Interview du 1er Vice-maire de la commune rurale de Doguérawa : «Notre souhait est que l’Etat dote notre commune d’une unité de transformation moderne de tomate», déclare M. Yacouba Yahaya

aSituée dans le département de Malbaza (région de Tahoua), la commune rurale Doguéraoua couvre une superficie de 729 km2 avec une densité moyenne de 161hbts/Km2. Elle est limitée à l’Est par les communes de Sabonguidan (Madaoua) et Tama (Bouza) ; à l’ouest par les communes de Malbaza et Tsernaoua (Konni) ; au nord par les communes de Badaguichiri (Illéla) et Tama et au sud par la République fédérale du Nigeria. D’après le recensement général de la population et de l’habitat de 2012, la population de la commune était de 117.975 habitants. Avec le taux d’accroissement de 3,6%, cette population est estimée, en 2019, à 143.281 habitants. Elle est repartie dans 62 villages administratifs, 10 groupements nomades auxquels il faut ajouter une soixantaine de hameaux. Au Niger, certaines localités s’identifient à des produits phares : Galmi pour l’oignon (violet de Galmi), le poivron de Diffa, pour ne citer que ces deux exemples. Doguéraoua a, elle aussi, sa spécificité : la production de la tomate. Une activité qui génère d’importantes ressources pour la commune. Dans cet entretien, le 1er Vice maire évoque la situation générale de la commune et insiste sur les potentialités, mais aussi les défis de la filière tomate.

Monsieur le maire, quelles sont les principales activités des populations de la commune ?

Comme pour la majorité des populations du Niger, les principales activités des populations de la commune de Doguéraoua sont l’agriculture, l’élevage et le petit commerce. Et il faut dire qu’il existe de réelles opportunités et d’importantes potentialités dans notre commune. Il s’agit entre autres de la vallée de la Maggia ; la position géographique stratégique de la commune (frontalière avec le Nigeria) ; une main-d’œuvre non qualifiée disponible composée majoritairement des jeunes ; un conseil municipal fonctionnel et des autorités coutumières très disponibles.

On sait que beaucoup de communes, rurales sont confrontées à un problème de ressources dû principalement à l’incivisme fiscal. Est-ce le cas pour votre commune ?

Fort heureusement, au niveau de Doguéraoua on ne peut pas parler d’incivisme fiscal. C’est vrai qu’on a trouvé une situation qui fait qu’on n’arrive pas à savoir si nos ressources notamment les impôts prélevés sont au niveau de la population, des chefs de villages ou des chefs de cantons. Mais, Dieu merci on a pu redresser les choses et maintenant ça va. Les chiffres de nos recouvrements sont là pour l’attester.Pour la taxe municipale, sur une prévision de 42.587.750 FCFA, nous sommes déjà à 31.312.168 Fcfa (à la mi- octobre), soit un taux de réalisation de 73,52%.

Voulez-vous dire qu’il y a une amélioration dans les recouvrements par rapport aux années antérieures ?

On peut même parler d’une évolution nette. A titre illustratif, nous étions en 2015 à un taux de 59,63% ; en 2016 nous sommes descendus à 45,53%. En 2017, nous sommes remontés à 64,31%, même si en 2018 encore, il ya eu une baisse parce que nous avons réalisé un taux de recouvrement de 35,69%. Mais l’important est que cette année, nous avons nettement amélioré nos recouvrement avec ce taux de 73,52% déjà. Cette progression est due aux mesures prises par le Conseil municipal. Actuellement chaque chef de village amène directement les impôts au receveur municipal. Il n’ya plus tous les intermédiaires qui faisaient que souvent les fonds disparaissent sans savoir auprès de qui ils se trouvent.

On a souvent reproché aux communes de ne pas suffisamment investir, privilégiant ainsi le fonctionnement. Quelle est la situation au niveau de votre commune ?

