Lettre au “président de la République” Monsieur le “Président”, Lorsque vous avez dit que la place Djibo Bakary sera élargie et que l’immeuble abritant la direction générale de l’OPVN sera rasé dans ce cadre, je me suis demandé ce qui se cache réellement

  Lettre au “président de la République” Monsieur le “Président”, Lorsque vous avez dit que la place Djibo Bakary sera élargie et que l’immeuble abritant la direction générale de l’OPVN sera rasé dans ce cadre, je me suis demandé ce qui se cache réellementTout semble aller à vau-l’eau. Sur le plan politique, le brouillard qui entoure le processus électoral s’épaissit au fur et à mesure que l’on s’approche des toute échéances électorales, c’est-à-dire les élections locales ; des élections locales que vous avez repoussées à volonté, allant jusqu’à modifier les dispositions contraignantes de l’ordonnance portant code des collectivités territoriales. On parle de sept reports au total. Ces élections locales devraient se tenir depuis janvier 2017, après deux reports. Aujourd’hui, encore, personne ne peut parier qu’elles se tiendront le 29 novembre 2020, comme prévu dans le chronogramme de la commission électorale. En attendant, j’imagine que vous allez bientôt dissoudre tous les conseils pour les remplacer par des délégations spéciales, le dernier bonus que vous leur avez accordé étant arrivé à échéance alors qu’il faut attendre, dans le meilleur des cas possibles, fin novembre pour élire de nouveaux élus locaux. De toute façon, le climat sociopolitique ne présage pas d’une fin heureuse du processus électoral. Au contraire, entre inquiétudes liées à l’insécurité qui semble s’intensifier à mesure que l’on s’achemine vers les échéances électorales attendues, comme si les deux agendas sont combinés, et appréhensions de crises préélectorale et/ou postélectorale, il n’y a guère de place pour l’optimisme.

Monsieur le ‘’Président’’

Le dialogue national a bien failli se faire, mais vous l’avez douché le 17 décembre, au soir, donnant ainsi raison à tous ceux qui ont estimé qu’il n’y en aura jamais car vous n’y êtes pas en réalité favorable. Nombre de vos compatriotes ont parié que vous trouverez bien un moyen d’y mettre un frein, à un moment ou un autre mais personne n’est allée jusqu’à pronostiquer que le dialogue sera étouffé dans l’oeuf. Personnellement, je comprends que vous ne puissiez pas être pour un dialogue qui rétablirait les bonnes pratiques, démocratiques, politiques, économiques, sécuritaires, en selle. Aujourd’hui, tout est sens dessous dessus et dans ce charivari indescriptible, vous êtes sans doute le plus heureux. Personne n’ose vous indexer. Pas seulement parce que vous avez instauré un pouvoir à vous, mais parce que la constitution, la loi fondamentale nigérienne, vous rend irresponsable devant le parlement. C’est le gouvernement, en régime semi-présidentiel, qui est responsable de la gestion et comptable devant l’Assemblée nationale.

Monsieur le ‘’Président’’

Je dois, par devoir patriotique, vous aviser que le processus électoral, quoi que vous ayez déclaré le 17 décembre à propos, est mal parti. Très mal parti et je ne vois pas d’aboutissement heureux à ce processus bancal, La phase d’enrôlement, actuellement en cours, bat de l’aile. Les cafouillages, ainsi que les fraudes, violations de la loi et achat de conscience qui le caractérisent ne peuvent être de nature à rassurer. De faux actes de naissance sont fabriqués dans des laboratoires érigés à cet effet. Déjà, le parti Kishin Kassa a attaqué l’enrôlement dans la région de Zinder en portant plainte contre toutes personnes concernées par achat de conscience, corruption, multiples violations de la loi et diverses fraudes en lien avec le processus électoral. À l’entame de sa plainte, le parti d’Ibrahim Yacoubou souligne que « l’enrôlement biométrique qui devrait être le baromètre premier de la transparence des futures élections, est émaillé de plusieurs pratiques malsaines dont les auteurs, bien que clairement identifiés, courent toujours ».

Monsieur le ‘’Président’’

Je crois bien qu’à allure où les choses évoluent, le cafouillage noté et les fraudes multiples, ce qui n’est étranger au processus électoral que nous avons connu en 2016, risque d’aboutir à un désordre préjudiciable à la sérénité nécessaire à l’organisation des élections. En vérité, tout est sombre. Je sais que les agendas des uns ne s’accommodent pas de ceux des autres. Les uns veulent aller coûte que coûte à des élections, y compris en récidivant le hold-up électoral de 2016, les autres veulent manifestement tout autre chose, sans être capables d’assumer leur choix. Et entre le processus électoral qui inquiète et l’insécurité qui semble prendre de l’ampleur à l’approche des élections, en passant par le détournement massif des fonds dédiés à l’armée, vos compatriotes s’interrogent sérieusement sur le lendemain. Que leur réserve demain ? Ou bien plutôt qu’est-ce que vous leur réservez ? Nombre d’entre eux disent trouver énigmatiques vos discours. Pas plus tard qu’avant-hier, à l’issue de votre enrôlement à la ville de Niamey, vous avez fait une déclaration en partie hors de propos. S’il est vrai que vous avez encore martelé que les élections se tiendront, vous n’avez guère fait allusion aux dates. Mais, c’est le moindre mal puisque ce qui a suivi a interloqué ceux qui vous ont suivi à la télé. Personnellement, lorsque vous avez dit que la place Djibo Bakary sera élargie et que l’immeuble abritant la direction générale de l’Office des produits vivriers du Niger (OPVN) sera rasé dans ce cadre, je me suis demandé ce qui se cache réellement dans les plis de votre coeur.

Monsieur le ‘’Président’’

Sur un tout autre plan, les enquêtes sur les fonds détournés de l’armée ont révélé des énormités. Des milliards à la pelle ont atterri dans les comptes bancaires de certains de vos proches collaborateurs et soutiens. Des noms circulent. Je n’en citerai aucun, mais à la lecture des informations fuitées dans la presse, j’ai compris, comme tous les Nigériens, quels sont les responsables de ces scandales ou plutôt de ces crimes. Ces personnes se sont enrichis sur les vies de centaines de Nigériens, soldats et civils tombés sous les balles terroristes. Vous ne pouvez pas fermer les yeux sur cette affaire gravissime. L’armée, c’est vous le chef suprême. Et un chef militaire protège d’abord ses hommes. C’est à cette mission que vous convient la loi, votre armée et votre peuple. Il est vrai que vous n’avez pas toujours agi en concordance avec ce qu’attend de vous votre peuple. Mais je pense que, non seulement, vous ne pouvez pas ignorer la gravité des crimes commis, mais que vous ne pouvez non plus faire dans l’à-peu-près. Pour une fois, je me dis que la concordance qui a tant fait défaut entre vos actes et les aspirations de votre peuple va se réaliser. Prenez du courage, laissez faire la justice et évitez toute interférence politique. Je sas, pour tout ce que je sais, que ce n’est pas facile pour vous.

26 février 2020
Publié le 19 février 2020
Source : Le Monde d'Aujourd'hui

 

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