M.Moussa Harouna, Maire de Magaria : «Si on veut un travail de qualité au bénéfice des populations, il faut forcement relever le niveau de compétence et de formation des Maires et des administrations municipales»

Moussa Harouna Maire de MagariaMonsieur le maire, présentez nous votre commune.

Magaria, qui a été érigée en commune en 1988, compte, suivant le recensement de 2012, 130.707 habitants, pour une superficie de 715 km2. La densité de la population tourne autour de 188 hbts au km2. Les principales activités sont l’agriculture et l’élevage mais aussi le commerce favorisé par notre proximité avec le Nigeria. Sur le plan position géographique, elle est limitée au nord par la commune de Bandé, à l’ouest par les communes de Kwaya, Yekoua, à l’est par la commune de Dantchiyaou et la République fédérale du Nigeria. 62% de la population est composée de jeunes. Le premier problème est naturellement celui de l’emploi. Nous avons quelques Centres de formation professionnelle au niveau de Magaria et au niveau du chef-lieu de la Région. Mais le problème reste celui de l’insertion professionnelle des jeunes formés dans le tissu économique local. Conséquence : nous avons un taux élevé de jeunes au chômage. Heureusement pour nous qu’il y a ce qu’on appelle le secteur « de la débrouillardise » qui absorbe une bonne partie des sans-emploi.

A priori on peut penser que le climat de haute pluviométrie que reçoit Magaria et les innombrables vallées que la zone recèle, est propre à occuper les bras valides…

Nous avons effectivement beaucoup de potentialités exploitables, mais les jeunes dont il est question sont beaucoup plus tournés vers les activités lucratives avec rémunération directe. Sinon, le secteur primaire offre beaucoup d’opportunités. Nous avons tout un potentiel exploitable dans la bande nord, mais il faut aussi dire que la pression sur les ressources est réelle. Je vous disais qu’avec 188 habitants au km2, Magaria est l’une des zones de grande densité démographique au Niger ; cette pression se ressent sur les terres de cultures, ce qui explique que nous faisons face aux conflits fonciers récurrents et à l’exode massif vers les grands centres urbains et à l’extérieur du pays.

Malgré tout, Monsieur le maire, la Commune de Magaria tire avantage de l’activité économique en termes de recettes fiscales…

Effectivement, à cause du regain d’activités dû à la proximité du Nigeria, l’économie locale se porte, disons, un peu mieux qu’ailleurs. Quant aux ressources que peut tirer la Mairie de tout cela, nous avons les recettes provenant des taxes de marché. Au niveau de Magaria, Chef-lieu de la commune, nous avons un marché central très animé hebdomadairement avec les commerçants locaux mais aussi ceux venus du Nigeria. Il y a aussi le marché de bétail. Les échanges sont fructueux et il nous arrive d’encaisser jusqu’à 200.000 à 300.000 FCFA par jour de marché. Quant au budget annuel de la commune, l’exercice dernier, il s’élevait à 400 millions de FCFA dont 220 millions pour le chapitre investissement.

Donc Monsieur le Maire, l’exercice précédent, vous avez pu recouvrer les 400 millions de FCFA ?

Non, quand on dit budget, on parle de prévisions. Ce qui a été recouvré tourne en réalité autour de 20 à 25 % de ce qui est prévu. En réalité, les principales entrées d’argent pour les communes, ce sont les taxes de voirie et la taxe municipale. Cette dernière est constituée d’impôt que payent les citoyens de la commune, à savoir 700 FCFA par personne imposable et par an. Quant à la taxe de voirie, elle est payée par les résidents de la ville à raison de 1000 FCFA par résident et par an. Mais malheureusement, nous continuons à souffrir de ce fléau qu’est l’incivisme fiscal tant au niveau de la ville qu’au niveau des villages rattachés à la commune. On a beau faire les campagnes de sensibilisation avec l’appui des autorités coutumières, le problème demeure. Ce qui amène de l’oxygène aux communes, c’est souvent les ressources extérieures provenant de deux fonds qui sont un appui de l’Etat , à savoir le fonds de péréquation qui est destiné à l’investissement. Le deuxième appui étatique vient du fonds ANFICT qui sont des ressources allouées annuellement à toutes les communes. Il y a aussi et surtout le fonds d’appui à la décentralisation qui va véritablement aider à faire face au fonctionnement, notamment les dépenses de souveraineté comme le payement des indemnités de session, l’eau et l’électricité. Notre atout nous communes dites urbaines comme Magaria, ce sont les entrées provenant des transactions foncières, c’est-à-dire la vente par la commune des parcelles. Quand un acquéreur veut vendre sa parcelle, il y a ce qu’on appelle les actes de transfert qui s’élèvent à une somme de 25.000 au profit de la Mairie. Il y a aussi et bien sûr les ressources provenant des ventes des parcelles par la Mairie. Ce sont toutes ces ressources qui doivent concourir aux multiples investissements sur le dos des municipalités comme la viabilisation des zones loties avec l’extension de l’eau et de l’électricité, la construction des abattoirs, des classes scolaires, des cases de santé, etc. Dieu merci, pour ce qui est du fonctionnement, nous arrivons chaque fin de mois à payer les salaires de la Mairie qui s’élèvent à 2 millions de FCFA mensuels. Non seulement nous n’avons pas d’arriérés sur ce plan mais nous arrivons à payer nos travailleurs avant les fonctionnaires de l’Etat. Mieux, beaucoup de nos agents sont immatriculés à la Caisse de sécurité sociale.

