Elections présidentielles de 2020-2021 / Cinq questions à M. Mohamed Bazoum sur sa candidature : Par Djibrilla Baré Maïnassara

M. Mohamed Bazoum, Et les Latins disent «Verba volent, scripta manent», autrement dit, «les paroles s’envolent, les écrits restent». Dans une interview réalisée par l’Hebdomadaire «Le Démocrate», le 3 mai 1999, soit moins d’un (1) mois après l’assassinat du Président Baré, vous aviez tenu les propos sur le président Baré:

1-Sur la mort du Président Baré :

«Je ne crois pas révéler un secret en vous disant que la disparition de la 4e République dont nous avons toujours récusé la légitimité, ne nous cause aucun regret. Nous autres qui sommes résolus à restaurer la démocratie, nous nous battons pour que les Nigériens se réconcilient, nous nous battons pour créer les conditions d’un départ plus promoteur pour notre pays.»

2 - Sur la candidature du président Baré

«Moi, je puis en témoigner parce que j’étais l’un des rares membres du premier gouvernement de Baré à avoir clairement indiqué qu’il n’était pas dans son intérêt de se présenter aux élections présidentielles de 1996.».

3– Sur la requête de votre parti à travers camarade président de parti, Mahamadou Issoufou, introduite le 24 juillet 1996 à la Cour Suprême, enregistrée le 26 juillet 1996 sous le n°633, à l’effet de voir celle-ci prononcer «la déchéance du candidat Ibrahim Maïnassara Baré pour cause d’inéligibilité conformément à l’article 94 du Code électoral » ? Ladite Cour avait rejeté par son arrêt 96-08/CC du 27 juillet 1996 parce que non-fondée.

Selon une règle établie par le tribun de votre parti, Massaoudou Hassoumi, concassé par le Chef Concasseur du fait de votre candidature, vous aviez parlé en son temps du président Baré et de sa candidature à la présidence de la République en des termes orduriers dont vous seul détenez le secret, dans ces conditions je suis en conséquence autorisé à parler de vous puisque par le hasard de l’histoire, vous êtes aujourd’hui candidat à la présidentielle au titre de votre parti.

La Cour Constitutionnelle vient de publier la liste des candidats éligibles à la présidentielle 2021. Puisque nous sommes en république et que la démocratie exige démocratie régie par la règle de la transparence.

Question N°1

Pourquoi vous êtes-vous permis de violer régulièrement les articles 90 et 91 du Code électoral puisque les médias d’Etat couvraient et couvrent encore votre campagne malgré les protestations des autres candidats en lice, ceci, en violation des textes de la République, avant même que la Cour Constitutionnelle ne se prononce pour votre éligibilité. Ces articles stipulent : article 90 : «… pour les élections présidentielles, la campagne électorale est ouverte vingt et un jour avant le scrutin…» ;

Article 91: «Avant l’ouverture de la campagne électorale, tout acte de propagande électorale déguisée, toutes manifestations ou déclarations publiques de soutien à un candidat, ou à un parti politique ou coalition de partis politiques, faits directement ou indirectement par toute personne, association ou groupement de personnes, quels qu’en soient la nature ou le caractère, sont interdits » ?

Etiez-vous donc si certain de votre impunité en violant de manière aussi flagrante, notre loi fondamentale de la sorte ?

Question N°2

M. Bazoum Mohamed, vous aspirez à nous diriger, ce qui est votre droit le plus absolu en République.

Au vu de la vive polémique soulevée par votre nationalité fondée ou non, pourquoi ne pas accepter de publier votre acte de naissance et votre certificat de nationalité au nom de la transparence qui est une règle cardinale en démocratie ? En vous comportant ainsi, n’avezvous pas l’impression d’agir comme une jeune mariée qui refuse de dénouer son pagne le jour fatidique du ‘’koubeyan’’ (rencontre de la première nuit de noces). Dans un tel cas, que voudriez-vous que le jeune marié fasse sinon renoncer au mariage en répudiant la jeune mariée ?

Si par hasard vous êtes élu, pensez- vous pouvoir gouverner les 21 millions de nigériens que nous sommes dans l’opacité la plus totale sur vos origines alors même que notre loi fondamentale exige au citoyen de posséder une nationalité d’origine pour prétendre gouverner le Niger ?

Question n°3

Le Niger a été classé depuis 2012 dernier pays de la planète en matière d’Indice de Développement Humain. Je vous ai vu distribuer à tour de bras des billets de banque à travers tout le pays depuis de plusieurs semaines. Si j’avais fait le déplacement de Douméga et de Nassaraoua j’aurais sans doute reçu ma part du pactole. J’ai aperçu des transhumants septuagénaires de la nouvelle génération braver et la fatigue le soleil pour accéder au distributeur automatique de billets de banque que vous étiez devenu. Quel est le secret de votre «réussite » puisque je vous ai connu lorsque que vous et moi étions abonnés au train 11 dans les années 80 ? Nous luttons tous pour sortir de la «dèche» terme des étudiants que nous étudiants que nous étions) et, loin de vous blâmer, je vous félicite. J’ai l’impression d’avoir perdu mon temps à la BCEAO pendant 30 ans puisque je ne peux supporter une distribution de billets de banque même de la petite coupure de 500 FCFA, 30 minutes d’affilées, alors même que, nouvellement affecté au Siège de la Bceao à Dakar en 1984, je vous avais trouvé sur les bancs de l’université. Est-ce le métier de politicien que avez embrassé à l’instar d’autres crésus de la République qui est si «juteux» dans notre pays comme semble le supposer la Banque mondiale dans son rapport pays de 2018?

Question n°4

La Cour Constitutionnelle juge sur pièces et elle a rendu son verdict sans appel sur la base des pièces qui lui ont été transmises par les candidats que nous étions. Mais au vu de vos états respectifs de service, trouvez- vous alors normal d’être retenu comme candidat alors même que mon frère Hama Amadou est recalé après 50 ans de bons et loyaux services pour son pays ?

Question n°5

Votre candidature est légale puisque validée par la Cour Constitutionnelle. Les Nigériens ont-ils oui ou non le droit de juger sur pièces, les actes de votre nationalité pour en être convaincus sans être accusés de comploteurs ou de «méchants crocodiles aux yeux rouges» de notre compatriote Mamane du Gondwana démocratique, en subissant le courroux des autorités policières ?

Djibrilla Baré Maïnassara

Ancien Conseiller Spécial du Président Baré

Ancien délégué à la Conférence Nationale Souveraine

Ancien auditeur interne à la BCEAO

Candidat à la prochaine élection présidentielle 2020-2021 au titre

de l’UDFP SAWABA