Mme Djibo Maimouna, Maire de la commune urbaine de Ouallam : « L’état d’urgence a beaucoup affecté l’économie locale

jMme Djibo Maimouna, Maire de la commune urbaine de Ouallam : « L’état d’urgence a beaucoup affecté l’économie locale La commune urbaine de Ouallam couvre une superficie de 1784 Km2 avec une population estimée à 68 191 habitants dont 35 268 femmes soit 51,71% (RGP/ H 2012). Elle est limitée à l’Est par la commune rurale de Dingazi, à l’Ouest par la commune urbaine de Tillabéry et Kourthey, au Nord par la commune rurale de Tondikiwindi, au Sud par la commune rurale de Simiri. Cette population est très jeune car 46,58% ont moins de 15 ans. Le taux d’accroissement naturel est de 2,8% pour la commune. La population urbaine représente 16%.

Madame le Maire, quelles sont les principales potentialités que renferme la commune urbaine de Ouallam ?

L’agriculture constitue la première activité économique des populations de la Commune urbaine de Ouallam. Elle comprend les cultures pluviales et maraîchères. Les cultures pluviales sont pratiquées par toute la population (hommes et femmes) et concernent principalement les cultures comme le mil, le sorgho, le niébé, le maïs, le voandzou, l’arachide, le sésame et l’oseille. Les potentialités/opportunités sont les terres de cultures, les banques céréalières, les magasins, les bras-valides.

Les contraintes/menaces liées aux cultures pluviales sont le caractère rudimentaire de l’agriculture, l’appauvrissement des terres, l’insuffisance d’intrants agricoles et de produits phytosanitaires, l’érosion hydrique et éolienne, les ennemis des cultures, la pression foncière et l’insuffisance d’agents d’encadrement. En plus de ces difficultés il faut ajouter des contraintes d’ordre climatique révélée par l’étude de données climatiques. Parmi ces contraintes on peut citer un démarrage tardif et une fin précoce des saisons de pluies donc un raccourcissement de la longueur de la compagne agricole. En effet, les courbes de tendance des dates de début et de fin des pluies des stations de la zone d’étude montrent une légère tendance : A la hausse des dates de démarrage donc un démarrage tardif de la saison des pluies ; à la baisse des dates de fin de la saison des pluies donc une fin précoce des pluies. En somme on assiste à une réduction de la longueur de la saison humide. Une augmentation des séquences sèches de plus de 7 jours engendrant des ré semis et des baisses de rendements donc une dégradation de la qualité de la saison des pluies.

L’analyse des données montre que tous les mois de la saison pluvieuse sont touchés par une augmentation des séquences sèches de plus de 7 jours. Pour toutes les stations les mois de démarrage (période des semis) sont touchés par des séquences supérieures à 10 jours, pouvant très souvent atteindre 25 jours et causent ainsi beaucoup d’avortements de semis. La période reproductive (Août, Septembre) est aussi touchée par des séquences sèches de 7 à 15 jours pouvant gravement impacter les rendements des cultures. Il est aussi observé une baisse du nombre de jours de pluies d’environ 10 jours se traduisant par une baisse de la qualité de la saison des pluies car pour les agriculteurs c’est surtout la répartition des pluies qui exprime la qualité de la saison.

Et quelles sont les mesures prises pour atténuer ces facteurs qui compromettent les cultures ?

Les propositions d’amélioration des cultures pluviales sont le renforcement et la création des banques céréalières, la mise en place des boutiques d’intrants agricoles, la modernisation des outils de travaux agricole, l’appui en produits phytosanitaires, les travaux CES/DRS et l’encadrement des agriculteurs.

Globalement, la situation alimentaire de la Commune Urbaine de Ouallam est mauvaise. Elle est consécutive aux mauvaises campagnes agricoles qui entraînent des déficits céréaliers importants. Pour palier à cette situation, des mesures urgentes sont nécessaires notamment les semences améliorées pour les cultures pluviales et maraîchères, le maraîchage en saison hivernale, les mesures alternatives professionnelles en milieu rural, les mesures d’adaptation aux risques et phénomènes climatiques, la vente des céréales à prix modéré. S’agissant des cultures maraichères, il faut préciser que les productions maraîchères proviennent des zones de bas-fonds. Les principales cultures maraîchères sont la tomate, la pomme de terre, le poivron, l’oignon, la patate douce, le manioc et la laitue etc. Les opportunités liées aux cultures maraîchères sont les sites maraîchers, les terres aménageables, les bras-valides et les partenaires d’appui.