Il est vrai que les communes en général, n’ont pas les moyens suffisants pour réaliser les investissements qu’elles souhaitent faire elles-mêmes. Pour le cas de notre commune, nous faisons ce que nous pouvons pour améliorer les conditions de vie de nos populations. Ainsi, dans le domaine de l’éducation, la commune a, rien qu’en 2019, réparé les tables bancs pour les écoles de Doguéraoua, de Galmi, de Guidan Bahago. Elle a réhabilité des salles de classes à Guidan Roro, Guidan Ahinguini et Galmi Medersa. En outre, la commune a acheté et mis à la disposition de l’inspection primaire, un véhicule et une moto. De même la commune a acheté quatre (4) machines à coudre pour les foyers féminins de Doguéraoua et de Galmi. Dans le domaine de la santé, nous avons réparé les ambulances de Doguéraoua, de Galmi et Kawara ; nous avons également construit une salle d’observation au CSI de Doguéraoua et électrifié le CSI de Kawara par panneaux solaires. Dans le domaine des routes, la Commune a financé l’entretien de la route de l’oignon, de la route Gounfara-Kawara ; Doguéraoua-Djandawa et de l’auto gare de Galmi. Dans le domaine de la sécurité, la commune apporte des appuis au commissariat de police et à plusieurs missions de sensibilisation sur la paix et la sécurité sur toute l’étendue de la commune. Dans le secteur de l’hydraulique, la commune a réhabilité les forages équipés de pompe à motricité humaine des villages de Guidan Ahinguini et de Guidan Maijanjaré ainsi qu’un pied à Allokoto. Sur le plan de l’électrification, la commune a réalisé l’électrification des villages de Doguéraoua et de Galmi en énergie solaire. Toutes ces réalisations ont été faites sur fonds propres de la commune. A cela s’ajoutent les apports des projets et programmes partenaires qui nous accompagnent.

Comment se présente la situation sécuritaire dans votre commune, vu que c’est une préoccupation dans les zones frontalières avec le Nigeria ?

Malgré notre position, la situation est calme ici. Cela est dû aux différentes missions de sensibilisations que nous organisons en collaboration avec la préfecture et les autorités coutumières sur un certain nombre de thématiques comme la paix, la sécurité, la coexistence pacifique entre les communautés.

Monsieur le maire, il ya une filière qui s’est développée ici : la production de la tomate en plus de l’oignon. Quel est l’apport de cette filière pour la commune ?

La filière oignon-tomate est un réel motif de fierté pour notre commune. C’est, comme on dit, la mamelle même de l’économie locale. Ainsi pour l’année 2019 seulement, la commune a eu à engranger quelque 65millions de FCFA rien qu’en terme de taxe sur la commercialisation de l’oignon et de la tomate produits ici. Plus globalement, la commune de Doguéraoua dispose d’importants marchés comme Galmi, Sabonga, Doguéraoua, Kawara et Louhoudou. Et pour booster la filière oignon/tomate, la commune s’est dotée d’une plateforme de commercialisation inaugurée le 30 octobre 2019.La commercialisation de ces deux produits implique en plus des producteurs locaux, des commerçants nigériens, nigérians, béninois, togolais, ivoiriens et ghanéens. Mieux la mairie a construit une petite unité de transformation pour les femmes grâce à un appui du FICOD. C’est le lieu ici de demander à l’Etat et à ses partenaires de nous aider à valoriser cette filière. Cela parce que nos producteurs enregistrent de grosses pertes du fait de la surproduction notamment de la tomate. Si, vous venez ici, pendant la saison de récolte vous allez voir d’importantes quantités de tomates pourries et jetées du fait de la mévente. Notre souhait est l’Etat dote notre commune d’une unité de transformation moderne de tomate parce que le potentiel est disponible. Pour notre part, à chaque saison, la commune vient en appui aux producteurs à travers des partenaires comme le PRODAF en mettant des semences, des puits maraîchers et du matériel agricole, etc.

A l’heure actuelle, quels sont les défis les plus pressants pour vos producteurs et plus généralement pour votre commune ?

On peut résumer ces défis à la dégradation de l’environnement, la baisse des rendements agricoles, le ravinement des sols, l’enclavement des villages, l’analphabétisme et l’exode rural.

Et quelles sont les perspectives, M. Yacouba Yahaya?

L’opérationnalisation de la plate-forme de Doguéraoua (pour la commercialisation de l’oignon et de la tomate) et ses deux pistes de desserte (Doguéraoua-Louhoudou et Doguéraoua-Frontière du Nigeria) serait d’un apport important dans le développement de notre commune. Je profite de cette occasion que vous nous offrez pour exprimer notre gratitude à nos partenaires le PRODAF ; le PIPASA/SA ; le PEMERSA ; le FICOD ; le PGRC/DU ; le PAC3 ; le PISA ; le MPDL et l’Alliance 12-12.

Réalisée par Siradji Sanda et Ali Maman,
Envoyés spéciaux à Doguéraoua

19 novembre 2019
Source : http://www.lesahel.org/

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