La question d’actualité pour les communes du Niger, c’est le transfert de compétences de l’Etat notamment dans le domaine de l’éducation, vers les communes. Comment vivez-vous cette situation?

Depuis que le processus a commencé, j’ai eu la chance de représenter la région au niveau de toutes les réunions, tous les ateliers consacrés à la question. Ce transfert de compétences concerne pour le moment quatre domaines que sont : l’éducation, la santé, l’hydraulique, l’environnement. C’est un nouveau défi qui commence pour nous. La gestion des enseignants, contractuels et titulaires est systématiquement de la responsabilité des communes, et croyez-moi, ce n’est pas une mince affaire. Tout récemment, j’ai pu signer les états de mandatements des agents contractuels du pré scolaire, du franco arabe et de l’enseignement traditionnel. Il y a aussi les affectations, le transport de ces enseignants et celui des fournitures scolaires. C’est un pas en avant dans cette responsabilité qui nous incombe désormais. En gros, je perçois cela comme une bonne chose, mais c’est véritablement une charge supplémentaire de travail pour les communes. Mais, j’espère qu’avec le personnel administratif et technique de ces quatre différents secteurs qui vont nous accompagner, les communes relèveront ce nouveau défi. Il y a aussi quelque chose à laquelle il faut prêter attention, c’est le niveau de compétences au niveau des Mairies et cette question doit forcément s’imposer au regard des nouvelles responsabilités auxquelles sont appelées à faire face le Maire et l’administration municipale. Si on veut un travail de qualité au bénéfice des populations, il faut forcement relever le niveau de compétence et de formation des Maires et des administrations municipales. La gestion par exemple des ressources humaines par les Mairies est une chose compliquée et complexe plus que la gestion financière. Il nous faut, nous maires, beaucoup de courage. Aujourd’hui, si vous avez un personnel de 3 à 5 personnes, vous allez les gérer en tenant compte chacun de ses humeurs, de sa coloration politique et de bien d’autres états d’esprit qui l’anime. Je vous assure qu’au niveau des administrations communales, la gestion des ressources humaines n’est pas facile.

Les centres urbains connaissent des problèmes comme l’insécurité, les vols, la drogue, etc. ; qu’est ce qu’il en est dans la commune de Magaria ?

Magaria est à proximité d’une zone frontalière avec tout ce que cela s’entend en bien et en mal. En bien, nous avons les échanges commerciaux, le business, les affaires mais aussi tout ce que cela attire comme ennuis, à savoir les trafics illicites notamment celui de la drogue, les vols, l’insécurité urbaine, etc. ; mais, ce n’est pas de l’ampleur que vous imaginez parce que nous avons créé les conditions de lutte avec notamment les patrouilles de la Police nationale. C’est un dispositif de prévention et de dissuasion à l’endroit de tous les malfaiteurs. L’impact de ces patrouilles a eu de l’effet sur le banditisme urbain. Bien sûr, des petits larcins, notamment dans les villages ou même le vol des petits animaux ne peuvent pas être entièrement éradiqués, mais comme je l’ai toujours dit la sécurité, c’est aussi l’affaire de tous.

Réalisée par Mahaman Bako (ONEP)

29 mars 2019
Source : http://lesahel.org

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