalienne d’assurer la sécurité des personnes et de leurs biens, l’éclairage public, les investissements publics, l’hygiène et l’assainissement et le fonctionnement régulier de son administration.

Dans la ville de Maradi, est ce que les citoyens eux s’acquittent convenablement de leur devoir fiscal ?

Je dirai tout de go et sans ambages que les citoyens de la ville de Maradi ne s’acquittent pas de leur devoir fiscal, notamment la taxe de voirie. Ce comportement d’incivisme fiscal en matière de la taxe de voirie remonte déjà à au moins d’une quinzaine d’années, sous les fallacieux prétextes de politique de démocratie. Je stigmatiserai plutôt, des mauvais comportements et attitudes, qui imposent un changement de mentalité et des façons de mieux concevoir et comprendre l’administration et la gestion d’une commune, leur commune, par leur propre fils et filles, une autre façon d’offrir des biens et des services aux populations à partir des ressources issues de leurs propres contributions pour l’essentiel hélas. Au niveau de la Délégation Spéciale, nous sommes déterminés à changer positivement cette situation en prenant toutes les mesures correctives qui s’imposent et que commande cet état d’esprit.

Quel est le degré de l’incivisme fiscal dans la ville de Maradi et comment faites-vous pour le combattre?

Le degré de l’incivisme fiscal dans la ville de Maradi a atteint un degré, qu’on ne pourrait pas croire et entendre tant il dure et perdure, persiste et risque d’atteindre une situation de non retour si on n’y prend pas garde. Rappelez-vous la révocation du Président du Conseil de Ville et la dissolution même du conseil de ville de Maradi en 2018, pour manque de performances de ces deux (02) acteurs, notamment dans la mobilisation des ressources internes, en particulier, la taxe de voirie, à peine 5%, et 7% en moyenne dans les meilleurs des situations sur une période de 6 ans. En effet, à titre illustratif, sur des prévisions des taxes de voiries, variant entre 162.000.000 et 200.000.000 francs CFA selon les années, les taux de recouvrement des taxes de voirie dans la ville de Maradi tournent autour de 1% en 2014 ; 5% en 2015 ; 5% en 2016 ; 5% en 2017 ; 7% en 2018 ; et 11% en 2019 ; soit un taux moyen de recouvrement de 7% sur les six (6) exercices budgétaires. Quoi donc de plus, pour illustrer le degré d’incivisme fiscal dans la ville de Maradi jugez-en de vous-même. Comme mesures pour combattre ce phénomène, il s’agira de procéder à la réorganisation et la dynamisation du système et du dispositif de recouvrement, la motivation des acteurs chargés du recouvrement notamment les chefs des quartiers et les percepteurs, l’information et la sensibilisation des acteurs, la rigueur et le sérieux dans les opérations de recouvrement, le suivi permanent, régulier et rapproché des percepteurs à tous les niveaux, enfin à terme l’informatisation du système.

J’insiste sur ce dernier point qui en réalité au-delà des recettes fiscales va également concerner la gestion et le suivi du patrimoine foncier pour gérer dans la plus totale transparence aussi bien les recettes de la ville que le patrimoine foncier qui fait l’objet malheureusement de mauvaise gestion. Je profite de cette occasion pour lancer un appel aux partenaires techniques et financiers afin qu’ils nous accompagnent dans ces efforts de bonne gouvernance et dans la mise en œuvre de bonnes pratiques afin de garantir une gestion transparente des fonds de leurs contribuables qu’ils mettent à notre disposition et des contributions que nos populations soucieuses du développement local de leurs communes acceptent de verser.

En plus du commerce quels sont les secteurs qui contribuent à renflouer les caisses de la structure que vous dirigez?

