Entretien avec le Haut Commandant de la Garde Nationale du Niger : «Si les gens arrivent à dormir paisiblement chez eux, c’est parce qu’il y a d'autres qui se sacrifient sur le terrain», affirme le Colonel Sidi Mahamadou

Entretien avec le Haut Commandant de la Garde Nationale du Niger : «Si les gens arrivent à dormir paisiblement chez eux, c’est parce qu’il y a d'autres qui se sacrifient sur le terrain», affirme le Colonel Sidi MahamadouQuelles sont les missions dévolues au corps de la Garde Nationale du Niger ?

Les missions de la Garde Nationale du Niger consistent d’abord à la surveillance du territoire national, à la sécurité publique, au maintien et à l’établissement de l’ordre public, à la protection des édifices publics, des personnes et de leurs biens, à la protection civile, à la recherche de renseignements administratifs et judiciaires, à l’exécution de la police administrative en zone rurale et pastorale, aux services d’honneur de la République et à la protection des institutions républicaines. Elle participe également à la défense opérationnelle du territoire, à l’administration, la gestion et la surveillance des établissements pénitentiaires. Le corps de la Garde Nationale du Niger participe aussi à des actions humanitaires et de développement du pays, aux opérations de maintien de la paix dans le cadre de l’exécution des engagements internationaux pris par le Niger, à la protection de l’environnement, à la recherche et à la constatation des infractions aux lois pénales, conformément au code de procédure pénale. Elle assiste enfin les autorités administratives et les représentations diplomatiques et consulaires du Niger à l’étranger. Telles sont les 13 missions statutaires attribuées à la Garde Nationale du Niger.

Les services de la GNN spécialisés dans la collecte de renseignements et le maintien de l’ordre public sont généralement méconnus par la population. Quelles sont leurs spécificités ?

Il faut retenir que «le Garde» est un militaire polyvalent. Il suit d’abord une formation de type militaire, de formation commune de base, jusqu’à l’école de guerre pour les officiers. Pour exécuter convenablement une de ses missions statutaires, la Garde Nationale du Niger (GNN) est formée dans le cadre du maintien et de l’établissement de l’ordre public. Nos éléments interviennent ainsi au même titre que ceux de la Gendarmerie et de la Police à l’établissement de l’ordre public. Vous l’avez surement constaté dans le passé, avec les émeutes et grèves des scolaires à Niamey. Dans ces cas précis, nous déployons tout un escadron de la Garde Nationale dans un secteur bien défini qui englobe les arrondissements 1 et 2 de la ville de Niamey, alors que les autres forces de sécurité se déploient dans les 2 secteurs restants. C’est seulement dans le cas où nous sommes débordés et que la situation dans les autres secteurs est calme, qu’ils se dissocient de leurs secteurs pour venir nous appuyer. Et vice versa.

Ce travail en interopérabilité entre nous et les autres forces de défense et de sécurité s’effectue dans le cadre du Conseil régional de sécurité. Cet organe est présent dans chaque région du Niger et est placé sous la présidence du Gouverneur. Il est coordonné à Niamey par le Directeur de la police de la ville de Niamey et dans les régions de l’intérieur par les Directeurs régionaux de la Police nationale.

Qu’en est-il des opérations de police judiciaire?

Le code de procédure pénale, en son article 44, dit que l’Officier de la Garde Nationale a la qualité d’Officier de Police Judiciaire (OPJ). Les Sous Officiers eux ont la qualité d’Agent de Police Judiciaire (APJ). L’exercice de cette compétence administrative nécessite une formation adéquate pour assurer avec efficacité les fonctions d’APJ et d’OPJ. C’est dans cette optique que la formation de police judiciaire a été intégrée dans le cursus de la Garde Nationale. Les partenaires ont joué un rôle important dans l’opérationnalisation de nos brigades de piste à vocation judiciaire. On peut citer en exemple la collaboration fructueuse avec la Police Nationale dans le cadre de la formation du premier contingent des OPJ de la Garde Nationale. Les éléments de ce contingent ont suivi une formation de 18 mois cumulatifs, soit 2 années académiques pleines, au sein de ce corps ami et y ont passé leurs stages pratiques. Il faut retenir que les OPJ et les APJ de la Garde Nationale ne se substituent pas à ceux de la Police Nationale. Ils sont complémentaires.

La Garde Nationale est le corps le mieux implanté au Niger, c’est pourquoi la présence des OPJ et des APJ dans nos missions opérationnelles de terrain trouve toute son importance pour garantir le respect des droits des citoyens, prévenus ou non. Cette présence renforce la performance de nos services et permet d’élaborer une procédure et de dégager toutes les charges exploitables dans le cas des prévenus. La police judiciaire dans le corps de la Garde Nationale a conscientisé notre personnel et a aussi facilité nos missions. L’OPJ, dans notre corps, intervient à la demande du parquet pour diligenter une enquête par rapport à une infraction donnée.

Pourquoi la dénomination «Brigade de piste»?

