Amères vérités : On ne décrète pas le progrès, on le construit

 Amères vérités :  On ne décrète pas le progrès, on le construitÀ quelque chose, malheur est bon, diton. Le COVID 19 est, certes, un désastre humain, mais il aura permis, aux citoyens, de comprendre plein de choses et aux gouvernants de constater à quel point ils sont nus. Du moins, la pandémie du COVID 19 a permis de mettre à nu leurs discours ; des discours fantaisistes où l’autosatisfaction frise la démence. Là où fleurit et prospère la corruption, l’on prétend qu’il y a plutôt une politique des infrastructures jamais égalée. Le COVID a tout balayé, mettant les gouvernants actuels devant leurs échecs. S’ils peuvent se féliciter que la pandémie n’ait pas connu, chez nous, l’ampleur du phénomène en Occident, en Asie ou encore en Amérique, et qu’ils n’ont pas eu à rougir des insuffisances et carences du système sanitaire, ils n’ont toutefois pas eu la même chance avec l’école.

Depuis mars 2020, l’école a dû être mise en congé forcé pour éviter la propagation du virus. La fermeture prolongée risquait d’aboutir à une année blanche. Que faut-il faire ? Recourir aux technologies de l’information et de la communication pour dispenser des cours via les réseaux sociaux. C’est l’idée, non pas géniale, mais simplement naturelle, qui s’impose, eu égard aux possibilités qu’offre la technologie. Le gouvernement a vite fait de sauter sur l’idée, surtout que des compétences en matière d’élaboration de plateformes se sont volontairement proposées pour l’accompagner dans ce sens. Les cours en ligne sont bien possibles, mais pas dans n’importe quel contexte. Ceux qui s’y sont jetés l’ont assurément préparé, sans attendre qu’une pandémie du genre COVID 19 les y oblige. Pour créer les infrastructures à même de faciliter ce recours judicieux, ceux qui savent ce qu’ils ont à gagner en investissant dans l’éducation, ont mis en place, dans leurs universités en particulier, les outils et les équipements modernes de formation qu’il faut.

Faut-il attendre d’être confronté à une telle situation pour comprendre que les universités publiques nigériennes végètent dans un dénuement matériel quasi total ? Il a pourtant fallu le COVID pour que le gouvernement nigérien se rende compte qu’il est bien possible de doter les étudiants nigériens de tablettes afin de rendre possibles les cours en ligne. Aussi a-t-il pris l’engagement de mettre en oeuvre un programme « Un étudiant, une tablette ». Qu’importe qu’il ait copié sur un voisin ! Ce qui compte, c’est de le faire. Seulement, le gouvernement nigérien l’a décidé dans l’urgence, pour parer au plus pressé et des programmes pareils finissent toujours par un couac.

Techniquement, il n’y a pas une seule université nigérienne disposant d’infrastructures modernes en matière de technologies. Les cours en ligne restent d’autant plus problématiques que les conditions objectives qui les rendent possibles n’ont jamais existé. Et ce n’est pas du jour au lendemain que l’on peut réaliser, en un coup de baguette magique, ce qui se construit. On ne décrète pas le progrès, on le construit. Le programme « un étudiant, une tablette » est une chimère au regard de la gouvernance qui prévaut. L’école, c’est el cadet des soucis du gouvernement. Si ce ne sont pas les moyens qui manquent, c’est la volonté politique, les préoccupations de nombreux gouvernants actuels étant plutôt tournées vers les stratagèmes à mettre en place pour faire main basse sur les ressources publiques. Et comme l’impunité totale est garantie, ceux qui ont détourné des milliards et qui en jouissent en toute tranquillité, font des ouailles. D’ailleurs, ce programme « Un étudiant, une tablette » est-il toujours d’actualité ? Ce n’est plus sûr puisque, avant même que les enseignements en ligne ne soient en préparation au niveau des enseignants, le gouvernement a décidé, contre toute attente, de la réouverture des classes.

Au niveau du primaire et du secondaire, de nombreuses classes en paillottes doivent être restaurées en vue d’accueillir les élèves pour les 45 jours décrétés par le gouvernement. Mais, peuton raisonnablement garder des élèves dans des classes en paillottes en pleine saison pluvieuse ? C’est pourtant la trouvaille du gouvernement, histoire de se donner bonne conscience quant au sort de l’année scolaire. En réalité, à partir de juin, il n’y a plus véritablement d’école au Niger, du moins au primaire et au secondaire. Même à Niamey, de nombreuses classes en paillottes vont devoir fermer aussitôt qu’on les rouvre. Là également, les efforts chantés du gouvernement sont là, dans leur nudité indiscutable. Les classes sont surpeuplées et on demande aux enseignants et aux directeurs d’école de faire du miracle en respectant les mesures barrières dans le cadre de la lutte contre le COVDI 19. Comment vont-ils faire avec la distanciation d’un mètre entre les élèves pour des classes de plus de 80 élèves parfois ? À coup sûr, le gouvernement s’est débarrassé de la patate chaude à moindre coût.

En un mot comme en mille, ce qu’il y a à retenir, c’est que le résultat du refus ostentatoire d’investir dans les secteurs sociaux de base est là. L’enseignement supérieur manque pratiquement du minimum requis en matière d’équipements technologiques modernes tandis que le secondaire et le primaire, y compris dans les grands centres urbains comme Niamey, sont truffés de classes en paillottes qui rendent insensée la décision du gouvernement de prolonger l’année scolaire du 1er juin au 15 juillet 2020. Dans le Niger profond, c’est démentiel de vouloir garder à l’école les enfants, main d’oeuvre des parents dans les travaux champêtres. Et le gouvernement le sait. Il le sait mais s’en fiche, l’essentiel pour lui étant d’atteindre les objectifs politiques qu’il s’est fixés.

Autant la lutte contre le COVID 19 a permis de mettre à nu les efforts chantés du gouvernement pour l’école, autant, demain, lorsque soufflera un nouveau vent de gouvernance, les Nigériens découvriront la face hideuse d’une gouvernance qui a été faite pour des individus et non pour le Niger. Le rapport d’audit du ministère de la Défense nationale en est, entre autres, une preuve de poids.

BONKANO
24 mai 2020
Source : Le Canard En Furie

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