En dehors du commerce, il y a des secteurs existants ou à créer et à promouvoir qui pourraient permettre de renflouer les caisses de la ville étant entendu que les recettes issues des taxes indirectes et des taxes rémunératoires sont liées au commerce et ses activités et pour l’essentiel en tout cas concernant notre ville : la taxe de voirie ; les produits des ventes des parcelles et les frais d’établissement des actes de cession, mise en valeur et transfert ; les occupations des domaines publics de la ville ou de la commune ; la mise en concession de certains équipements marchands (autogare et marché à bétail) ; la prise de participation au capital social des sociétés ; le centre des affaires, si sa construction s’achevait ; les impôts directs rétrocédés de l’Etat, aux Collectivités Territoriales ; les concours financiers des partenaires techniques et financiers ; les autres taxes directes, indirectes et rémunératoires non liées aux activités commerciales. L’un dans l’autre, la ville se doit de diversifier ses sources et ses possibilités des recettes sûres et certaines, pour ne pas être victime des effets négatifs de l’incivisme fiscal. C’est pour cela que nous privilégions les investissements productifs et tentons de faire face à l’endettement de la ville grâce au soutien de l’Etat, tout en mettant en œuvre toutes les stratégies pour améliorer le recouvrement des recettes.

L’insalubrité semble grandissante, l’éclairage public quasi-inexistant à des endroits de la ville de Maradi, quelles sont les mesures prises pour refaire de Maradi une ville kollya ?

Des très bonnes et belles questions et c’est là même que se trouve le paradoxe. Répondant à une de vos questions, plus haut, j’évoquais les niveaux de recouvrement pratiquement insignifiants de la taxe de voirie avec un taux moyen de 7% sur une période de six (6) ans et le degré élevé d’incivisme fiscal des citoyens de la ville de Maradi. Vous faites cas de l’insalubrité grandissante, l’éclairage public quasi inexistant à certains endroits de la ville. Certes, que toute commune a pour vocation et mission régalienne d’assurer l’hygiène, la salubrité, l’assainissement et l’éclairage public, or ces domaines là sont des gouffres à sous. Toutes mesures à envisager pour rendre la ville de Maradi plus Kolliya doit concilier et allier civisme fiscal des citoyens et besoins des citoyens en services publics. Cela ne peut se réaliser sans ressources.

En termes clairs, autant les citoyens doivent exiger et espérer de leur commune et de leurs dirigeants des biens et des services publics de proximité et de qualité sans compter les autres investissements publics non moins importants (la sécurité, la santé, l’éducation et un cadre de vie décent), autant l’on doit s’attendre à l’implication des populations et exiger de ces dernières une pleine participation dans l’effort de sauvegarde des investissements communautaires et leurs pleines et entières contributions à l’effort de financement du bien être collectif. Nous devons donc nous mobiliser pour faire face à cette situation de paradoxe où comme on dit vulgairement «les gens veulent le beurre et l’argent du beurre ».

En effet, pour cet exercice 2020, nous envisageons les mesures suivantes pour faire face aux problèmes que vous évoquiez tantôt. Ces actions que nous envisageons sont inscrites dans notre budget 2020, dans le programme d’investissement annuel 2020, seul ou avec l’appui de l’Etat et de nos partenaires techniques et financiers : le curage des caniveaux ; la reprise des parois des caniveaux et de dalles de traversées ; la construction des nouveaux caniveaux ; l’enlèvement quotidien des ordures et autres déchets ménagers ; l’achat de 3 poly bennes pour doter les 3 arrondissements communaux ; l’achat de 50 conteneurs ; la lutte anti-vectorielle dans toute la ville ; la mise en œuvre des projets d’hygiène et d’assainissement ; la réhabilitation des feux optiques aux niveaux des carrefours ; la réhabilitation de l’éclairage public grâce à la contribution de la taxe spécifique d’électricité (T.S.E.) ; le pavage des rues ; la plantation des arbres pour l’embellissement de la ville ; l’aménagement des espaces urbains ; la modernisation des marchés ; la finalisation du projet du centre des affaires ; l’achèvement des infrastructures de Maradi Kolliya ; Etc.

Réalisée par Fatouma Idé et Hassane Daouda(onep)

14 février 2020
Source : http://www.lesahel.org/

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