Comme je l’ai dit plus haut, la Garde Nationale est vraiment le corps le mieux implanté sur le territoire national, d’où la dénomination de cette Brigade. Par piste, il faut comprendre les zones où il n’y a aucun Officier de la Police Judiciaire, c’est-à-dire des zones où il n’y a ni la Police, ni la Gendarmerie, et dont nous sommes les seuls à exercer cette compétence. Prenez l’exemple de Kirtachi dans la région de Tillabéry département de Kollo. Là-bas il n’y a que la Garde Nationale et sa brigade de piste à vocation judiciaire. C’est la même chose à Issari, à Bouti, à Sikidine et à Takanamat. Cette dernière localité qui se situe à plus de 60 km à l’Ouest de Tahoua, est une porte d’entrée direct à partir du Mali. Il faut donc avoir ici une force capable de distinguer le bien du mal pour éviter d’éventuelles difficultés. C’est pour des pareils cas que nous mettons l’accent sur des zones vacantes où il n’y a ni la Police Nationale, ni la Gendarmerie, pour déployer nos Officiers de Police Judiciaire.

Vous venez de dire que la Garde Nationale est présente même dans les contrées où les autres FDS sont absentes. Comment s’organise-t-elle dans ces cas précis pour assurer sa mission ?

Les éléments de la Garde Nationale qui sont dans des zones vacantes sont subordonnés à une unité. Par exemple si ce sont des escadrons, ils sont subordonnés aux groupements, eux-mêmes subordonnés à des régions de la Garde Nationale. Ils vivent sur place en organique avec tous les moyens qu’il faut. Ces zones où nous agissons seuls sont des zones d’insécurité par excellence, où nos éléments sont en perpétuel mouvement, en perpétuel patrouille. Les zones de Bouti, de Tesker et d’Issari par exemple sont des endroits propices au grand banditisme. Nos éléments s’installent avec leurs familles et leurs moyens organiques. C’est dans ces conditions qu’ils accomplissent leur mission statutaire qui est la recherche de renseignements administratifs et judiciaires, la sécurisation des personnes et de leurs biens, et la défense opérationnelle du territoire.

La défense et la sécurisation des populations et leurs biens imposent désormais aux FDS de se professionnaliser. Peut-on affirmer, au vue des progrès enregistrés ces dernières années, que la Garde nationale du Niger dispose de tous les éléments de métier dont elle a besoin, et aussi du matériel militaire adéquat pour sa mission?

En tout cas en ce qui concerne le personnel, nous avons des éléments aguerris qui ont une parfaite connaissance du terrain. Après l’intégration des ex-combattants de la résistance armée, bon nombre d’entre eux ont intégré la Garde Nationale du Niger. Cette tranche de Gardes a efficacement contribué à la sécurisation de ces zones autrefois invivables, surtout par leur connaissance du terrain. En ce qui concerne la formation, nos éléments suivent un bon cursus et nous sommes en train de la renforcer pour l’adapter au contexte actuel. Nous disposons de moyens qui nous ont permis d’enregistrer de nombreux résultats positifs, bien que nous ayons aussi perdu des hommes sur le terrain dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Ce qu’il faut retenir, c’est que nous avons par anticipation mis en place certaines missions qui nous ont permis de contenir l’ennemi et de l’empêcher de prendre ne serait-ce qu’une petite fraction de notre territoire. Cela est à mettre à l’actif du Gouvernement de la 7èmeRépublique dont le souci est de renforcer davantage la capacité opérationnelle des forces de défense et de sécurité en général, et celle de la Garde Nationale en particulier afin de veiller sur la sureté et la sécurité des personnes et de leurs biens. Nous sommes convaincus que l’Etat continuera à nous renforcer d’avantage pour que nos résultats soient encore plus brillants dans l’avenir.

Quelles sont alors vos perspectives ?

Notre perspective au sein de la Garde Nationale du Niger, c’est vraiment de créer des unités organiques opérationnelles, avec des zones d’interventions à dégager. Comme je l’ai dit plus haut, nous combattons actuellement des ennemis qui pratiquent une guerre asymétrique. Pour les combattre efficacement, il nous faut des unités spécialisées. Ces unités opérationnelles seront dotées de moyens spécialisés pour pouvoir combattre avec efficacité ces fléaux.

Aussi, j’ai vraiment une pensée à l’endroit de nos soldats qui sont tombés sur le champ d’honneur. Ces vaillants fils de la Nation ont laissé des familles derrière eux. Qu’elles sachent que le commandement s’est fait le vœu de les soutenir, et nous continuerons à le faire. Qu’ils sachent aussi que leurs parents n’ont pas vécu inutilement. Ils sont morts sur le champ de bataille en défendant leur Patrie et leurs familles, et pour nous c’est cela le sens du vrai jihad. Si les gens arrivent à dormir paisiblement chez eux, c’est parce qu’il y a d'autres qui se sacrifient sur le terrain.

Je voudrai aussi appeler la population nigérienne à être très coopérative parce que l’ennemi est parfois caché parmi les honnêtes citoyens. La population doit savoir, de nuit comme de jour, distinguer ceux qui sont de mauvaise foi de ceux qui ne le sont pas et nous renseigner afin de nous permettre de combattre efficacement nos ennemis et assurer de manière efficiente la sécurité de la population. Il y va de l’intérêt de toutes et de tous.

Souleymane Yahaya

29 janvier 2020
Source : http://www.lesahel.org/

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