Quant aux contraintes liées aux cultures maraîchères, elles sont l’insuffisance des sites et puits maraîchers, les ennemis de cultures, l’insuffisance d’intrants, de clôtures et matériels agricoles, le problème de déboucher, l’insuffisance d’encadrement, la surcharge des femmes par les travaux domestiques dus à la corvée d’eau, le pilage et la recherche du bois de chauffe.

Les propositions d’amélioration des cultures maraîchères sont la création et réhabilitation des sites et puits maraîchers, la dotation en grillage et en petits matériels agricoles, l’appui en intrants et produits phytosanitaires, l’encadrement des producteurs, le désenclavement des sites de production et la dotation en moulins à grain, batteuses et décortiqueuses. En ce qui concerne l’élevage, il constitue l’une des principales activités économiques dans la commune. Le cheptel de la commune présente un capital bétail fort appréciable. L’alimentation en eau du bétail repose en grande partie sur les mares, les puits cimentés et traditionnels.

Dans le cadre du processus de décentralisation, l’Etat a transféré il y a quelques années un certain nombre de domaines de compétences aux collectivités territoriales en l’occurrence les secteurs de l’Education, de la Santé, l’Hydraulique et l’Environnement. Quel est l’état de la mise en œuvre de cette nouvelle responsabilité qui vous a été confiée ?

En effet, les secteurs de l’éducation, de la santé, de l’hydraulique et de l’environnement sont les domaines transférés aux collectivités territoriales. A ce jour, au niveau de la mise en œuvre de cette responsabilité, il reste beaucoup à faire car le transfert des ressources humaines et financières n’est pas effectif dans le domaine de la santé, de l’hydraulique et de l’environnement.

Cependant, au niveau de l’éducation le transfert est véritablement en marche et nos communes en fonction de leurs moyens s’efforcent de répondre aux différentes sollicitations pour s’acquitter de leur devoir.

De façon générale, le diagnostic du fonctionnement des collectivités territoriales au Niger fait ressortir un faible taux de recouvrement des taxes fiscales et autres ressources propres à la mairie, quel est le taux de recouvrement de votre commune ? Et comment vous envisagez améliorer ce taux au regard des besoins sans cesse croissants de vos administrés ?

En vertu du principe de l’autonomie financière, la commune dispose d’un budget voté par l’organe délibérant et exécuté par le Maire. Ce budget est l’instrument financier privilégié au moyen duquel les Autorités municipales assurent le fonctionnement de la commune et réalisent les investissements publics au profit des populations. Les ressources budgétaires de la commune proviennent essentiellement de la taxe municipale, de voirie, et des taxes diverses (marché, présentation et identification des animaux, abattage des animaux, vidéo-club, débits de boissons...), les frais de gardiennage fourrière, les frais de signature et la contribution des patentes. Cependant, une des faiblesses dans la réalisation des programmes de développement restent le faible taux de recouvrement des ressources internes. A titre illustratif, au 30 Novembre 2019, sur une prévision budgétaire de 164 479 576 F la commune a recouvré 44 074 685 soit un taux de recouvrement de 26%, dont sur une prévision de la taxe municipale et de voirie de 88.713.100 F seuls 6.087.900 F ont été recouvrés soit un taux de 6%. Pour faire face à l’incivisme fiscal qui a tendance à se généraliser dans notre commune, le conseil municipal a élaboré un plan stratégique en matière de mobilisation des ressources.

Les seules ressources de la Commune ne suffisent pas pour accélérer le développement d’une collectivité territoriale, quelles sont les autres voies que vous exploiter pour élargir vos sources de financement ?

Pour pallier l’insuffisance des moyens financiers et accélérer le développement, nous élaborons des dossiers de projet que nous soumettons aux partenaires techniques et financiers. A titre illustratif, il convient de noter que dans le cadre de la promotion du développement agro sylvo pastoral et halieutique (l’un des axes stratégique du PDC) , la Commune a élaboré avec l’appui d’un partenaire un schéma d’aménagement du bassin versant de Tinga suivi d’une table ronde tenue au chef-lieu de la Région avec des partenaires invités. La mise en œuvre de ce schéma connaît un vrai succès.

La Région de Tillabéri fait face depuis quelques années à une insécurité sans précédent avec des attaques meurtrières, comme se présente la situation dans votre zone ?

Au niveau de la Commune urbaine de Ouallam, il a été instauré l’état d’urgence comme dans plusieurs autres communes de la région de Tillabéri. Cet état de fait a beaucoup affecté l’économie locale. Avec les informations que nous recueillons provenant de la commune voisine une véritable psychose s’est instaurée dans la Commune.

Réalisée par Hassane Daouda et Mahamadou Diallo, Envoyés Spéciaux

27 décembre 2019
Source : http://www.lesahel.org/

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