In memoriam ! Saidou Sidibé, l’ex opposant modéré et argentier commode

Feu Saidou Sidibé

Nous ne savons décidément plus à quel Saint nous vouer. La Faucheuse s’acharne sur notre génération et ne fait pas dans la dentelle. Apparemment les Economistes constituent son plat de résistance favori puisqu’après ceux qui nous ont quittés les mois derniers, c’est le tour de Saidou Sidibé, premier président de la Cour des Comptes, d’être arraché à notre affection ce jeudi 30 août 2018. Celui-là même, qui, d’une des voix les plus autorisées de la République, « a durant toute sa vie servi son pays avec loyauté, abnégation et dévouement ».

En la circonstance, comme Michel-Ange, " j'écris seulement pour exhaler la douleur intérieure dont se nourrit mon cœur », douleur ressentie lors de la perte de toute ancienne connaissance, a fortiori d’un homme de valeur comme Saidou Sidibé, que j’ai eu à côtoyer pendant la moitié d’un siècle (excusez du peu).

Bien sûr que je ne me hasarderais pas à parler du militant du Tarrayya, même si tu fus un ancien camarade, puisque des voix plus autorisées l’ont fait.

Je me contenterais simplement de parler du Niamaizé, plus précisément de Sassi, de ton petit nom, ressortissant du vieux Maourey, ou plus précisément de Deizeibon (sur les petits puits), ce village historique de Niamey dont les fondateurs seraient des Maouris, arrivés vers la fin du 19ème siècle, s’installèrent sur la rive du fleuve à côté d'un arbre « Nia » ou au bord du fleuve (me), ce qui donnera le nom au village Niamey. Alors dis-moi, est-ce un hasard si tu es allé choisir Hadiza, ta douce moitié dans une famille honorable de ce terroir originel ? Dieu, on le sait, ne fait rien au hasard.

Sassi, tu étais donc un Niamaizé pur jus, c’est pourquoi la morgue de l’hôpital national de Niamey était noire de monde. Je parlerai également de ce membre de ces mythiques groupes de jeunes en vogue dans les années 70 dont j’ai assidûment fréquenté les soirées dansantes en compagnie de ton cher cousin, le jeune et brillant surdoué Issoufou Sidibé (paix à son âme), cet ami d’enfance arraché très tôt à notre affection à la fleur de l’âge. Notre groupe d’amis à nous s’inspirera plus tard de celui des grands frères. Depuis, Sassi a toujours gardé cette proximité en dépit des vicissitudes des quatre décennies de coexistence.

L’hommage prononcé le vendredi dernier par Hassoumi Massaoudou, ministre des Finances au nom de la République et de tes camarades est largement mérité par toi dont la longue et riche carrière fut entamée dès 1979, dans la haute administration de ton pays. Surtout quand le ministre fit l’aveu : « Nous pleurons tous un homme d’une exquise courtoisie, un homme aimable, un homme discret, loyal, honnête, bref, un homme bon….Tu as accompli ces hautes missions avec rigueur, compétence, loyauté et honnêteté, …Saïdou Sidibé était perçu comme la tête pensante, mais également l’homme-orchestre du Programme de la Renaissance, pilier fondamental de la gouvernance du Président Issoufou….». Pour une fois, tous bords confondus, nous fumes d’accord avec Massoudou. Ton cursus confirme les propos du ministre, puisque les postes de Président du conseil d’administration de l’Office des postes et télécommunications (1989 à 1997) etde la Banque commerciale du Niger (BCN) de 1996 à 1997,de membre du comité national du crédit de la BCEAO (1992 et 1999), puis de vice-gouverneur de la Banque Africaine de Développement de 1997 à 1998, ont été tous occupés au-delà de la période de gestion du pouvoir par ton parti, le PNDS Tarreyya. Ton refus de la haine, de la rancune et de l’insulte publique engendrés par une démocratisation mal assimilée, est reconnu de tous les adversaires de ton parti politique, même dans les périodes d’adversité les plus intenses. J’ai fouillé et cherché dans tous les médias trace d’une quelconque insulte ou d’un mot déplacé à l’endroit d’un adversaire politique de ta part, mais mes recherches sont restées vaines jusqu’à ce jour vaines. C’est pourquoi, même quand ton premier passage comme ministre des finances dans le gouvernement de transition d’avril à décembre 1999 dans les conditions que l‘on sait, assurément l’une des missions les plus périlleuses, confiée à toi par ton parti, personne ne t’en tiendra rigueur. Tu te devais d’assurer « la part du lion », ton employeur à qui tu ne pouvais rien refuser ».

De ta carrière d’Economiste qui nous lie tant, nous retenons de l’invitation lancée en 1999 au Professeur Moustapha Kassé, Président de l’Ecole de Dakar, ancien Directeur du CREA (Centre de Recherche en Economie Appliquée)de Dakar, qui fut notre encadreur, que Sassi était plutôt un socialiste libéral cheminant avec des socialistes, par nécessité. Winston Churchill, célèbre homme d'État britannique, conservateur, qui ne portait pas les socialistes dans son cœur avait dit que « Christophe Colomb fut le premier socialiste : il ne savait pas où il allait, il ignorait où il se trouvait... et il faisait tout ça aux frais du contribuable. » On ne pourrait jamais en dire autant de Sassi qui savait ce qu’il voulait, lui qui n’a pas hésité à jeter l’éponge quand les indicateurs économiques ont viré au rouge et qu’on lui avait intimé de dire qu’ils sont verts.

De ce que nous retenons de l’homme, c’est surtout qu’il a été en phase avec l’humoriste Mamane qui dit « si tu ne veux pas qu’on insulte ta mère, n’insulte pas celle du voisin d’en face ». D’où ta courtoisie légendaire.

Mais de ta disparition, nous retiendrons tout de même que la leçon de la Grande Faucheuse a préféré attendre que l’autre, qui, pour tous les yuans du monde, n’aurait pas souhaité rater les obsèques du camarade de 30 ans que tu fus, atterrisse sur un autre continent, pour t’emporter le lendemain.

Le désarroi profond dans lequel ta disparition a plongé les Barkiré, tes cousin(e)s maternels, comme paternels et tes amis de toujours et ceux de notre Fada Marthé, traduisent ton profond humanisme et ton attachement à la famille et à l’amitié. Tu étais l’un des rares camarades, nous témoignons, à savoir mettre la patrie et la fraternité au-dessus de ton parti.

Hadiza, ta digne épouse, inconsolable et tes enfants Ahmed, Aissa et Halima, que tu as su façonner à ton image, sauront te rendre immortel.

Repose en paix, Sassi !

Djibril Baré
Un Socialisant du Nouveau marché

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