Amères vérités : Le Président Issoufou va-t-il prétendre qu’il ignore ces pratiques mafieuses alors que les marchés sont octroyés, au-delà de 500 millions, en conseil des ministres ?

Amères vérités : Le Président Issoufou va-t-il prétendre qu’il ignore ces pratiques mafieuses alors que les marchés sont octroyés, au-delà de 500 millions, en conseil des ministres ? C’est évident pour tous les Nigériens, mais nous allons tout de même le dire, à nouveau. La gouvernance de Mahamadou Issoufou est une catastrophe pour le Niger. Il a beau construire des immeubles et d’autres infrastructures ici et là, encore que nous ignorons les tenants et les aboutissants de ces «réalisations», il restera dans l’histoire comme celui par qui tous les malheurs sont tombés sur le Niger. N’est-ce pas vrai que pour l’aéroport, la loi autorise 20 ans de cession de droits dans le partenariat publicprivé mais que les Turcs ont obtenu d’Issoufou Mahamadou la violation de la loi nigérienne pour porter la durée de ladite cession à 30 ans ? Pourquoi a-t-il fait ça ? L’histoire le dira, un jour.

Essayons de faire l’audit de la situation.

L’éducation est par terre, victime de l’insouciance du gouvernement, avec en toile de fond des universités publiques paralysées par une mesure gouvernementale inopportune, insensée et délibérément provocatrice.

La santé est de plus en plus marchande, avec des hôpitaux qui manquent jusqu’au gant et au Perfalgan.

Le réseau de distribution d’eau potable est défectueux au point où l’eau, dont la qualité est douteuse, manque parfois, jusque dans les grands centres urbains, à commencer par Niamey, la capitale.

Les deniers et biens publics sont massivement détournés, sous l’oeil bienveillant du président de la République qui s’est même permis, suprême insulte pour un peuple qui souffre de l’insécurité alimentaire, de nommer à des postes de responsabilité supérieurs les auteurs des crimes commis.

Le trafic de drogue s’est développé au point où Niamey est devenue une sorte de hub pour les narcotrafiquants.

La sécurité des citoyens n’est pas garantie, de nombreux Nigériens ayant été obligés de fuir leurs villages pour se réfugier ailleurs, sinon de payer la dîme à des terroristes.

Des centaines d’écoles, 280 dit-on, sont fermées et/ou brûlées par des bandits armés, jetant ainsi des milliers d’enfants dans les griffes de l’ignorance.

La défense du territoire est sujette à caution, les bandes armées qui écument, en particulier, la région de Tillabéry, semblent agir en terrain conquis en soumettant les populations au paiement d’une dîme annuelle.

L’insécurité alimentaire, déjà critique avec une saison pluvieuse en demi-teinte, s’est aggravée avec les exactions terroristes, livrant plus de deux millions de Nigériens aux affres de la famine et de la soif. Les droits de l’homme sont bafoués, la démocratie dévoyée et l’état de droit, calqué sur les intérêts des gouvernants. Mais, où, donc, peut-on trouver le moindre succès à Issoufou Mahamadou ?

Un président qui bénéficie de tous les ors, d’investissements massifs à coups de milliers de milliards, mais qui n’a pas été en mesure d’offrir à son peuple de l’eau potable pour tous ; qui n’a pas été capable de faire oublier l’insécurité alimentaire ; qui n’a pas pu garantir l’inviolabilité du territoire national et la sécurisation des citoyens ; qui se vante d’avoir obtenu des milliards pour le Niger alors que les hôpitaux manquent jusqu’aux gants et au per…

Où peut-on trouver le moindre succès pour un président qui compte le plus grand nombre de compatriotes, journalistes, adversaires politiques, acteurs de la société civile, emprisonnés pour des motifs d’opinion et/ ou de manifestations publiques ?

Où peut-on trouver le moindre succès pour un président qui accorde plus d’attention et d’intérêt pour d’autres pays que le sien ?

Où peut-on trouver du succès pour un homme d’Etat qui prend l’avion pour aller prendre part à une cérémonie festive alors que son pays venait de subir une attaque armée qui s’est soldée par de lourdes pertes en vies humaines ?

Où peut-on trouver quelque chose qui ressemble à du succès pour un homme d’Etat qui épargne, voire récompense, les auteurs de détournements d’argent public à coups de milliards de francs CFA tandis que des citoyens sont emprisonnés pour des faits non établis ?

Aujourd’hui, c’est encore plus grave. Des individus se sont enrichis, à coups de milliards de francs CFA en détournant les fonds destinés à l’armement et à l’équipement militaire des Fds, occasionnant la mort de plus d’un millier de soldats, démunis pour faire face à l’ennemi.

Dans un audio qui circule, le ministre Issoufou Katambé a fait un violent réquisitoire contre les auteurs de ces crimes, qui se recrutent aussi bien dans le cercle de grands commis de l’Etat (ministres, secrétaires généraux, etc.) que dans les rangs de la hiérarchie militaire. Seulement, il y a un hic. Un grand hic et c’est tout à fait indiqué que des gens soupçonnent de la manipulation.

1. Comment le ministre Katambé peut-il parler d’un sujet aussi grave face à un tel auditoire ?

2. Quel est cet auditoire devant lequel le ministre Katambé s’est permis de parler du contenu d’une enquête non encore rendue publique ?

3. Comment s’est-il laissé enregistrer ? La fuite n’est-elle pas délibérément organisée ?

4. Pourquoi l’audit réalisé ne concerne qu’une fraction du temps du magistère d’Issoufou Mahamadou ?

5. Issoufou Mahamadou va-t-il prétendre qu’il ignore ces pratiques mafieuses alors que les marchés sont octroyés, au-delà de 500 millions, en conseil des ministres ?

6. Le plafond de 500 millions fixé pour exiger la publication d’un marché n’est-il pas en soi un boulevard fait aux abus de biens sociaux ?

En définitive, les Nigériens, comme toujours depuis près de dix ans, se font des illusions à propos de celui qui les dirige. Ils s’attendent à voir du blanc là où tout est noir.

Bonkano  

Publié le 24 février 2020
Source : Le Monde d'Aujourdhui

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